Le flou qui enveloppait jusque-là les perspectives du tourisme tunisien commencerait-il enfin à s’éclaircir ? Plus d’un indice tendrait à confirmer cette nouvelle tendance. Plus d’un marché européen, aurait en effet commencé à dévoiler les orientations des consommateurs dans la crise. A en croire certains médias français, par exemple, «crise oblige, les Français ajusteront leur budget vacances cet été de manière à ne pas partir trop loin tout en s'octroyant quelques jours au soleil». Le journal « La Dépêche » rapporte ainsi que «les agences de voyages en ligne, Opodo.fr et Expedia.fr, indiquent jeudi 12 mars que les destinations méditerranéennes, comme le Portugal, la Tunisie et l'Italie, seront les préférées des Français. En long-courrier, seuls les Etats-Unis pourraient tirer leur épingle du jeu ». Le quotidien économique marocain, L'Economiste, rapporte une étude réalisée par le département du Tourisme marocain sur le positionnement prix de la destination. Il en ressort que le Maroc est plus cher, à produit comparable, que la Tunisie, l’Egypte ou la Turquie.
Le bâton de pèlerin du ministre.
Le tourisme est, on le sait, le troisième «talon d’Achille» de l’économie tunisienne dans la crise économique internationale. Loin de dormir sur ses lauriers des résultats de l’année 2008, la Tunisie a pris le taureau par les cornes et avait déjà commencé à bouger, depuis la fin de la dernière saison estivale. Une stratégie de contacts au porte-à-porte a été mise au point. Au premier plan, le ministre Khalil Lajimi a ainsi pris, sur instructions présidentielles, son bâton de pèlerin et commencé à faire, lui-même, le tour des plus importants marchés du tourisme tunisien.
RDV, réunions et contacts face-to-face, ont ainsi été organisés avec les TO français, italiens, espagnols et allemands qui représentent quelque 4 millions de touristes par an. Cela en plus des réunions classiques dont s’occupait le staff de l’Office tunisien du tourisme dans ses différentes représentations à l’étranger.
Point faible dans ce talon, le marché allemand. En compagnie de quelque 150 professionnels tunisiens, Khalil Lajimi, s’en est ainsi dernièrement allé à l’ITTB Berlin, une des plus importantes foires européennes dédiées au tourisme. Après Milan pour le marché italien et avant de repartir faire un tour à Paris en marge du MAP à Paris, le ministre, est allé «prendre le pouls du marché allemand », pour reprendre son expression dans une déclaration faite au programme «Les Jeudis de l’économie» de RTCI (chaîne en langue française de la Radio tunisienne).
Le marché allemand avait dépassé, en 1999, le million de touristes, avant de chuter à moins de 500 milles, suite aux évènements malheureux de Djerba. 2008 y avait été l’année de la reprise et le nombre des touristes allemands a enfin pu dépasser ce seuil fatidique des 500 000, progressant ainsi de 1,5 %.
Malgré la crise, même si elle reste inégale entre les différents marchés européens, le porte-à-porte, commence à donner ses fruits et le brouillard du flou, commencerait enfin à être levé.
Un optimisme raisonnable est maintenant de mise.
«Différentes réunions avec TO et professionnels incitent maintenant à un optimisme raisonnable, malgré la récession » déclare le ministre Lajimi à RTCI. Les marché allemand, italien et français, des marchés qui représentent 2,5 millions de touristes, tiennent la route, et on peut être raisonnablement optimiste. Il faut dire que cette stratégie du «face-to-face» est adossée à un budget promotionnel, plus important, même s’il reste presque dérisoire par rapport à ceux d’autres pays et par rapport aux coûts de la promotion. Plus dépensier (en termes de recette par arrivée, il se situe à 1000 DT par visiteur), le marché allemand y sera mieux traité. Dans la rallonge budgétaire de 10 MDT décidée par le Chef de l’Etat tunisien, «une rallonge assez conséquente sera consacrée au marché allemand », indique Khalil Lajimi.
Le flou commencerait ainsi à se dissiper et le marché tunisien retrouve ainsi un peu plus de visibilité. Cela, même s’il y a encore 3 marchés qui causent encore quelques soucis pour les responsables du tourisme en Tunisie. Les marchés, russe, espagnol et britannique sembleraient en effet engoncés dans une crise plus profonde. Pour Moscou, une équipe de l’ONTT se déplacera cette semaine pour rencontrer les principaux TO et les professionnels. Et toujours dans cette stratégie de porte-à-porte, une autre équipe se déplacera en Espagne en compagnie d’une délégation de Tunisair.
Reste encore à dire, alors que certains professionnels affirment que le booking serait déjà fait auprès du transporteur national Tunisair et pas encore auprès des hôteliers pour la saison estivale, qu’il faudrait faire attention aux prix. Le quotidien économique marocain, L'Economiste, rapporte dans une étude réalisée sur les prix de séjours pendant la saison hivernale 2008/2009 auprès du marché français (Fram, Nouvelles Frontières, Marmara et Thomas Cook et de 3 agences en ligne Opodo, Lastminute et Expedia), que le Maroc est plus cher, à produit comparable, que la Tunisie, l’Egypte ou la Turquie. Une guerre au prix le plus bas semblerait vouloir s’installer, où les TO seront les seuls bénéficiaires.