Une table ronde vient récemment d’être organisée par la cellule des jeunes membres de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE). Elle concernait la gouvernance d’entreprise, vue de l’angle des hommes d’affaire; celui de l’environnement juridique et fiscal qu’ils n’ont pas manqué, encore une fois, de harponner par les experts qui travaillent pour le compte de l’Institut.
En effet, selon un résumé de l’étude présentée par Naji Baccouche et qui recense «les difficultés qui empêchent l’acculturation de la bonne gouvernance », «les réformes entreprises demandent à être consolidées, pour assainir l’environnement des affaires».
Plus clairement, l’étude précise que «les exigences de la gouvernance de l’entreprise, sont insuffisamment prises en compte, tant par le droit des sociétés que par les règles relatives à l’ingénierie financière».
Force était, en lisant le rapport de l’IACE, d’observer qu’il s’en dégagerait même des relents d’une vision, plutôt sociale de l’entreprise privée. Et même s’il n’a pas manqué d’épingler la «sur-bancarisation des entreprises qui n’encourage pas la transparence », l’administration qui n’est pas elle-même transparente ou encore «la transparence fiscale qui est encore sacrifiée et qui met à mal l’équité fiscale, Naji Baccouche évoquait en effet la notion de «contre-pouvoir » nécessaire à l’équilibre de l’entreprise, «le droit de recourir à l’expertise de gestion, la consolidation des droits des associés » ou encore la notion de «hégémonie du gérant » comme reproche fait à la bonne gouvernance.
«L’entreprise, c’est la prise de risque et le secret».
Deux réactions, données en marge et pendant cette table ronde, incitent cependant à remettre en cause cette «volonté» de transparence et de «bonne gouvernance», des hommes d’affaires tunisiens, tout au moins à la nuancer et même fortement.
La première, n’a pas pu attendre le temps de passer en coulisses et a vite fait de trahir toute la volonté de transparence et de bonne gouvernance des hommes d’affaire présents (certes pas nombreux dans la salle, mis à part les universitaires et les étudiants qui la remplissaient).
«L’entreprise, c’est la prise de risque et le secret », dit l’un des rares hommes d’affaires présents, avant d’ajouter qu’il faudra «pondérer la bonne gouvernance et la transparence». Et notre homme d’affaires de répondre ensuite à l’universitaire qui s’attardait sur l’hégémonie du dirigeant comme élément de non-transparence, en martelant que «vous risquez d’occulter le génie du chef d’entreprise, en prenant des mesures pour limiter son hégémonie».
«Moi je ne publierais pas mes comptes».
Deuxième réaction, anecdotique, mais tout aussi révélatrice de la difficile marche des hommes d’affaires tunisiens sur le chemin de croix de la transparence, celle d’un autre dirigeant qui nous affirmait qu’il ne publiera jamais ses comptes. C’est pourtant une obligation de déposer ses états financiers, au moins dans le registre du commerce. Les informations à ce propos étant introuvables, on apprendra par le biais d’un cadre présent à cette manifestation de l’IACE, que seulement quelques entreprises (moins de 10 selon cette source), le font, en l’absence de toute amende en cas d’infraction.
Bonne gouvernance ou gouvernance tout court, commencent pourtant par transparence. Cette dernière commence par les finances, d’autant qu’elle suppose la volontaire soumission au devoir fiscal. Pour l’instant, le monde des affaires ne semble pas prêt à franchir librement ce pas et attend encore «l’initiative» des pouvoirs publics et il poussera même le masochisme, jusqu’à attendre la punition pour le faire !