Les réflexions se fédèrent pour sonder les biais à la faveur desquels le tourisme tunisien repartirait du bon pied, alors même que les effets de la crise dans les pays émetteurs sont à mille lieues du bout du tunnel. Relayant les décideurs politiques et la communauté des hôteliers et des voyagistes , c’est au tour des « Anciens du tourisme », une sorte de cénacle relevant de l’Association Tunisienne de Développement Touristique( ATDT ) d’entrer en lice pour apporter leur contribution et livrer la lecture qui est la leur d’une situation dont le flou commence certes à se dissiper mais qui ne peut en aucun cas autoriser des analyses parfaitement fiables et partant des conclusions qui ne le seraient pas moins.
Lors d’une table ronde organisée, mercredi, par l’ATDT, les vétérans du tourisme tunisien, d’anciens hôteliers, responsables de l’Administration et pas moins de deux ministres, en l’occurrence Ahmed Smaoui et Slaheddine Ben Mbarek, chacun dans sa spécialité, ont disséqué les tenants et les aboutissants de la crise, son impact sur le tourisme en Tunisie et tenté d’esquisser des pistes et des scénarios de sortie de crise. Il s’en est dégagé une conclusion quasi unanime que Ahmed Smaoui a résumée dans cet adage archi connu : «Dans toutes les crises, le tourisme a été toujours le premier à relever la tête». Chiche, serait-on tenté de dire, mais on doit à la vérité de dire que l’assertion n’est pas totalement une parole en l’air, car comme l’a rappelé un intervenant qui sait de quoi il parle. Le tourisme tunisien a connu, au cours de ses cinquante ans d’existence, d’innombrables crises : inondations, choléra, guerres (des six jours, de 1973 et du Golfe), attentats, 11 septembre …et il s’en est toujours sorti. Propos lénifiant sans doute, mais qui donne la mesure de la capacité du tourisme tunisien de sortir de l’ornière. Il reste que la présente crise doit fournir l’opportunité inestimable d’engager une réflexion sérieuse, rigoureuse et en profondeurs sur les maux et dysfonctionnements qui entachent l’architecture touristique du pays. Cela doit signifier, selon maints orateurs, qu’il est désormais impératif d’être innovant, agressif, imaginatif, réactif, bien au fait en temps réel des tendances du marché mondial, mais surtout solidaire. Traduction : les professionnels doivent se garder de se livrer une guerre des prix dont le bradage serait encore plus désastreux que la crise elle-même.
Revoir la formation et les services.
Surtout, la nécessité a été fréquemment soulignée de mettre à profit cette pause induite par la crise, pour repenser deux composantes essentielles du tourisme tunisien, à savoir la formation et la qualité des services : deux volets en fait récurrents mais qui appellent, aujourd’hui plus que jamais, des réponses définitives et radicales, entres autres peut-être surtout la mise en place de normes de qualité et d’un système de mesure de satisfaction de la qualité qu’il s’agisse de la réception, de la restauration , de l’hébergement ou encore de l’animation. Et nombreux ceux qui se sont attardés sur la question pour en souligner l’insigne importance alors que le tourisme méditerranéen dont la Tunisie est une destination majeure est en recul de 10%, et cela depuis une décennie.
Dans la hiérarchie des priorités, il y a aussi l’effort de promotion en direction des marchés émetteurs de flux touristiques vers la Tunisie. Tout en saluant l’augmentation du budget alloué à ce volet, les intervenants ont préconisé la mise en œuvre d’approches qui fassent jeu égal avec celles de nos concurrents à travers l’utilisation de techniques qui valorisent l’avantage comparatif de la Tunisie et qui ciblent le tourisme moyen de gamme en développant le tourisme de proximité. Il a été constaté à cet égard que malgré la crise, la saison du tourisme d’hiver en Europe a été bonne, ce qui administre la preuve que le consommateur européen est disposé à prendre des vacances pourvu qu’il s’agisse de destinations de proximité, et la Tunisie en est une.
Des appels ont été également lancés pour affranchir le tourisme tunisien du « carcan du littoral et de l’étroite saison » en procédant à une vraie diversification associant des offres différentes et attrayantes. Un ancien responsable du tourisme a affirmé ne pas voir trace de ce tourisme culturel dont on a tant parlé, relevant dans la foulée que le tourisme saharien peine à trouver la voie qui doit être la sienne et à répondre aux attentes et aux espoirs placés en lui, même si par ailleurs la « thalasso » a réussi à faire quelques avancées qui gagneraient cependant à être développées à coups de campagnes de promotion et de publicité plus soutenues.
Le tourisme intérieur, tourisme de remplissage !!!
Un des autres effets majeurs de la crise est la résurgence du tourisme intérieur comme palliatif. C’est une démarche erronée, affirme un ancien hôtelier qui s’offusque que le tourisme intérieur soit perçu comme un tourisme de remplissage auquel on a recours dès que le touriste étranger, notamment européen manque à venir. Le touriste tunisien, préconise-t-il, a droit au même traitement que le touriste européen, américain ou japonais. Il doit être placé sur le même pied d’égalité qu’eux, a-t-il encore dit appelant à développer les habitudes d’allottement au même titre que celles des TO. Le touriste tunisien doit ainsi bénéficier de la réservation à l’avance, de catalogues et de la restructuration de la distribution du produit touristique.