Afrique : Une réunion de palabre et après ?
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Mercredi 07 Janvier 2009

17-11-2008 : Afrique : Une réunion de palabre et après ?
H. Tlili

Tunis a été, trois jours durant, la destination des ministres, financiers et argentiers africains, pour un sommet sur lequel régnait la crise financière internationale. Les banques et les institutions financières ont été épargnées de ce tsunami financier qui a ravagé la majorité des places financières internationales. Mais l’Afrique devra-t-elle se contenter et attendre ce que les autres devraient décider pour elle ? C’est ce que nous avons discuté avec Louis Kasakende, Economiste en Chef du Groupe de la Banque Africaine de Développement (Bad). Interview….

Pourriez- vous nous donner une idée sur les plus importantes décisions prises à l’occasion de ce sommet des ministres de finances africains ?

Il y’a eu deux conférences durant ce sommet. Une conférence a été consacrée pour les ministres de finance africains et l’autre a rassemblé les économistes. La conférence des ministres a été un événement d’une seule journée, dont le résultat était la publication d’un communiqué. Durant cette conférence, plusieurs documents et dossiers ont été présentés et discutés. Ces documents dressent les thèmes phares de la globalisation, des institutions et du développement économique en Afrique. Les congressistes ont exprimé leurs différentes positions à l’égard de ces différents sujets. Nous ne nous attendions pas à une prescription qui sera destinée aux politiciens participants au sommet, encore moins dans ce contexte particulier. Mais  nous nous attendons à ce que les recherches qui ont été effectuées par les politiciens, et qui ont été opérées avec les économistes, constitueront des points de départ pour informer leurs collaborateurs sur l’agenda pour le renforcement de leurs contextes de gestion macro économiques dans leurs pays respectifs. Pour ce qui est des  ministres, ils se sont seulement concentrés sur la crise financière, dans l’objectif de mieux la comprendre, de mieux appréhender les façons avec laquelle elle a affecté l’Afrique, ses chaines de transmission, les meilleures post- politiques pour alléger ses effets et aussi  adresser un message pour la communauté internationale dans l’objectif de faire entendre la voix du continent dans les mesures à prendre pour faire face à cette crise internationale.

Quel est alors le message que vous économistes, avez adressé aux politiciens pour face à cette crise, pour arriver à des solutions concrètes sur le terrain ?

Nous avons préparé trois briefings. Le premier concerne l’impact de la crise sur l’Afrique, le second contient des détails sur les implications et sur les opérations de la Banque Africaine de Développement dans ce contexte de crise. Concernant l’impact de la crise sur le continent africain,  nous leur avons présenté les chaines de transmission, nous leur avons expliqué que cette crise pourra se propager à travers les comptes capitaux  pour ceux qui ont intégré les marchés capitaux mondiaux, et nous leur avons démontré qu’il existe déjà une évidence que cela est en train de se produire actuellement. De l’autre côté,  les pays qui ont reçu des lignes de crédits des marchés mondiaux de capital doivent savoir que ces lignes sont en train de déserter à cause de la crise de crédits. Les pays ayant reçu des flux de portefeuilles sont aussi menacés. Nous leur avons alors démontré qu’il existe actuellement suffisamment de preuves que les investisseurs internationaux sont en train de se retirer, ce qui intensifie la volatilité des marchés. La question est donc comment répondre à cela en tant que pays africains. Nous ne proposons pas d’intensifier le contrôle comme solution, le président  de la Bad, Donald Kaberuka l’a rappelé, mais il serait mieux de revenir et renforcer le fonctionnement des marchés, et renforcer la régulation au sein de ces marchés, repérer les mauvais mécanismes de régulation existants et essayer de les clore. Le président de la Bad l’a aussi rappelé, en disant que nous nous concentrons beaucoup sur la régulation du secteur bancaire, alors que nous devrions propager cette régulation sur les autres secteurs notamment non banquier. Il y’a aussi le message à la communauté internationale, disant que si vous allez avoir des discussions au plus haut niveau international, il y’aura aussi la voix des besoins spécifiques de l’Afrique.  Ce que nous appelons la communauté internationale à faire, c’est premièrement renforcer le FMI (Fonds Monétaire International), pour qu’il puisse répondre effectivement  à ceux qui sont affectés par la crise et ce ne sont pas seulement les pays occidentaux qui souffrent  de la crise, mais  aussi les pays africains. Le FMI doit alors répondre présent pour prêter attention à ces pays en Afrique. Nous avons aussi envoyé un message à la communauté internationale pour stimuler l’économie mondiale, car c’est la seule façon qui permettra de limiter l’impact en Afrique. Les ministres se sont aussi envoyés un message, disant qu’il ne faudrait pas attendre la stimulation de l’économie mondiale pour essayer de dynamiser leurs propres croissances économiques et stimuler leurs propres forces afin d’amortir les impacts de la crise.

Le continent vient de sortir de deux crises. L’une concernant les hydrocarbures et l’autre était une crise alimentaire. Ne s’agit il pas d’une contradiction là puisque l’Afrique est depuis toujours considérée réserve mondiale de matières premières et de ressources naturelles ? Comment peut-on faire la balance entre ce que l’Afrique est en train d’offrir au monde et ce qu’elle est en train de recevoir ?

Je vais mettre ça dans ce contexte. L’Afrique a bénéficié de la hausse des taux d’exportation et la majorité des pays africains ont exporté des matières premières, mais beaucoup d’autres pays ont exporté des produits manufacturés. . Nous avons aussi bénéficié de l’intégration du continent à l’environnement commercial global. Ce n’est pas que les pays africains étaient en train d’exporter sans profiter, ils en ont profité. Si vous voyez par exemple durant la dernière décennie, l’intégration de cet environnement commercial global et la croissance des prix de biens de consommation ont représenté des boosters majeurs de la croissance en Afrique. Deuxièmement, l’intégration financière, le marché mondial des capitaux a constitué une source de financement et de support des investissements pour le secteur privé africain, ce qui a aussi contribué à sa croissance. Je voudrais aussi mentionner que l’intégration à l’environnement global a offert une assistance à la croissance à travers le continent. Donc l’Afrique était en train de bénéficier. Le problème réside dans la manière et les risques qui entourent l’intégration de cet environnement global, et nous devons trouver les solutions pour diminuer ces risques.

Quels sont les outils dont dispose le groupe de la BAD pour trouver ou encore opérer des pressions sur les gouvernements africains afin d’améliorer l’intégration entre les secteurs, privés et publics, en Afrique afin de permettre à ce secteur privé de contribuer à la création de richesses et de postes d’emploi ?

Durant les 15, voir  les 20 dernières années, les gouvernements et les pays africains se sont retirés pour laisser l’espace au secteur privé. Dans la majorité des pays, nous constatons que le secteur privé a pu croître et s’améliorer. Le secteur public est plutôt concentré sur la préparation du chemin à ce secteur privé par l’amélioration de l’infrastructure, l’eau potable, l’électricité et faire en sorte de réglementer les institutions financières et les renforcer. Il y’a un espace suffisant et nous pouvons faire beaucoup mieux  afin d’améliorer le climat d’affaires dans les pays africains et nous devrons nous concentrer d’avantage afin de réaliser et d’élargir cet espace de coopération entres les secteurs privés et publics. 
    



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