Un temps carrément à la faillite, la banque filiale d’une autre banque en difficultés, se relève. Elle n’arrête pourtant pas encore de se faire peur. Début novembre de cette année, le management de l’entreprise était venu en parler aux journalistes et intermédiaires boursiers, dans sa 2ème communication financière en moins de 4 mois. Pendant presque deux heures, Kamel Naji qui n’était pas accompagné de son président de conseil Bernard David, avait essayé de porter la bonne parole et de convaincre que l’UIB va bien. Cela avait, de l’avis d’un intermédiaire présent, quelque chose de surréaliste, tant l’historique de cette banque est mauvais et encore dans les esprits. Le DG de la banque faisait pourtant de la bonne santé de la banque, le sujet et le principal axe de son intervention, avec une dérive sur l’impact de la crise internationale. Prémunie et assainie, seront les deux maîtres-mots de Naji.
Et ton partenaire !
Pour convaincre qu’elle est à l’abri de toute répercussion de la crise internationale, le management met en avant quatre barrières. D’abord, c’est normal et de bonne guerre, les choix politiques du pays. Ensuite les modes opératoires de la banque, avec des échanges sécurisés avec les correspondants extérieurs, l’achèvement de la séparation FO/BO et la montée en puissance de la fonction contrôle. En troisième lieu, mais c’est là que le hic a fait tiquer plus d’un présent à cette communication financière, son mode d’appartenance. Le management a en effet mis en avant son appartenance au groupe français Société Générale (SG) qui est l’actionnaire majoritaire de l’UIB. Cet actionnaire n’est pourtant plus au meilleur de sa forme. Une journée avant cette conférence de presse du DG de l’UIB, la SG annonçait une chute de 83,7 % de ses bénéfices au 3ème trimestre 2008, à seulement 183 million d’euros contre 1,123 milliards d’euros pour la même période de 2007. Le 13 octobre 2008, la banque annonçait pourtant que son RN de ce même 3ème trimestre sera d’environ un milliard d’euros. Son degré d’exposition à cette crise en a fait une des banques candidates à l’aide de l’Etat français qui devrait lui donner 1,7 milliard de quasi-fonds propres. L’agence de notation «Standard & Poors maintient la banque française sous perspective négative pour son profil de risques et ses perspectives de rentabilité qui pâtissent de l’environnement», selon une déclaration rapportée par La Tribune. Et comme si cela ne suffisait pas, le jeudi 16 octobre 2008, «le parquet de Paris ouvrait une enquête préliminaire après la découverte d’importants mouvements de fonds suspects sur des comptes ouverts à la SG et la procédure faisait suite à une dénonciation de la cellule anti-blanchissement de Bercy» rapportait le JDD.fr. Et enfin l’Autorité des marchés financiers (France) annonçait, par décision prise en date du 11 septembre 2008, une sanction de 500 mille euros à l’encontre de la SG pour manquements commis lors de l’introduction d’EDF en bourse en 2005. La SG est donc encore loin des tourmentes et sa filiale tunisienne reste adossée à un «géant aux pieds d'argile».
Kamel Naji ne nie pas que «l’UIB est adossée à la SG et tient même à ajouter qu’elle «peut se créer des synergies avec le groupe, qui créent de la valeur pour la Tunisie». La banque accompagne des projets tunisiens avec le concours de la SG. Naji tient cependant à rassurer que «aujourd’hui il y a absence de retombées négatives sur l’UIB qui évolue dans un environnement local sécurisé et fonctionne normalement», une conclusion qu’il rattrape vite en affirmant que «même si la croissance décélère, l’impact sera limité ».
Assainie, mais encore déficitaire et pas pour une année !
Assainie était donc le second leitmotiv de l’intervention de Kamel Naji, la semaine dernière, devant les intermédiaires et les journalistes. Il est vrai, qu’avant cette rencontre, la banque avait annoncé un plan d'action pour la prochaine étape et qui préconise l'augmentation de 90 MDT du capital de la banque (70 MD sous forme d'augmentation de capital et 20 MD sous forme de certificats d'investissements), l’augmentation du capital à 196 MDT contre 106 MDT et enfin l'émission d'un emprunt subordonné, à long terme et assorti de conditions favorables, d'une valeur de 80 MDT souscrite totalement par le groupe français de la Société Générale qui est encore elle-même, au moins pour l’instant et selon les informations qui nous arrivent, en assez délicate position financière.
Actuellement, l’UIB déclare des fonds propres de 71 MDT, un ratio de solvabilité de 10 % et un ratio de liquidité dont Naji se contentera de dire que «il est restauré». Il ajoutera, sous la pression des intermédiaires et dans une réponse qui n'en est pas une, qu’il est «proche de l’unité». Ceci, lui permet quand même d’affirmer qu’elle est «à l’abri d’une crise de solvabilité et d’une crise de liquidité». Le manager de la banque annonce aussi un total bilan en hausse de 18,3 % à 2,1 milliards DT, un PNB en hausse de plus de 14 % à 61,9 MDT, une marge sur intérêts en progression de 16,2 %, des commissions en hausse de 23,8 % et qui couvrent déjà 67,2 % des frais du personnel. Il annoncera cependant aussi un coefficient d’exploitation de 72,9 % (!) et des crédits à la clientèle en hausse de 22,11 % et se contentera d’ajouter, toujours en en répondant sans répondre et toujours sous la pression des intermédiaires, que le taux des crédits accrochés chez sa banque «tutoie les 40 %». Au 30 septembre 2008, les crédits à la clientèle dépassaient les 1556 MDT. Avec ce taux, d’au moins 40 %, les crédits accrochés de l’UIB dépasseraient les 600 MDT. Et si le résultat net de la période était à fin septembre positif de 3 MDT, il redeviendra à la fin de cette année négatif, d’au moins 3 MDT, selon une réponse toujours aussi sibylline de Kamel Naji. Sa réponse restera tout aussi sibylline, lorsque nous lui demandons quand est-ce que l’UIB compte redistribuer son premier dividende.
Conclusion, l’UIB mieux, mais elle est pour l’instant assez mal adossée. L’UIB n’est plus comptablement en faillite, elle est cependant encore déficitaire.