Trois entreprises privatisées sur cinq sont totalement satisfaites de leur cession alors que 23% le sont moyennement et 17% affichent une faible satisfaction. Telles sont les conclusions majeures d’une enquête réalisée par un bureau d’études spécialisé dans le cadre du Projet d'Assistance Technique à la Privatisation (PATP), financé par un don de l'Union Européenne.
Il s’agit d'une enquête exhaustive menée auprès de l'ensemble des entreprises et unités privatisées ainsi qu’auprès d'un échantillon de salariés dégagés lors des opérations de privatisation, de restructuration et de liquidation. Elle a ciblé une population de 138 entreprises et unités privatisées depuis 1986 jusqu'au 31 décembre 2004.
Les résultats de l'enquête, qui se basent sur les réponses de 93 entreprises représentant près de 89% du montant total des cessions, soit environ 1262 millions de dinars sur un total de 1418 millions de dinars, sont exprimés en termes de trois indicateurs, à savoir les investissements, le chiffre d'affaires et l’emploi.
S’agissant de premier paramètre, 46% des entreprises enquêtées ont déclaré avoir réalisé tous les investissements prévus dans le plan de développement présenté lors de l'acquisition alors que 19% n'ont réalisé que la moitié des investissements prévus. Si bien que le taux moyen de réalisation des investissements se situe à 73.6% des prévisions des acquéreurs.
C’est le secteur cimentier qui vient en tête en accaparant 47% des investissements réalisés en 2005, soit près de 80 millions de dinars. Les entreprises de grande taille (employant plus de 100 salariés) ont enregistré un taux moyen de réalisation de 79.2%, contre 74.2% pour les entreprises qui emploient entre 50 et 99 salariés.
S’agissant des équipements, l'âge moyen des équipements des entreprises privatisées s'est amélioré pour se situer à 10,4 ans actuellement contre 16,1 ans au moment de la privatisation. Cette amélioration a touché tous les secteurs hormis celui du transport qui connait une vive concurrence et un ralentissement du renouvellement de la flotte.
Pour ce qui est du chiffre d’affaires global réalisé, il se monte à 1.196 millions de dinars en 2005 contre 1.104 millions de dinars en 2004 enregistrant, ainsi, un accroissement de 8.3%, les unités cédées au cours de la période 2000 ‐2004 ayant accaparé 39.76% du chiffre d'affaires global enregistré en 2005, alors que le rythme d’augmentation annuelle du chiffre d’affaires de ces entreprises a été de 3,6 % aux prix constants et 8,3 % aux prix courants.
En outre, 91.3% des entreprises enquêtées ont procédé à des recrutements après l'opération de privatisation avec un total de 4322 nouveaux recrus dont 740 diplômés de l'enseignement supérieur.
La répartition sectorielle de ces recrutements montre que les industries agro‐alimentaires et le tourisme se trouvent à la première place en matière de recrutement ce qui a permis d'augmenter le taux d'encadrement dans ces secteurs pour atteindre 13.6% contre 11.9% au moment de la privatisation.
La répartition par secteur d'activité indique que les entreprises opérant dans les secteurs de l'agro‐alimentaire, du ciment et des industries mécaniques et électriques ont essentiellement relevé une amélioration importante de leur situation globale.
Concernant l’impact de la privatisation sur les performances de l'entreprise ; il a été relevé une amélioration nette par rapport à la période de privatisation. Ainsi, 33.7 % estiment que la privatisation a donné lieu à un changement radical de leurs situations et 49.4% estiment que le transfert de propriété du capital du secteur public au secteur privé a donné lieu à des changements significatifs, alors que 16.9 % déclarent que l'opération de privatisation n’a pas entraîné de changement ou ce dernier était peu concret.
Les entreprises qui n'ont pas vu leur situation s'améliorer sont des entreprises qui opèrent soit dans un secteur à forte concurrence interne (tel que le secteur des transports) soit qu’elles sont exposées à une conjoncture internationale défavorable telles les entreprises opérant dans le secteur des textiles et le secteur des industries chimiques.
Dans le catalogue des difficultés soulevées par les acquéreurs, 39% découlent de l’ambiguïté des clauses du cahier des charges, notamment la non conformité des données telles que figurant dans le cahier des charges avec la situation réelle lors de la mise en possession (l'état des équipements, les stocks, les provisions, les superficies, l’effectif et la situation des agents contractuels…), 33% sont relatives à la situation foncière de l’entreprise privatisée qui n’est pas en règle « ce qui a entravé la réalisation des investissements prévus » puisque les banques exigent des garanties réelles saines pour les financer, le reste a trait au dossier fiscal de l’entreprise privatisée (arriérés, contrôle fiscal etc.…) et aux difficultés à caractère social (arriérés des caisses de sécurité sociale, les procès intentés par le personnel contractuel etc.)
Enfin, les résultats indiquent que 21% des salariés dégagés ont rejoint le marché de l'emploi et arrivent à s'insérer dans la vie professionnelle soit en tant que salariés (8%), soit en tant que patrons à travers la réalisation de projets (13%). Ceux qui déclarent avoir eu du mal à décrocher un emploi et continuent leurs recherches représentent 13% des salariés dégagés.
On constate parallèlement l'émergence de nouveaux métiers tels que les exploitants agricoles et les chefs de petites entreprises opérant généralement dans le secteur du commerce.