La séparation entre Air Sénégal International et la Royal Air Maroc est-elle définitivement consommée ? Tout porte à le croire au regard des derniers développements d’un bras de fer opposant la société du royaume chérifien au gouvernement sénégalais.
On se rappelle qu’il y a trois semaines, l’Etat sénégalais avait été en justice contre son (ex ?) partenaire au motif que la Royal Air Maroc ne jouait pas franc jeu avec son partenaire local. IL semblait y avoir urgence étant donné que c’est le juge des référés qui avait été saisi. Et dans son délibéré, ce dernier s’était opposé à ce que la Ram obtienne gain de cause.
Selon certains observateurs, très au fait de l’évolution du transport aérien dans le continent, la partie marocaine exercerait un chantage sur son partenaire sénégalais qu’elle voudrait empêcher d’ouvrir les yeux sur une gestion qu’elle trouverait «désastreuse», ce que l’Etat sénégalais, qui tient à y voir réellement clair, refuserait.
En somme, on assiste depuis quelques semaines à un dialogue de sourds entre deux partenaires qui filaient pourtant le parfait amour, au point qu’Air Sénégal International (ASI) était devenue en une décennie la compagnie la plus prisée des voyageurs qui se rendent dans cette partie du monde. Au vu des pratiques néfastes marquées par l’irrégularité des vols, l’insécurité, le calvaire des passagers et la mauvaise gestion des deniers qui caractérisent les compagnies locales et qui ont conduit la plupart d’entre elles à déposer le bilan, ASI faisait exception. Par la compétitivité de ses tarifs, la qualité de son personnel à bord, la rigueur dans la programmation de ses vols et la fiabilité de ses appareils, ASI faisait la fierté des deux partenaires qui s’entendaient si bien, que leur différend actuel est difficilement compréhensible. Quoique disposant de 51% des parts dans le capital de cette compagnie aérienne, le poste de président du conseil d’administration était jusqu’à maintenant détenu par un Sénégalais, alors que la gestion était confiée à des cadres venus de Rabat. Cet exemple de réussite de l’intégration entre deux Etats africains, hélas, risque de ne pas perdurer.
En dépit des dénégations officielles de la part des deux Etats, rien ne va plus ainsi entre la RAM et ASI. La conséquence immédiate, c’est que depuis quelques jours, pas moins de cinq cent travailleurs sénégalais sont contraints d’observer un arrêt de travail. Les avions d’ASI étant cloués au sol, on peut aisément deviner les difficultés qu’entraîne cette situation aussi bien pour les voyageurs qui avaient jeté leur dévolu sur cette société, son personnel, les petites et moyennes entreprises qui collaboraient avec elle, que pour tout ce qui gravite autour de l’aéroport international de yoff.
ASI et la RAM toussant, l’axe Dakar-Rabat s’enrhume. Les Marocains, semble-t-il, ne sont pas prêts à une renégociation de l’organigramme et du mode de gestion de la compagnie. C’est en tout cas ce qui se susurre dans certains cercles dakarois.
Tunisair en pole position ?
Quoiqu’il en soit, la nature ayant horreur du vide, on apprend qu’Algériens et Tunisiens frappent à la porte d’ASI. Air Algérie et Tunis Air seraient sur les rangs et prêtes à prendre le relais de la RAM. Comme on le voit, ASI ne laisse décidément pas indifférents. C’est que bien gérée, son compte d’exploitation peut procurer d’intéressants dividendes à ses actionnaires.
Selon nos sources dans la capitale sénégalaise, La confidentialité entourerait les discussions entre le Sénégal et Tunis Air pour donner plus de chance de réussite à ces négociations. De source officielle à Tunis cependant, on indique qu’aucun contact direct n’a été encore établi et cela, malgré les difficultés que rencontre Tunisair en Mauritanie où sa filiale Mauritania Airways rencontre des difficultés
L’idylle entre la RAM et ASI semblant de jour en jour du domaine du passé, la question que se posent les travailleurs d’ASI est leur sort immédiat. Voilà pourquoi, ils interpellent l’Etat sénégalais chaque fois que l’occasion leur en est donnée par les médiats. Leur mobilisation est proportionnelle à leur volonté de sauver une entreprise qu’ils ont contribuée à hisser si haut que sa chute étonne et frustre beaucoup d’observateurs sénégalais et étrangers très au fait des questions touchant l’aviation civile.
La réunion de la commission mixte sénégalo-marocaine prévue ce mercredi portera-t-elle un coup d’arrêt à la coopération entre la RAM et ASI ? En tous les cas, Tunis Air semble en pôle-position pour la reprise d’Air Sénégal International.