Diversification des produits, modernisation des systèmes d'information, gestion des compétences, réduction des coûts, concentration et rapprochement entre banques pour atteindre des seuils de compétitivité ; tels sont en gros les défis que les banques tunisiennes vont devoir relever au cours des prochaines années , selon une étude sur le système bancaire tunisien élaborée par Mac SA.
La première conclusion qu’il y a lieu de tirer de cette enquête est que la structure du système bancaire tend de plus en plus à emprunter le modèle de banque universelle en matière de taille. C’est une dynamique qui sert de réponse rationnelle au programme de libéralisation
du secteur financier afin de s’aligner aux standards internationaux d’une part et d’autre part constituer un centre bancaire disposant d’assise financière solide permettant l’exploitation des économies d’envergure et d’échelle face à l’écrasement des marges d’intermédiation.
Performances financières du secteur bancaire.
C’est sans doute pourquoi les actifs consolidés du secteur se sont accrus de 10,4% à 32 378 MDT à la fin de 2007 grâce à la hausse de 9,77% à 27 458 MDT des crédits à l’économie, en plus d’une progression plus prononcée des ressources propres des banques (+13,7%) que celle des emplois (+9,77%) au titre de l’année 2007.
Le deuxième constat qui se dégage de l’étude tient à l’augmentation de l’offre de monnaie sur le marché. Cela signifie que la masse monétaire au sens strict (M2) a augmenté de 13,5% entre 2006 et 2007, atteignant 28 197 MDT contre une évolution de 12,2% entre 2005 et 2006. L’agrégat M1, correspondant aux billets, pièces et dépôts à vue, a augmenté de 12,3% pour atteindre 11 083 MDT alors que la quasi monnaie (mesuré par les dépôts à terme inférieurs ou égaux à 2 ans et les dépôts assortis d'un préavis de remboursement inférieur ou égal à 3 mois) a varié de 14,4% à 17 114 MDT.
Plus précisément encore, la base du financement, représentant le moteur principal des bonnes performances des banques, s’est améliorée en 2007 de 13,5% atteignant les 41 377 MDTN contre 36 470 MDTN en 2006.
L’octroi des crédits a suivi la même courbe ascendante en ce sens que la part des prêts en pourcentage du PIB s’est accrue de manière régulière pour atteindre 56,8% en 2007.
Ce ratio est dans la fourchette moyenne de la région MENA (58%) et demeure nettement au dessus du niveau moyen de certains pays d’Europe centrale (autour de 30%), mais s’inscrit en net retrait par rapport au niveau moyen de la zone euro (109,6%). En terme de dépôts, le taux de pénétration reste aussi relativement bas à 50,8% à la fin de 2007 comparativement au Maroc avec 79,1%, le Kuwait ( 64,1%) et le Qatar ( 68,3%).
Toutefois, le taux de bancarisation de la population, en dépit de sa progression, demeure encore faible en Tunisie (50% de la population totale en 2007 contre 98% pour la France, 1 guichet pour 9,6 milles habitants contre 1 pour 7,3 milles au Maroc et 1 pour 2,4 mille habitants en France). Les banques tunisiennes sont essentiellement des banques de réseau et la totalité du Produit Net Bancaire provient du réseau des agences.
En termes d’échéance, et malgré un certain affaiblissement dans la part des crédits octroyés, les crédits à court terme représentent 52,9% (contre 53,7% en 2006) au profit des crédits à moyen et long terme qui représentent désormais 47,1% (contre 46,3% en 2006).
Les crédits aux professionnels ont représenté 78,3% de l’ensemble des crédits à l’économie en repli de 1,3 point de pourcentage par rapport à 2006. En termes sectoriels, ce sont les sociétés de services qui ont le plus bénéficié des crédits accordés aux institutionnels (+ 1 144 MDT) et notamment le commerce (+ 449 MDT à 4 261 MDT) suivi par le secteur immobilier et services aux entreprises (+ 257 MDT) alors que les crédits aux hôtels et restaurants ont baissé de 68 MDT à 3 155 MDT.
Les banques publiques ont continué à jouer un rôle prépondérant dans le financement de l’économie assurant plus de 8,4 Milliards de dinars, soit plus de 40% de l’encours global des crédits servis à l’économie. En effet, la BNA a couvert près de 31% des crédits octroyés au secteur de l’agriculture et pêche tandis que la STB a assuré, en 2007, 38% des crédits dispensés au secteur du tourisme. Quant à la BH, elle a servi plus de 22% des crédits consentis à la promotion immobilière.
La problématique des créances douteuses
Quoiqu’en amélioration, la qualité des actifs des banques tunisiennes reste encore problématique. Ces prêts douteux proviennent en partie du financement des projets d’infrastructure publics à caractère industriel et commercial par le système bancaire mais aussi d’une mauvaise gestion prudentielle, fait observer l’étude.
Citant le dernier rapport du FMI publié en juillet 2008, les auteurs de l’étude soulignent que le ratio des créances douteuses reste élevé mais le secteur est en passe de prendre les mesures nécessaires pour améliorer la viabilité des prêts octroyés. En effet, sur les trois dernières années, les banques tunisiennes se sont focalisées sur l’amélioration de la qualité de leurs portefeuilles d’actifs. Le taux des créances non performantes (ou créances classées) dans le total des engagements s’est affiché en baisse continue passant de 24% en 2003 à 17,6% en 2007 (Selon le rapport d’activité 2007 de la BCT) grâce à un traitement dynamique de ces créances. Ainsi le secteur progresse vers la concrétisation des objectifs de réduction du taux des créances classées au niveau de 15% en 2009 et 12% en 2011. Malgré cette amélioration, le taux des créances douteuses reste assez élevé par rapport à une moyenne de 5% pour les autres pays de la méditerranée.
Parallèlement, les banques ont renforcé leurs efforts en matière de provisionnement et de réservation d’agios permettant ainsi d’améliorer le taux de couverture des crédits non performants qui a atteint 53,2% en 2007 contre 49% en 2006 et 47,4% en 2005. Malgré cette amélioration, le taux de provisionnement reste en deçà du niveau des 70 % escompté par la BCT. Selon le FMI, atteindre rapidement cet objectif, et même aller au-delà, renforcerait davantage la capacité du système bancaire à absorber les chocs potentiels pouvant affecter l’économie, compte tenu de l’ouverture progressive du compte de capital.
En 2007, les banques ont constitué des provisions à hauteur de 548,8 MDT contre 509,6 MDT en 2006, soit une hausse de 8% contre une hausse de 73% en 2006. La hausse importante en 2006 des provisions est due aux importantes dotations aux provisions constatées par Attijari Bank, soit 163 MDT afin d’assainir la quasi intégralité de son portefeuille. En 2007, c’est l’UIB qui a constaté des dotations aux provisions de 153,2 MDT alors que «Attijari Bank» n’a constaté que 51 MDT et les autres banques ont suivi un rythme de croissance « normal » de leurs dotations.
Ainsi, en 2007, l’effort moyen de provisionnement a été en légère progression par rapport à 2006 soit 119% en 2007 contre 113% en 2006 c'est-à-dire que le résultat brut d’exploitation permet de reconstituer les provisions à hauteur de 119% en 2007 et à hauteur de 113% en 2006. Cette progression positive est due à la hausse plus proportionnelle du résultat brut d’exploitation que celle des provisions. Sur la période 2003-2007, l’effort de provisionnement moyen a été en baisse suite à des politiques de provisionnement intensives avec un taux de croissance annuel moyen de 35% contre 16% pour le résultat brut d’exploitation.
Le secteur à l’abri de la crise financière !!!
Le secteur bancaire en Tunisie est relativement isolé et est très faiblement exposé aux capitaux étrangers et la majorité des dépôts et des crédits sont locaux. Ceci s'est avéré être une bénédiction pour les banques en Tunisie puisqu’elles ont pu rester complètement à l’abri de la crise financière mondiale. En effet, les contrôles réglementaires strictes sur le change, à savoir des limites sur les emprunts auprès des institutions financières et des entreprises, l'interdiction d'investir dans les marchés de capitaux étrangers, les restrictions sur les marchés de change et les produits dérivés, a entraîné une exposition limitée des banques locales aux marchés financiers internationaux. Les banques off-shore, qui sont soumises à une réglementation et une supervision plus souple de la part de la Banque Centrale de Tunisie, représentent une faible part du total des actifs bancaires (7% à fin avril 2008).
Les actifs des banques en devise représentaient 8% du total des avoirs bancaires à fin avril 2008, et ont été largement dominés par des dépôts auprès de banques, avec une exposition limitée au marché de la dette internationale (0,3% du total des actifs bancaires à fin-avril 2008).
La participation des étrangers dans le capital des banques tunisiennes s’est élevé à 37,36% pour les banques cotées à la date du 12/12/2008 contre 38,04% avant le déclenchement de la crise financière internationale. Ces participations sont principalement stratégiques et devraient le rester encore plus vu le potentiel offert par le marché bancaire tunisien et qui s’inscrit dans la stratégie même de ces actionnaires étrangers dans le développement de la banque de détail. (Société Générale- UIB, BNP-Paribas- UBCI Santander-Attijariwafa Bank- Attijari Bank, Arab Bank PLC- ATB, CIC-BT, etc…)
Ces alliances sont regardées comme la réponse majeure à la fragmentation du secteur bancaire tunisien et le rapprochement entre les banques tunisiennes reste une solution à plusieurs autres maux dont le plus important est de faire face à la concurrence des banques étrangères qui pourraient pénétrer le marché national avec la libéralisation des services et deuxièmement avoir des tailles considérables pour pouvoir s’exporter et s’implanter hors des frontières.
Concernant plus particulièrement l’arrivée de la concurrence étrangère, les spécialistes pensent que l’Etat favorisera et maintiendra la segmentation égalitaire actuelle du marché entre les banques privées, les banques étatiques et les banques à participations étrangères. Ceci étant, nous pensons que les marchés émergents et arabes en particulier restent convoités par la plupart des grandes banques qui voient sur ces marchés en devenir, une opportunité de croissance. Ces changements, à l’instar l’ensemble de l’industrie bancaire mondiale, sont nécessaires. Ils incluent par exemple la désintermédiation bancaire, la spécialisation, la mondialisation des services financiers…conclut l’étude.