Commençons, quand même par les bonnes nouvelles. Depuis le 3 novembre 2008, la société Alkimia a un nouveau Pdg en la personne de «Ali Mhiri». Ce dernier reprend pourtant le flambeau de Ali Ben Ali, parti à la retraite, dans des conditions particulières et plutôt difficiles. L’entreprise, filiale du Groupe Chimique de Tunisie (GCT), se trouve en effet fortement impacté par l’envolée des prix de sa matière principale qui est l’acide phosphorique qu’elle achète chez le GCT, lui-même impacté par l’envolée des prix du souffre. C’est cet acide qui est la matière de base du STPP qui est vendu aux fabricants internationaux de produits détergents qui sont Proctor, Henkel et Unilever.
Ces derniers, ont en effet arrêté tout achat chez Alkimia qui n’a presque plus rien vendu, depuis le mois de septembre dernier et qui a ainsi du mettre en veilleuse, sinon en arrêt technique, son usine de Gabès. En effet, pour une production mensuelle de 12 mille tonnes de STPP, Alkimia n’a vendu en septembre 2008 que 1699 tonnes, en octobre 506 tonnes et en novembre de cette même année, que 700 tonnes Ces ventes ont été plombées par l’envolée des prix de l’acide qui ont grimpé à 2630 Usd la tonne en août dernier et baissé à 1700 Usd en septembre. Le STPP d’Alkimia devient ainsi non concurrentiel, chez des lessiviers qui ont depuis développé des polymères et des enzymes, des produits beaucoup moins chers, pour remplacer le STPP.
Notons ici, que le GCT unique fournisseur d’Alkimia, avait acheté d’énormes quantité de souffre au moment où les prix étaient au plus haut (650 Usd) et en avait fait stock (300 mille tonnes selon certaines prévisions) pour arriver ensuite à un stock de 30 mille tonnes d’acide phosphorique dont le prix à la production, à 1200 Usd la tonne, le rendrait presqu’invendable dans la conjoncture actuelle du marché des phosphates en général où les deux plus grands producteurs (Maroc avec 30 millions de tonnes et la Tunisie avec 8,5 millions de tonnes), essaient de redresser le prix international sur le marché de l’acide pour pouvoir écouler leurs stocks. L’actionnaire majoritaire d’Alkimia n’est pour l’instant pas disposé à baisser les prix de son acide, même pour sa filiale, qui du coup ne peut plus presque rien vendre.
Un 2008, déficitaire !
Les pertes d’Alkimia, pour une année 2008 financièrement terminée, devraient être de 3 à 4 MDT, sans compter 12 autres millions DT en provisions à faire pour l’année 2009. Au 30 septembre, la société qui a un flottant de 5 % sur la bourse de Tunis, aura déjà enregistré un déficit de 1 MDT, contre un bénéfice de 7 MDT au terme du premier semestre 2008. Au 31 décembre de cette année, l’entreprise devrait enregistrer une perte sèche d’au moins 2 MDT. Pour l’instant, et malgré un chiffre d’affaire en hausse (170 MDT contre 122 MDT en 2007), le cash-flow de l’entreprise devrait finir l’année sur une note négative pour Alkimia qui aura une dette de 50 MDT à rembourser à son actionnaire de référence le GCT.
Mais ce n’est pas tout. Selon les prévisions du management de l’entreprise, si le GCT ne trouve pas solution à ses stocks d’acide, s’il ne se décide pas à lui vendre à perte, d’ici la fin de l’année, Alkimia devrait supporter une «traversée de désert», commerciale, d’au moins 6 mois. Cette situation critique, est d’autant plus ubuesque, qu’il en reviendrait presque moins cher à son actionnaire majoritaire de «subventionner» la mise en veilleuse d’Alkimia, que de vendre son acide à un prix qui rendrait son STPP «achetable» par les lessiviers internationaux.
Annaba et «Om Elkhialet» en ballotage.
Cette conjoncture, très difficile pour l’entreprise, intervient au moment où devrait démarrer l’usine d’Alkimia à Annaba en Algérie. Sa production de STPP de 5000 tonnes par mois pourrait ainsi s’ajouter au stock invendu de 20 mille tonnes de sa maison mère. Face à de pareilles perspectives, le management tunisien du groupe Alkimia, penserait à retarder le démarrage de son usine à Annaba qui devait démarrer au début de l’année prochaine 2009. L’entreprise espère malgré tout, que les nouvelles dispositions prises dernièrement par les autorités tunisienne et algériennes d’exonérer une liste de produits des droits de douanes, pourraient lui permettre de disposer d’une marge de compétitivité de 15 % pour pouvoir vendre son STPP sur le marché local algérien.
Alkimia qui a déjà un permis de recherche de sulfate de sodium, un sel complémentaire du STPP, le permis de la Sebkha d’Om Elkhialet dans le Sud tunisien, devrait aussi retarder le démarrage de ce projet qui devait nécessiter un investissement de 35 à 50 MDT, en partie en fonds propres (et ils deviennent rares) et le reste à lever sur le marché financier tunisien (dans des conditions qui ne sont plus des meilleures pour elle).
Pour l’instant donc, Alkimia ne vend que très peu de STPP, son fournisseur tunisien d’acide refuse de baisser son prix, l’usine de Gabès est en arrêt technique et s’emploi uniquement dans les travaux de maintenance en maintenant son personnel de permanents et en CDD, de 305 personnes et dont la masse salariale est estimée à 7 MDT. En face, l’inconnue !