La Bourse de Tunis manque encore de profondeur et une telle introduction, ne pourrait que lui faire du bien. Elle l’avait tant attendue de chez l’opérateur public, mais ce dernier s’y est toujours refusé, arguant parfois même que sa valorisation est trop importante, pour la petite bourse de Tunis. Le choix avait alors été fait, pour Tunisie Telecom, d’une ouverture du capital à un opérateur «stratégique» au mépris, même d’une petit 10 % pour l’actionnariat local à travers la Bourse de Tunis.
Tunisie Telecom reste ainsi une entreprise publique, elle est certainement une entreprise citoyenne au vu des actions sociales, de ses implications dans différentes actions qui touchent tous les Tunisiens et des importants investissements qu’elle consacre à l’infrastructure nationale pour le fixe et l’Internet. Mais elle n’est pas encore l’entreprise de tous les Tunisiens, au sens d’une reconnaissance directe de l’épargnant et d’une identification dans les objectifs et les réalisations de son opérateur historique.
La première cotation d’une entreprise du secteur d’avenir qu’est la télécommunication, semble ainsi devoir venir du côté du privé et encore plus de l’étranger. Si elle se réalisait, cette introduction, qui ne peut plus se prévaloir du simple objet fiscal (à moins d’une prolongation, l’article de loi portant l’incitation fiscale pour les entreprises à entrer en bourse, devrait finir cette année), serait un signe de confiance des investisseurs étrangers (l’égyptien Orascom et l’opérateur Qatari Qtel) dans les performances de la BVMT et dans les perspectives de l’économie tunisienne.
Elle donnerait surtout, à l’opérateur privé tunisien en téléphonie mobile, l’occasion de se débarrasser de l’image négative qu’il colporte depuis quelque peu, celle d’une entreprise qui ne réinvestit pas en Tunisie et qui rapatrie tous ses bénéfices, sans aucun bénéfice, sauf celui des salaires, pour le pays qui lui a ouvert le premier ses portes, même s’il ne lui a pas non plus trop facilité la concurrence. Une fois sur la cote de la Bourse de Tunis, Orascom Telecom Tunisie pourra pleinement revendiquer toute la signification «nationaliste» de son nom commercial. Les épargnants tunisiens dans son capital, lui donnera peut-être alors, l’image de l’entreprise citoyenne, qui lui faisait jusque-là défaut. L’entreprise est de plus, bénéficiaire malgré ses charges financières, et se positionne dans un marché d’avenir où se prépare le «Tunis Télécom City».
Est-ce sérieux ?
Pour l’instant et même si l’information a été reprise par différents médias, il n’y a rien d’officiel. Chez Tunisiana, on joue au cache-cache ; on ne confirme pas clairement la décision d’entrer en bourse, sans pour autant l’infirmer. A notre question de savoir s’il y a eu une décision finalisée, de la part des deux actionnaires principaux, d’ouvrir le capital de Tunisiana à l’actionnariat de la Bourse de Tunis, on se contente, officieusement, de nous dire que «on a reçu directive de continuer le processus».
Pour l’instant pourtant, aucun processus n’a été officiellement engagé. Le Conseil du Marché Financier (CMF), en a été certes informé, mais uniquement par voie verbale et n’a jusqu’ici reçu aucun courrier officiel de la part de Tunisiana, annonçant officiellement cette entrée en bourse et qui pourrait l’engager. Le CMF en a parlé avec le management de l’entreprise et avec quelques uns des membres de son Conseil d’Administration, mais rien de plus.
Deux actions semblent être, en revanche, réellement engagés. D’abord la valorisation de l’entreprise. C’est ce processus, qui déterminera le taux de l’introduction en bourse. Pour l’instant, mais toujours officieusement, on le situe entre 10 et 30 % du capital de l’entreprise. Ensuite, une consultation interne, pour choisir l’intermédiaire boursier qui pourrait être chargé de cette introduction. Ces deux processus, n’ont rien encore d’officiel et ne veulent aucunement dire que Tunisiana s’engage irrévocablement sur la voie d’une OPV (Offre publique de vente). Cela d’autant plus, que la valorisation, qui déterminera le taux de l’introduction, devra être validé par le CMF.
Chez l’opérateur privé, on fait même durer le suspens et on nous indique, toujours de manière officieuse, que les processus pourraient, à tout moment, être arrêtés ! On nous avance même que cette introduction, pourrait être faite sur une autre bourse, en parallèle avec celle de Tunis.
Reste à se demander sur les vraies raisons de cette information, qui n’en est pas encore une. Selon certains experts qui ont requis l’anonymat, l’objectif de cette introduction, un temps expliqué par un désir de bénéfice d’incitation fiscal, dépasserait réellement ce simple objectif. Selon ces sources, l’introduction pourrait avoir pour objectif principal un besoin des actionnaires en fonds, pour réinvestir ou pour autre chose. Le lien mis entre valorisation et taux d’introduction et l’introduction sur plus d’une seule place boursière, sont ainsi avancés en guise d’explication de cet objectif.
Dans tous les cas de figure, l’introduction de Tunisiana en bourse, ne pourra pas se faire avant le début de l’année 2010.