Le constat est sans appel : le commerce électronique en Tunisie est le parent pauvre de tout le diapositif commercial, tous modes et pratiques confondus. Les participants au séminaire tenu, jeudi, à la Maison de l’Exportateur sur « les échanges électroniques au service de la mise à niveau du secteur commercial » en ont pris manifestement acte en pointant unanimement du doigt un manque flagrant de culture numérique. Le ministre du Commerce et de l’Artisanat, Ridha Ben Mosbah en a donné le ton dans son allocution liminaire en affirmant que le commerce électronique en est encore à ses débuts et qu’il faut attendre quelque temps pour voir tous les commerçants et les acteurs des transactions commerciales intégrer ce dispositif et s’imprégner de la culture numérique s’agissant de transactions commerciales. Le fait est cependant qu’il existe un cadre juridique complet qui régisse le e-commerce avec un ensemble cohérent de textes et de plateformes organisationnelles en plus d’une infrastructure de communication adéquate et à même de favoriser au mieux le commerce électronique. On est en droit de faire grief aux acteurs du commerce en Tunisie d’ignorer ou de méconnaitre le fait que le commerce électronique présente une opportunité pour les petites et moyennes entreprises (PME) désireuses de promouvoir leurs produits et de se faire connaître dans une économie globalisée. Si bien que les supports y afférents sont accessibles et multiples prenant une variété de formes (sites web marchands, Echange des Données Informatisées, Internet, places de marché, etc.), que dans le même temps ils servent à accomplir une panoplie de tâches (promotion, marketing, vente, service après vente...) et enfin qu’ils intéressent une large gamme d’intervenants (les entreprises, l'administration et le secteur public, le citoyen : BtoB, BtoG, BtoC, GtoC...). Dés lors, une question, par bien des côtés lancinante, se pose : pourquoi le commerce électronique a tant de mal à entrer dans les mœurs commerciales du pays ? D’aucuns mettent en avant la méfiance des commerçants et ipso facto les consommateurs vis-à-vis de ce mode de transactions de commerce. Sans doute faut-il du temps pour y être acquis, néanmoins, il importe de rappeler que l’architecture du e-commerce en Tunisie existe depuis une dizaine d’années sans produire l’effet d’entrainement escompté. Et il n’y a qu’à voir l’administration elle-même qui, curieusement, fait preuve d’une vive hésitation à s’y impliquer et à en faire une technique de gestion de ses marchés et de ses commandes . C’est à se demander si les services publics ne devraient pas, en priorité, ouvrir le chemin en s’impliquant dans ce que les Anglo-Saxons appellent le e-procurement pour être en conformité avec ses mots d’ordre de modernisation et d’efficience administrative. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir les quelques sites marchands qui ont pignon sur rue pratiquement laissés à l’abandon et sans espoir de négocier le virage salutaire, du moins sur le court terme. Il n’en demeure pas moins que de rares formes de G to B commencent à faire sortir le e-commerce de la léthargie qui l’entache. C’est le cas de Tunisie Trade Net et des opérations qui s’attachent à sa vocation, de la télé déclaration des impôts, des inscriptions à distance, de Sicad et de quelques projets en cours de mise en œuvre tel que celui de la Sécurité sociale. De quoi former l’embryon d’une culture du commerce électronique tant prônée mais rarement propagée. Dans cette désaffection ambiante, force est de relever l’ambition de GS 1 Tunisie de faire sortir le e-commerce de l’ornière dans laquelle il est enserré, à travers le projet « Tunicommerce » qui vise à « relier tous les acteurs du commerce à travers un système fiable, flexible, sécurisé, complet, facile à utiliser et à intégrer ». Il s’agit d’une plateforme de transactions commerciales et de traçabilité basée sur la dématérialisation des documents du commerce et la mise en place d’un système d’échange de documents commerciaux dématérialisés. Est-ce l’axe du futur ? Ce pourrait être le cas pourvu que les intervenants majeurs se résolvent à franchir le Rubicon.
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