Un tribunal italien vient de condamner, en autosaisine et par contumace, presque toute la compagnie de transport aérien Tuninter, filiale de Tunisair, à de lourdes peines de prison, suite à l’accident, il y a quelques années d’un de ses vols sur l’Italie. Dans un communiqué que nous avons reçu de Tuninter, «la compagnie [Tuninter] exprime son étonnement et son vif mécontentement suite à la surprenante décision du tribunal de Palerme. Cette décision suscite les observations suivantes:
1. Le tribunal italien s'est autosaisi de l'affaire alors que les expertises internationales avaient démontré que l'amerrissage avait eu lieu dans les eaux internationales. 2. Une indemnisation d'un montant total de 22 millions d'euros a été accordée aux survivants et aux familles des victimes, et ce dans un délai record (moins d'un an). Cette indemnisation a été versée par les assureurs de la compagnie Tuninter et du constructeur de l'appareil (ATR). 3. Les peines prononcées sont nettement plus lourdes que celles décidées en Italie dans des accidents d'avions plus graves. 4. Il est paradoxal de constater que le commandant de l'appareil, qui avait été reconnu comme un héros 'par la presse, par l’Association des pilotes et par l'opinion publique en Italie, a été condamné à une peine de prison alors qu'il avait réussi un extraordinaire amerrissage parvenant à sauver la vie des deux tiers des passagers. 5. Il a été démontré par des experts italiens internationalement reconnus que l'accident est largement imputable aux insuffisances techniques de l'appareil. De ce fait, les tentatives visant à impliquer les dirigeants ou les responsables techniques de la compagnie Tuninter ne sont guère justifiables. 6. Il y a lieu de déplorer la tournure mediatico-politique prise par cette affaire et les pressions qui semblent être exercées par certaines parties cherchant à occulter la part de responsabilité qu'assument indéniablement d'autres parties dont notamment le constructeur italo-français de l'appareil. 7. La compagnie Tuninter a chargé ses avocats d'interjeter appel suite au jugement prononcé par le tribunal de Palerme ». Rappelons par ailleurs que le tribunal de Palerme qui a acquitté deux accusés, a prononcé des peines totalisant 62 ans à l’encontre des neuf accusés, tous des Tunisiens, comprenant le pilote et le copilote de l’appareil et de hauts gradés de Tuninter, tous accusés de multiples homicides involontaires et d’avoir provoqué une catastrophe. ''Il s'agissait d'une sentence sans précédent, mais nous avons toujours maintenu qu'il s'agissait d'un incident sans précédent,'' a observé Niky Persico, un avocat de l'une des victimes. ''Jamais dans l'histoire des catastrophes aériennes, il n’y a eu un tel enchaînement d'événements '', a ajouté l'avocat. Le pilote Chafik Gharbi et le copilote Ali Kebaier ont été condamnés chacun à 10 ans d'emprisonnement. Le directeur général de Tuninter Moncef Zouari et le directeur technique Zoueir Chetouane ont été condamnés à neuf ans d’emprisonnement, tandis que des peines de huit ans d’emprisonnement ont été prononcées contre le responsable de l'entretien, Zouehir Siala, le mécanicien en chef Chaed Nebil et le chef d’équipage Bel Haj Rhouma. Deux membres de l'équipe de maintenance de la compagnie aérienne ont été acquittés. De tels procès sont toujours difficiles. Nous avons fait notre travail, mais dans ce cas , l'atmosphère qui règne au tribunal peut jouer un grand rôle'', a observé l'avocat. L’ATR-72 de Tuninter assurait un vol en provenance du sud de la ville italienne de Bari en direction de l'île tunisienne de Djerba lorsque les deux moteurs se sont arrêtés alors que l’appareil s’approchait de la Sicile, le 6 août 2005. |