Alors que les prix des carburants ne cessent de grimper, mise à part les effets de la crise qui les affectent, les sources de l’énergie seraient épuisées dans quelques décennies, d’après des experts. La nature qui recèle ces ressources ne cesse d’en offrir d’autres, et c’est aussi l’usage qui en est fait par l’homme qui génère les énormes quantités de déchets domestiques et industriels. Dans cet ordre d’idées, l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (Anged), a organisé en collaboration avec l’Agence allemande de coopération technique (GTZ) et les services du ministère de l’Agriculture et des Ressources Hydrauliques, un séminaire international sur la « valorisation matérielle et thermique des déchets organiques ». L’idée est de mettre en place un programme intégré de valorisation des déchets organiques, en vue de produire de l'énergie. Tout au long de ce séminaire, des flux d’informations utiles ont été fournis notamment aux municipalités, aux gouvernorats, aux organisations non gouvernementales et même aux entreprises privées. Les expériences de certains pays voisins ont été exposées à l’occasion de cette journée d’étude.
La boue, les déchets domestiques …sources d’énergie à valoriser
Les besoins de la Tunisie en engrais chimiques dépassent les 9 millions de tonnes par an, la production, elle, gravite autour de 1 million de tonnes. Comment combler ce manque et quelles sont les meilleures solutions susceptibles d’augmenter cette production ? Pour Nadhir Hamada, ministre de l'Environnement et de Développement Durable, l’élaboration d'une carte des régions habilitées à abriter des unités de compostage dans tout le territoire tunisien, à la lumière d’une étude faite à cette fin, est à l’ordre du jour. Selon cette étude, les quantités de déchets organiques produites en Tunisie sont estimées à près de 7 millions de tonnes par an, alors que celles pouvant être collectées et valorisées sont de l'ordre de 2,3 millions de tonnes par an. Le ministre a aussi souligné que plusieurs études ont mis en exergue les opportunités de production d'énergie thermique ou d'énergie électrique à partir de la valorisation des déchets organiques à l'instar de la margine, des déchets des volailles et des boues résiduelles des stations d'épuration ainsi que les déchets alimentaires, ménagers et autres. Selon le ministre, la moyenne de production annuelle de grignons d'olives est estimée à 434 mille tonnes, ce qui représente un potentiel d'énergie thermique de l'ordre de 160 mille tonnes équivalent pétrole (TEP) par an outre 120 à 168 mille tonnes de boues produites par les huileries.
Des expériences tunisiennes réussies, mais il faudrait promouvoir la « méthanisation »
La Société El Khadhra a présenté à l’occasion du séminaire un exposé de son expérience dans ce domaine. La société a entamé depuis quelques années déjà la valorisation des déchets verts (déchets des jardins et herbes) afin d’en produire des engrais, de même qu’elle a développé la technique du compostage individuel. Bien que l’expérience égyptienne, expliquée par l’expert Hichem Charif, se soit basée sur le compostage organique, les expériences tunisiennes sont aussi riches et diversifiées. C’est ce qu’a montré, à titre d’exemple, Sami Sayyadi représentant du Centre biotechnologique de Sfax. Un centre où l’on s’est lancé depuis quelques années dans la bio-méthanisation des déchets des volailles et de la margine. Selon lui, le traitement de 300 litres de déchets des volailles et de 5 m³ de margine quotidiennement, produit 150 mètres cubes de gaz méthane qui est transformé par la suite en énergie électrique (285 kilowatt / heure), et en énergie de chauffage (600 kilowatt / heure). Pour sa part, Rafik Missaoui, représentant de la société « Alcor » a expliqué le cadre législatif et technique ainsi que les bénéfices et les encouragements fiscaux dont décidés au profit des projets dans le secteur de la valorisation des déchets organiques, notamment les projets de méthanisation.
Un appel d’offres international pour le gaz, produit des déchets
Il faut rappeler par ailleurs que l'Anged a conclu un accord avec la Banque d'affaires de Tunisie, pour préparer un dossier d'appel d'offres international en vue de la vente de la production de méthane sur le marché mondial dans le cadre du projet d'extraction et de production du gaz « méthane », provenant des décharges contrôlées de « Djebel chakir » dans le Grand Tunis, de Bizerte, de Nabeul, de Sousse, de Monastir, de Kairouan, de Sfax, de Gabès, de Médenine et de Djerba. Ce projet est financé par la Banque mondiale, avec un montant d'investissement de 22 millions de dollars (environ 32 millions de dinars). 50% des émissions du biogaz provenant de ces décharges sont destinés au remboursement du crédit de la Banque mondiale alors que 50 % de la production restante qui a été certifiée, feront l'objet de cet appel d'offres international.