A l’initiative de l’Association Tunisienne de l’Analyse Financière (ATAF), une rencontre sur l’impact de la crise financière sur les techniques financières et le métier d’analyste financier, a eu lieu, samedi dernier, au siège de l’institut arabe des chefs d’entreprise (IACE), avec la participation de nombreux professionnels tunisiens et des professeurs universitaires, dont Yann Le Fur, co-auteur de l’ouvrage Vernimmen-Finance d’entreprise et lauréat du prix du meilleur professeur HEC Paris de l’année 2008. Wassel Madani, de Fitch Ratings. et Moez El Joudi, directeur général de FormaPro SA et conseiller scientifique de l’Institut Français des Administrateurs (IFA).
Aujourd’hui, pour être efficaces, les managers doivent connaître les principes financiers ainsi que les conséquences de leur application. Ce cours transforme les concepts et le langage financier en outils de base que les non financiers pourront utiliser tous les jours de manière efficace. Les participants, notamment les managers, apprendront à appliquer les concepts financiers de base pour améliorer leur gestion du budget, augmenter les bénéfices potentiels, vendre des idées nouvelles et évaluer la viabilité financière des projets.
Comme l’a fait remarquer Yann Le Fur, le métier de l’analyste financier a pris une importance forte dans la prise de décision des investisseurs. A cet effet, l’analyse financière se rapporte à l’évolution méthodique de la situation financière d’une entreprise, d’une personne ou d’un projet. Le but de cette analyse est de fournir, à partir d’informations chiffrées d’origines diverses, une vision synthétique qui fait ressortir la réalité de la situation et qui doit aider le dirigeant, l’investisseur et le prêteur dans leur prise de décision.
La crise économique a eu le mérite de rappeler l’importance de l’analyse financière revalorisant son rôle pour trouver des solutions et mettre en place des stratégies de sauvetage et de relance. Donc, actuellement, l’analyse financière au sens d’analyse fondamentale ne se limite pas à un simple examen plus ou moins approfondi et critique des comptes. Elle suppose aussi des comparaisons (dans le temps et par rapport au secteur d’activité) et surtout une étude des perspectives financières en fonction des caractéristiques de l’entreprise et de son environnement économique (c'est-à-dire dans le cadre de la stratégie d’entreprise).
Le professeur a mis l’accent sur l’analyse fondamentale de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) pour fournir un crédit à l’entreprise, une part de celui-ci représentant le montant maximum d’échéance du crédit que peut supporter l’entreprise.
Cette première séance a été consacrée à la redéfinition des relations entre les analystes financiers et les investisseurs. Dans ce cadre, Wassel Madani a signalé que l’analyse extra comptable, dite aussi analyse économique, vise à déterminer les perspectives d’évolution de l’entreprise et leur incidence sur ses comptes prévisionnels pour vérifier l’opportunité d’un crédit (capacité future de remboursement) ou d’un placement ou rachat (rentabilité attendue et notamment évolution prévisionnelle du bénéfice par action). Ce point fait ressortir qu’une analyse fondamentale, qu’elle vise à évaluer le risque de crédit propre à une entreprise ou à obtenir sa valorisation, exige une connaissance de l’environnement économique général du secteur d’activité considéré, du fonctionnement et du positionnement de l’entreprise dans le secteur, de ses projets, et naturellement des concurrents et de leurs projets.
Une étude qui se bornerait à aligner les chiffres passés de l’entreprise et, concernant le futur, à prendre des taux de croissance plus ou moins extrapolés de l’historique comptable, ne constituerait en aucune façon une analyse. C’est une facilité à laquelle certains analystes peuvent se laisser aller en délaissant cette partie de l’analyse.
La deuxième séance s’est focalisée sur les effets de la crise sur la gouvernance des entreprises. La discussion portait sur la relation entre l’Etat et l’entreprise qui est devenue plus que jamais d’actualité. Moez El Joudi a signalé que la tendance libérale, au cours de ces dernières décennies, favorisait une régulation par les marchés, une globalisation de l’économie et un interventionnisme moins important des Etats dans les politiques économiques.
L’expansion économique avait dévalorisé le rôle de l’Etat et provoqué une déferlante libérale. A cet effet, la mouvance internationale en termes de régulation et d’orientation de l’économie trace les prémices d’un nouveau système économique redéfinissant les rôles du secteur privé et de l’Etat