Régulièrement et parfois inconsidérément citée pour expliquer crises financières et économiques, dérives de gestion, faillites et autres déboires, le défaut de gouvernance renvoie à une thérapie de groupe dont il est difficile de s’affranchir chaque fois qu’il est question de mettre le doigt sur ce qui ne va pas ou ce qui ne peut pas aller dans une entreprise. C’est manifestement le cas aujourd’hui alors que la crise économique internationale n’a de cesse de détruire des pans entiers de l’appareil de production presque partout dans le monde et de pulvériser de colossaux patrimoines financiers sans parler du coût social que nombre de pays, avancés, émergents et en voie de développement confondus sont en train de payer. S’impliquant dans la réflexion universelle consacrée à la question, la Cellule des Jeunes Membres de l’IACE a organisé, jeudi, une conférence nationale sur le thème « Transparence, gouvernance d’entreprise et crise financière »en guise de couronnement du programme qu’elle a mis en place pour diffuser la culture de la gouvernance en Tunisie. Comme l’a rappelé le Président de la CJM, Slim Zarrouk, ce programme s’est articulé autour de trois axes, à savoir l’élaboration d’un indice de gouvernance et d’un guide de bonnes pratiques, la mise en place d’un Guide du rapport annuel des entreprises tunisiennes et l’inauguration du Centre tunisien de gouvernance d’entreprise ( CTGE). Slim Zarrouk n’en a pas moins manqué de relever que la pratique de la gouvernance en Tunisie est en deçà de ce qui se fait à l’échelle internationale. Pourtant, la gouvernance d’entreprise a le mérite essentiel d’être un pilier de compétitivité, alors que le rapport annuel a rang d’outil clé de communication avec les actionnaires et la disponibilité de l’information sert à rassurer les investisseurs. A l’évidence, il existe un besoin fondamental de communication que les entreprises se doivent de se satisfaire pour assurer une diligente gestion et préserver les intérêts de leurs actionnaires. Telle qu’elle est pratiquée en Tunisie, la communication financière gagnerait à faire d’énormes progrès. Et l’exposé qu’en a fait le Président de l’Association des Intermédiaires en Bourse, Adel Grar, sous le thème « La qualité de l’information sur la Place de Tunis » est révélateur à plus d’un titre. D’abord, généralement, seule l’information réglementée est communiquée. Il s’agit de la publication des états financiers, des indicateurs d’activités et du rapport annuel,lesquels tous les trois, n’ont qu’une valeur comptable. Plus particulièrement, le rapport d’activités « n’obéit à aucune règle ni à aucun standard », a affirmé le conférencier. Pour ce qui est de la communication volontaire, on n’y a recours que lorsqu’il s’agit de médiatiser la situation favorable de l’entreprise ou encore quand le besoin se fait sentir de lever des fonds. Il n’en demeure pas moins que « plus on communique, moins le titre en Bourse est volatil », fait observer Adel Grar qui est également directeur général d’Amen Invest. Bien plus, la communication financière est de nature à réduire l’asymétrie de l’information parmi les gropes d’actionnaires. Mais elle est quasi absente en cas de concentration de capital. Si bien que « plus le capital est concentré, moins la société communisue ». C’est plus particulièrement le cas des sociétés gérées par leurs propriétaires lesquels détiennent en moyenne entre 70 et 75% du capital. Au final, le président de l’AIB recommande d’élaborer et d’établir un modèle de rapport d’activités standard , recommandation concrétisée par le projet de Guide du rapport annuel des entreprises tunisiennes élaboré par la Cellule des jeunes membres en collaboration avec le CIPE qui est le Centre de l’entreprise privée internationale dont l’objectif est de rendre plus intelligible le rapport annuel permettant une meilleure comparabilité avec les exercices écoulés et avec les autres sociétés de la place. Il est à noter que l’organisation de cette conférence a été marquéée par l’inauguration du Centre Tunisien de la Gouvernance d’Entreprise ( CTGE) qui a vocation à « œuvrer pour une prise de conscience croissante de l’importance de la bonne gouvernance d’entreprise dans la préservation de la confiance des investiseurs et dans l’amélioration durable des performances de l’économie nationale ». Dans la pratique, le Centre offre, entre autres, un programme de formation diplomante dans le domaine de la gouvernance d’entreprise destiné au top management et aux administrateurs , actuels et potentiels, des entreprises publiques et privées. |