Ce que l’on pourrait retenir de l’année 2008, outre les crises et les turbulences, et dans le contexte local de la Tunisie, c’est un surcroit d’intérêt à l’emploi et à l’effort d’intégrer le plus de jeunes, notamment les diplômés de l’enseignement supérieur, dans la vie active. Contribuer à une croissance économique, et bénéficier en même temps de la hausse du niveau de vie,c’est l’ambition de tout jeune, surtout après être arrivé à la fin d’un cursus universitaire. L’intérêt du gouvernement à la question de l’emploi s’est en effet traduit sur bien des plans. Un récent conseil ministériel, présidé par le Chef de l’Etat, a adopté de nouvelles mesures en vue de faciliter encore plus le processus d’embauche de jeunes et de candidats à l’emploi, et inciter les entreprises à en intégrer un plus grand nombre. Ces nouvelles mesures ont constitué le thème d’un point de presse tenu, lundi 5 janvier 2009, par Slim Tlatli, ministre de l’Emploi et de l’Intégration Professionnelle des Jeunes.
Un taux de couverture de demandes d’emploi à plus de 90%, mais c’est toujours peu
Slim Tlatli a commencé par dresser le bilan de l’an 2008, un bilan où l’on peut noter une croissance du nombre des actifs en Tunisie. Ils ont été 3.1 millions à exercer un emploi, contre 2.4 millions en 1999. L’économie nationale a donc créé 76 000 nouveaux postes annuellement durant la période 1999-2008, contre 40 mille nouveaux postes avant 1987. Grâce à ces croissances, le taux de couverture de demandes d’emploi additionnels est passé à plus de 90% en 2008, alors que l’économie tunisienne ne satisfaisait qu’à hauteur de 68% ces demandes avant 1987. Pour ce qui est des diplômés de l’enseignement supérieur, Slim Tlatli a précisé que l’économie tunisienne a réussi à absorber 36 milles nouveaux demandeurs d’emplois parmi les diplômés de l’enseignement supérieur. « La moyenne durant les années précédentes, affirme encore le ministre de l’Emploi, ne dépassait pas les 27 000 nouveaux postes ». Le nombre de recrutés au titre de cette tranche a presque quintuplé depuis 1987, passant de 80 à 470 000. Cette progression s’est répercutée sur le taux d’encadrement total de l’économie tunisienne qui est passé de 4.5% avant 1987, à 9% en 1999 pour atteindre 15% actuellement. Depuis cette même année de 1999, le taux de chômage a régressé de deux points, passant de 16% à 14% en 2008. Pour Slim Tlatli, « ce taux aurait pu être plus important, si des réglementations dans le cadre de la politique socio- économiques n’avaient pas été prises».
Beaucoup de diplômés et de femmes, et la pression sera moindre en 2016
Se référant à nombre de facteurs, d’abord d’ordre national et ensuite ceux liés à un contexte international des plus délicats, le ministre de l’Emploi a attiré l’attention sur les défis qu’il y a lieu de relever en matière d’emploi. Tout d’abord, il s’agira d’une demande croissante se déclinant dans prés de 88 mille nouveaux demandeurs d’emplois ; cette pression devrait continuer à être ressentie jusqu’à l’horizon 2016, une année où le poids démographique sera moins fort. Au début des années 80, la croissance démographique en Tunisie était de 2.7%, elle est retombée à 1% actuellement. Le second facteur, est celui de l’intégration de plus en plus importante des femmes au marché de l’emploi. Sur ce registre, durant la période entre 1999 et 2007, la demande est passée de 15 à 27 mille. S’y ajoute le flux de diplômés de l’enseignement supérieur attendus sur le marché de l’emploi durant les années à venir. Actuellement, ils représentent 55% des demandes d’emplois additionnelles, ce taux atteindra 60% d’ici 2011. Le marché de l’emploi qui accueille actuellement 55 mille nouveaux diplômés, en recevra 65 mille à l’horizon de 2011. Cette croissance est à mettre en relation avec le contexte de crise et ses répercussions, notamment celles qui touchent les secteurs textile-habillement et des composantes automobiles. La batterie de mesures décidées lors du Conseil ministériel du 2 janvier 2009, pourrait alors être considérée comme une « feuille de route », pour remporter cette bataille contre le fléau du chômage, embaucher et intégrer le maximum dans des postes stables.
De nouveaux secteurs porteurs, et l’entreprise au cœur de la bataille
Pour le ministre de l’Emploi, il est indispensable de cibler un nombre de secteurs dont le potentiel aidera à remporter cette bataille de l’emploi. Il s’agit de secteurs porteurs, à haute valeur ajoutée et à forte employabilité, tels que les technologies de l’information, le transport, la logistique, les services liés à l’industrie, la finance, les services de santé et l’off-shoring. Ces secteurs pourraient contribuer à développer le taux d’encadrement à hauteur de 18.2% à l’horizon 2011. La consultation nationale sur l’emploi a aussi contribué à clarifier les enjeux de la problématique du chômage en Tunisie, ses conclusions ayant permis de prendre des décisions qui s’inscrivent dans ce contexte. Ainsi, les différents programmes d’emploi ont été ramenés à 6 seulement ;, ils sont censés être simplifiés, de même que les conditions pour en bénéficier. Parmi les autres décisions arrêtées, un surcroit d’implication de l’université et des régions dans le processus d’intégration des jeunes dans le marché d’emploi. Les entreprises bénéficieront de davantage de soutien de la part de l’Etat, mais en contrepartie, elles seront tenues de respecter un quota minimum de candidats embauchés à titre définitif. Une réunion entre le ministre de l’Emploi et les membres de l’Utica au cours des prochains jours, nous en dira sans doute davantage sur les mécanismes à la faveur desquels l’Etat entend impliquer les entreprises dans le combat contre le chômage en Tunisie.