Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales d'Afrique, réunis mercredi à Tunis, en tunisie, à la veille du sommet du G20 prévu le week-end à Washington consacré à la crise financière internationale, ont appelé, à "des solutions qui soient véritablement mondiales".
Dans la déclaration finale qui a sanctionné les travaux de cette réunion organisée conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), l’Union africaine (UA) et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), les participants se sont déclarés "profondément préoccupés par les effets à moyen et long termes sur les économies africaines" de la crise.
Selon eux, "les chances (de l’Afrique) d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement en seront réduites".
"La crise ne pouvait tomber à pire moment pour le continent. Elle constitue un énorme coup dur, à un moment où les économies africaines se trouvaient à un tournant", souligne le document.
Les argentiers africains estiment que la crise menace de "compromettre les progrès appréciables enregistrés ces huit dernières années". Ils prévoient que le taux de croissance du continent qui était de 6,5% sera ramené à 5% du fait des retombées de la débâcle du système financier mondial.
Ils estiment aussi que la récession attendue réduira les opportunités commerciales, l'accès aux financements, les transferts de fonds des émigrés et les Investissements directs étrangers.
Les ministres africains des Finances lancent un appel aux institutions financières internationales à "fournir un concours souple et rapide aux pays africains qui viendraient à être touchés par la contagion".
Tout en saluant la prochaine réunion du G20, ils ont souhaité que l'Afrique du Sud, le seul pays du continent qui sera présent à Washington "à titre individuel" en tant que pays émergent, présente le point de vue du continent.
Ils réclament néanmoins "une participation accrue de l'Afrique afin que sa voix soit entendue et que ses intérêts soient pris en compte".
A la fin de leurs travaux, les responsables africains des Finances ont convenu de constituer un Comité de ministres et de gouverneurs "afin de préparer des propositions pour que soient pris en considération tous les aspects concernant la voix et la représentation de l'Afrique au sein de l'architecture financière internationale".
A l’ouverture de la conférence, le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, a formulé l’espoir que les "attentes de l’Afrique trouveront écho au niveau des grands décideurs de ce monde".
De son côté, le président de la BAD, Donald Kaberuka, a relevé que la conférence de Tunis "arrive à point nommé, compte tenu de l’urgence de la situation".
Après avoir noté que "pour l’essentiel, l’Afrique a été épargnée jusque-là par les premiers effets de la contagion et les risques à court terme restent limités".
Il a cependant estimé que "les perspectives économiques sont très sombres", car la crise "menace aujourd’hui les inducteurs externes de performance de la croissance en Afrique, créant ainsi une pression sur les inducteurs internes de la croissance et affectant l’intégration économique rapide du continent".
Selon le président de la BAD, cette crise a "mis à nu l'interdépendance fondamentale des économies du monde et nécessite une solution globale, coordonnée et solidaire".
"Des millions de pauvres à travers le monde attendront de voir si les intérêts de tous sont pris en considération" par le sommet du G20, a- t-il lancé.
Quant au président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, il a comparé la réunion de Tunis à un "conseil de guerre", eu égard à "la gravité des enjeux".
Il a déploré que l'Afrique n'ait "pas été réellement invitée à Washington, ni associée un tant soit peu aux préparatifs de ce sommet".
"Est-il déjà convenu que l'Afrique, apparemment tout juste bonne à fournir une force de travail et les matières premières, n'a d'alternative que d'attendre à ce qu'un petit nombre décidera sans elle de ce qui est bon pour elle?", s'est-il exclamé.
Lors d’une conférence presse tenue à la fin des travaux, le président de la BAD a déclaré que l’Afrique attend de la communauté internationale, notamment des pays de l’Union européenne qu’ils s’engagent à respecter leurs engagements en matière d’Aide publique au développement (APD) et de faire en sorte que les intérêts des pays africains soient pris en compte.
En outre, il suggère que "la communauté internationale dans son ensemble prenne les dispositions nécessaires pour assurer la stabilité du système financier dans lequel la voix de chaque pays et de chaque continent doit être entendue et ses préoccupations prises en compte".
Dans la réforme de l’architecture financière internationale, "nous demandons l’élaboration d’un plan d’action, d’un mécanisme et d’un calendrier qui tienne compte des intérêts de l’Afrique".
"Nous exigeons que l’Afrique soit un partenaire dans le processus post-Washington, à travers ses institutions dont l’Union africaine", a-t-il martelé.
|