L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises a organisé le jeudi 21 mai, en collaboration avec CIPE (Center for International Private Entreprise) une journée sur « les pratiques commerciales et la gouvernance d’entreprise ». Bien que cette journée soit destinée aux chefs d’entreprises, le nombre de ces derniers a été assez limité, et la majorité des présents étaient des universitaires et des journalistes. Au cours de la journée, ont été annoncés les résultats d’une étude sur « les pratiques commerciales en Tunisie ». Une enquête qui a visé quelque 600 chefs d’entreprises, mais dont le taux de réponse n’avait pas dépassé les 10%. Selon Mohammed Salah Rejeb, l’universitaire ayant mené cette étude, « dans la majorité des enquêtes qui sont élaborées partout dans le monde, le taux de réponse n’est pas aussi important, et le taux, de 10%, que nous avons atteint peut en effet informer sur l’état des choses en Tunisie». A souligner que cette étude avait couvert presque tous les secteurs, à part celui de l’agriculture, et « nous avons dû « harceler » les chefs d’entreprises par des actions de mailing, pour pouvoir avoir leurs réponses »a encore souligné M. S. Rejeb.
La gouvernance garant de l’équité, l’égalité, de la responsabilité et de la transparence
Inaugurant la journée, Slim Zarrouk, président de la CJM-Iace, a précisé que l’organisation de la conférence entre dans le cadre d’un programme qui vise le renforcement de la culture de gouvernance d’entreprises en Tunisie. « Cet axe comprend l’organisation de conférences et de workshops dont l’objectif est l’amélioration de l’environnement de la gouvernance au sein des entreprises tunisiennes » a-t-il précisé. Le thème de la journée, celui des pratiques commerciales, est le deuxième de trois axes, les deux autres étant ceux de l’environnement juridique et fiscal, ayant fait l’objet d’une table ronde le 30 avril dernier, alors que le troisième thème est celui sur « les normes comptables », un thème qui sera débattu au mois d’octobre prochain. Ces trois thèmes font partie du premier axe de la stratégie de l’Institut, à savoir celui du diagnostic, alors que les deux autres axes seront ceux de la sensibilisation et de l’action. « Tous ces efforts entrent, a précisé S.Zarrouk, dans le cadre de la préparation du lancement de l’institut Arabe de la Gouvernance, dont l’inauguration est prévue pour le 25 juin prochain ».
Selon S. Zarrouk, l’égalité, l’équité, la responsabilité et la transparence sont des principes communs à la fois à la gouvernance au niveau de l’entreprise et aux principes du marché libre. Pour lui, la gouvernance d’entreprise est devenue un des piliers à la compétitivité des pays et des entreprises dans une conjoncture économique mondiale caractérisée par la globalisation et la libéralisation.
Les impayés, la contrefaçon et la concurrence déloyale parmi les facteurs qui entravent les PC
L’étude qui a, quant à elle, été commandée par la CJM de l’Iace, et qui a été présentée par les professeurs Lotfi Bouzaiane et Med Salah Rejeb, avait pour objectif de faire l’état des lieux des pratiques commerciales en Tunisie et les principaux obstacles recensés. L’étude a recueilli l’avis de quelques 600 entreprises, qui ont reçu des questionnaires portant sur le climat des affaires, les pratiques commerciales, les compléments sur les pratiques commerciales (étude de terrain), ainsi que les voies d’amélioration. L’étude n’a pas fait état de résultats chiffrées, comme c’est le cas dans la majorité des enquêtes élaborées un peu partout dans le monde, mais ce sont plutôt des « observations » telles que « Bonne moyenne générale », « Bonne qualité des PC (pratiques commerciales), dans l’ensemble », « mais encore un potentiel d’amélioration de ces pratiques », « des différences selon les partenaires et selon les qualités ». La soixantaine de chefs d’entreprises ayant participé à cette enquête ont par ailleurs souligné les importants obstacles qui entravent l’élaboration des bonnes pratiques commerciales. On relève à cet égard les problèmes avec les clients « les paiements, les impayés, les exigences extra contractuelles », « un circuit commercial peu développé », « la qualité du service du fournisseur, le non respect des délais et les qualités conventionnelles », « la concurrence déloyale par le régime forfaitaire » « la contrefaçon », « la coordination de la politique commerciale », « le remboursement des trop perçus », ainsi que le « déséquilibre entre les droits du contribuable et les droits des services de la fiscalité, la douane », la lenteur des procédures : non adaptées aux attentes des clients étrangers (européens) », « les restrictions bancaires, réglementation du change, manque de clarté de la notion de paiements courants », outre les problèmes « avec les concurrents : pratiques d’obtention des marchés, non respect des chartes de qualité » et « les structures d’appui : maîtrise insuffisante des enjeux des TIC ».
Un conférencier du Heritage Foundation, voit son exposé mis en doute
Cette journée a par ailleurs connu la participation de Ridha Touiti, ministre du Commerce et de l’Artisanat, celle de Mohammed Kolsi, président du Conseil de la Concurrence ainsi que la présence de Taieb Saad, directeur du tarif au sein de la Direction générale des Douanes. « L’invité d’honneur » de la journée, était l’Ambassadeur Terry Miller, du Centre International du Commerce et de l’Economie, relevant de l’Heritage Foundation. Terry Miller a fait un exposé sur le thème : « Liberté économique et développement de la Tunisie ». Un exposé où un nombre de faits présentés étaient mis en doute par quelques conférenciers, vu que les « données présentées concernant la Tunisie, étaient approximatives et même inexactes », et que « la démocratie des pays occidentaux a connu quelques failles qui ont été révélées par la crise financière internationale ».