L’actualité de la semaine écoulée a connu d’assez importants événements. Sur le plan économique, deux faits principaux ont attiré l’attention, non seulement parce qu’ils ont enregistré la participation d’imminentes personnalités mondiales, tels que le Prix Nobel de l’Economie Edward Prescott, mais surtout parce que la Tunisie a envoyé un message assez fort par Mohammed Ghannouchi, Premier Ministre, et Rachid Kechiche, ministre des Finances :ne pas succomber à la fermeture et au repli, en dépit des circonstances économiques internationales qui sont loin d’être normales. A l’ombre d’une crise ravageuse, dont les prévisions sont ambiguës, le message de la Tunisie est clair : booster les investissements, créer des richesses, garder l’esprit de l’innovation et aller de l’avant.
Tant au cours du Forum de Carthage de l’Investissement, qui a rassemblé cette année quelques centaines d’entreprises, et qui a vu le nombre des entreprises tunisiennes et étrangères participantes doubler, voire même tripler, que durant le 11ème Congrès International de l’Ordre des Experts Comptables, le message a été presque le même : défier la crise, ses retombées et ses secousses, quelles que soient les conditions. Mais en a-t-on vraiment les moyens ?
Lors du Forum de Carthage de l’Investissement, le Premier ministre a présenté des chiffres qui suggèrent que l’économie tunisienne n’est pas parfaite et qu’elle a encore quelques défaillances auxquelles il faudrait absolument trouver des remèdes. Pour sa part, le ministre des Finances, Rachid Kechiche, a précisé que « le terme de croissance ne rime pas toujours avec développement ». Mais le point sur lequel les deux responsables ont été unanimes était celui qu’il n’y a pas de place à la résignation, et que, au contraire, il y a lieu dans cet environnement assez particulier de « rompre avec l’instinct de repli et du renfermement sur soi ».
Dans des circonstances normales, rassembler un millier de chefs d’entreprises, des responsables de bureaux d’études, des hommes d’affaires et des décideurs en un seul lieu, n’est pas toujours évident, a plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une crise dont on n’a pas vu pareille depuis plus de cinquante ans. La crise était-elle la seule raison qui a amené tant de monde a répondre présent ? certainement pas. La crise a bel et bien eu ses empreintes sur les hommes d’affaires ; ceci, nous avons pu le constater chez plus d’un, nonobstant leurs différentes nationalités. De même, la crise a été le thème du congrès des experts comptables ayant eu lieu à Tunis, au cours de la semaine écoulée. Pourquoi donc toute cette concentration sur le thème, même si les responsables tunisiens confirment, malgré la perte de quelques 4 milles postes d’emploi, comme l’avait indiqué Hédi Djilani, président du Patronat tunisien, le fait que la Tunisie a réussi à amortir les effets de ce tsunami.
La réponse, on ne pourrait pas seulement l’avoir en lisant entre les lignes, on pourrait aussi l’avoir à partir de ce qui est en train d’être réalisé. Le lancement d’une campagne vantant les atouts de la Tunisie, dénote en effet de la confiance qui règne. En Tunisie, on prépare l’après crise. Et tant mieux. Bien qu’il ait existé de nombreuses failles, comme partout dans le monde, le climat demeure celui de la confiance, et on prépare ce qui va arriver.
L’orientation vers de nouvelles niches, telle que celle des technologies de la communication, l’attraction de nouveaux investisseurs dans de nouveaux domaines tels que celui des composants aéronautiques, la préparation d’un accord avec l’Union Européenne sur les services et l’agriculture, sont, parmi d’autres, les grandes lignes de l’orientation de l’économie Tunisienne.
L’attraction de nouveaux investissements étrangers ne doit pas par conséquent représenter le seul et unique souci des responsables tunisiens. L’encouragement et la promotion des investissements locaux, même avec des participations étrangères, devrait être, à son tour, l’une des préoccupations majeures de l’administration. De même, le volet de la formation de la main d’œuvre, ne devrait pas non plus, échapper à quiconque.
Il existe en effet toutes les raisons du monde pour qualifier la Tunisie, de terre d’opportunités. En revanche, il existe aussi des lacunes qu’il faudrait combler. La taille du marché, le pouvoir d’achat, malgré sa croissance au long des dernières années, la dépendance de l’économie vis-à-vis de celle de l’Europe, sont des éléments qu’il faudrait absolument rajouter au menu des mutations, une fois la crise aura été dépassée.
Certes, la Tunisie est un pays de petite taille, certes aussi l’infrastructure appelle encore des améliorations, et le taux de chômage demeure quant à lui l’un des points les préoccupants, surtout que l’offre, sur le marché de l’emploi, dépasse encore de très loin la demande. Selon Mohammed Ghannouchi, le nombre des diplômés de l’enseignement supérieur dépasse de 55% les besoins du marché du travail, ce qui démontre que tout le monde a du pain sur la planche, responsables administratifs, chefs d’entreprises et universitaires. Dans cette période, il ne faut pas non plus afficher un excès de confiance, il faudrait au contraire faire la bonne évaluation des atouts tout comme les lacunes, pour dire que la Tunisie a bien su amortir les effets de la crise.
Entre temps il devient encore plus vital d’améliorer et d’accorder au volet de la communication encore plus d’importance. Communiquer sur la Tunisie, sur ses atouts et sur les avantages qu’elle offre aux entreprises étrangères, est quasiment l’autre moitié de tout le travail de réformes, de progrès et d’acquis. La communication a à son tour sa propre magie.