Le discours, chaque fois évènement politique, économique et multidimensionnel, du Président de la République tunisienne, à l’occasion du 21ème anniversaire du Changement, Zine El Abidine Ben Ali a annoncé une foule de décisions à caractère économique et financier. Bien ancré dans sa conjoncture, nationale et internationale, une conjoncture où l’économie et les finances sont sur toutes les lèvres et le point focal de toutes les discussions et les décisions, le discours de Ben Ali n’a pas dérogé à la règle et témoigne ainsi du profond ancrage du discours, politique en général, dans les préoccupations de son entourage. Sur les 6276 mots que contenait ce discours magistral devant toute l’intelligencia, politique et économique du pays et en présence des représentants de la société civile, ce discours a en consacré 1950 mots, plus du un tiers du discours, à la chose économique. Pas moins de 14 nouvelles mesures et décisions, à caractère économique, financier ou fiscal, ont été annoncées au cours de ce discours.
Des programmes d’emploi, en partenariat avec les entreprises.
Sujet hautement économique, tant il est garant d’une stabilité sociale qui est le ciment de tout projet économique, l’emploi a été au premier rang de ces nouvelles décisions présidentielles. C’est ainsi que le Chef de l’Etat tunisien a ordonné «d’entreprendre une réforme approfondie de la politique active de l’emploi, afin de mieux l’orienter en direction des catégories qui sont en butte à des difficultés spécifiques d’insertion, et d’élaborer un programme pour hisser la qualité des services des bureaux d’emploi au niveau des normes en vigueur à l’échelle internationale, et consolider ainsi leur aptitude à faciliter les opérations d’insertion des demandeurs d’emploi dans la vie professionnelle». Et toujours pour l’emploi, Zine El Abidine Ben Ali d’annoncer l’établissement de «programmes spécifiques à l’intention des demandeurs d’emplois parmi les titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur, dont le chômage perdure, et cela en partenariat avec les entreprises économiques et le tissu associatif, en vue de leur dispenser des qualifications et une formation, de favoriser leur embauche ou de les aider à créer des projets. Les jeunes qui bénéficieront de ces programmes seront accompagnés et encadrés jusqu’à leur insertion dans le marché de l’emploi».
Sfax-Gabès et même de Kairouan à Gafsa.
Base de toute planification de développement économique et premier impératif de toute stratégie d’incitation à l’investissement et à l’attraction des investissements directe étrangers, l’infrastructure n’a pas été du reste dans le discours présidentiel. Après avoir rappelé le «saut qualitatif dans notre réseau routier, pour le hisser au niveau des normes mondiales modernes, l’adapter aux diverses mutations que connaît le pays, conforter la compétitivité des divers secteurs de production et relier les différentes régions du pays, avec l’efficacité et la diligence requises dans toute économie moderne » et l’entrée en exploitation de l’autoroute M’Saken-Sfax, qui a porté de 115 kilomètres en 2006 à 360 kilomètres, aujourd’hui, la longueur totale du réseau autoroutier ainsi que la prochaine construction du tronçon reliant Oued Zarga et Bou Salem et de réalisation, par tranches successives, du tronçon autoroutier Sfax-Ras Jedir, et les directives que nous avions données en vue du raccordement des villes du Nord-Ouest à l’autoroute, au moyen de voies de communication rapides, Ben Ali annonce, «le démarrage des travaux de réalisation du tronçon Sfax-Gabès, qui constituera la première tranche de l’autoroute qui mènera à Ras Jedir». Il ordonne par la même occasion «le prolongement de l’autoroute jusqu’aux Gouvernorats de Kairouan, Sidi Bouzid, Kasserine et Gafsa».
Banques, comptes en devises et institutions travaillant pour les non-résidents.
Support incontournable de toute action de développement, le secteur financier a aussi été l’objet de toutes les attentions du Chef de l’Etat tunisien dans son discours. Il y a d’abord rappelé les réformes entreprises au profit du secteur pour le moderniser sur le plan juridique, en renforcer l’assise financière et développer ses modes de travail, rappelant par la même occasion la réduction de près de 10 points du taux des dettes classées au cours de ces quatre dernières années. Ce ratio des créances accrochées étant un élément important, Ben Ali n’a pas manqué d’insister sur «la nécessité de redoubler d’efforts en vue d’abaisser à moins de 10%, à l’horizon 2011, la part des dettes classées ».
Il évoquera aussi la question de la libéralisation totale du Dinar, en ordonnant de «procéder à la révision du Code de change, dans le sens de la suppression du principe de non-conservation des devises, de l’élargissement de la marge de tenue des comptes en devises, de l’instauration de la possibilité de tenue de comptes en devises à l’étranger, dans le cadre des marchés conclus à l’extérieur du pays, et de la révision des procédures pénales existantes, en vue de les orienter, autant que possible, vers le droit public». A l’écoute des doléances des investisseurs et des hommes d’affaire et dans l’esprit des grands projets en cours d’exécution en Tunisie, notamment dans le domaine des services financiers, le Chef de l’exécutif tunisien a ordonné la «révision de la loi de 1985 régissant les institutions financières qui traitent essentiellement avec les non-résidents, et cela dans le sens de la suppression des obstacles existant entre les deux régimes et du rapprochement entre ces derniers, afin de favoriser la polarisation d’institutions financières de renom mondial ».
Des mesures anti-crise !
Le discours de Ben Ali n’a pas non plus éludé le sujet du jour, qu’est la crise internationale et ses possibles répercussions sur l’économie locale, alors que cette crise a déjà entamé sa mue vers une crise économique mondiale et porte déjà dans ses entrailles les premiers signes évidents d’une récession. Le discours ne s’est pas non plus arrêté à la description et a même donné le ton pour la nouvelle période où doivent s’engager toutes les parties en dépassant l’attentisme et l’alarmisme, pour se mettre au travail, pour endiguer les effets de cette crise importée. Un train de nouvelles mesures ont ainsi été annoncés à cette occasion, comme un avant projet de mesures où l’Etat donne un signe fort en direction des opérateurs économiques. Le signe d’une offre d’opportunités économiques, pour tous, nouveaux et anciens entrepreneurs, que l’Etat met à la disposition des opérateurs économiques pour que le développement ne s’arrête pas, même si la machine de la croissance internationale se grippe.
C’est ainsi qu’il a été annoncé la «majoration des crédits alloués au développement, dans le cadre du projet de budget de l’Etat pour le prochain exercice, en le portant à 3.900 millions de Dinars, contre 3.200 millions de Dinars, au titre de la loi de finances de l’exercice 2008; et cela dans le but de consolider la cadence de promotion de l’infrastructure de base, de renforcer les mécanismes de soutien à l’entreprise économique, et d’impulser les exportations et les investissements, à l’effet d’accroître sa compétitivité, de revitaliser l’activité économique et de consolider la création d’emplois ». C’est ainsi aussi, qu’il a été ordonné de «restructurer le système d’assurances à l’export et d’en renforcer les ressources financières, de manière à garantir une couverture plus large à nos exportations, à assurer les crédits commerciaux indispensables et à écourter les délais d’indemnisation» et ce n’est pas tout. Décision a aussi été annoncée par le Chef de l’Etat tunisien, «d’instaurer un nouveau programme à l’effet d’aider les entreprises à conformer leurs produits aux exigences du marché extérieur, à participer aux foires et à déployer un effort de promotion commerciale, pour renforcer l’aptitude de pénétration du produit tunisien sur les marchés des pays frères et amis et aiguiser la vitalité économique, d’élaborer un nouveau plan en vue d’améliorer les divers fondements de la compétitivité de l’économie nationale, englobant les aspects législatif, réglementaire, institutionnel et logistique, outre l’impulsion à donner aux programmes de mise à niveau de la production, dans les divers secteurs, de doubler le capital de la Banque de financement des petites et moyennes entreprises, et de restructurer le régime de garantie des crédits accordés à cette catégorie d’entreprises, pour contribuer à impulser l’investissement et la création d’un surcroît d’entreprises». Et pour que ces projets et ces marchés profitent aussi aux petites entreprises et après sa décision de création d’un «Small Business Act » lors de sa dernière signature de la loi sur l’initiative économique, Ben Ali va plus loin et annonce sa décision «de majorer, de 10% à 20%, l’avance consentie au titre des marchés publics confiés aux petites et moyennes entreprises, et de consolider les diverses formes de soutien aux unités de production, en vue de renforcer leur aptitude à faire face aux aléas et à préserver leurs positions sur le marché tunisien et les marchés extérieurs».
Dans la loi de finances 2009.
Viens enfin la fiscalité, objet de toutes les attentes des hommes d’affaires et qui commence, en pareille période de l’année, à lorgner le nouveau projet de loi de finances, en attendant chaque année de nouvelles mesures. Le Chef de l’Etat ne les décevra pas, il annonce même la mise en œuvre d’un «nouveau train de mesures, à inscrire dans le projet de loi de finances pour l’exercice 2009, à l’effet de simplifier davantage les modalités de cession des entreprises, pour garantir leur survie en maintenant les avantages qui leur sont consentis, à condition qu’elles poursuivent leur activité et préservent les emplois en son sein». Egalement, dans le cadre de la simplification des modalités d’application des jugements, sa décision de «permettre aux justiciables d’enregistrer les verdicts et décisions qui ne dépassent pas trois mille Dinars au taux courant, au lieu de 5% du montant décidé par le tribunal, et de dispenser de tout règlement ultérieur, les bénéficiaires de cette procédure». Et pour impulser davantage la réconciliation entre le citoyen et le fisc, Ben Ali ordonne «d’inclure, dans la loi de finances du prochain exercice, de nouvelles dispositions conduisant à l’abaissement automatique des amendes fiscales, toutes les fois que les résultats de la vérification fiscale dégagent, en même temps, des montants dus à l’Etat et des montants à rembourser au citoyen ou à l’entreprise».
Be Ali et les négociations sociales.
Intervenant personnellement, tout dernièrement et à l’occasion de l’entrevue qu’il a accordée au SG de l’Ugtt, pour trouver une solution pour une augmentation «raisonnable » des salaires pour la fonction publique, Ben Ali n’oublie pas que tout un autre pan de la classe ouvrière attend toujours la fin des négociations Ugtt- Utica sur le volet salaires. Il exhortons alors les diverses parties concernées à «œuvrer dans le droit-fil de leur esprit patriotique et de leur prise de conscience de l’importance des enjeux et des défis, en vue de la réussite des pourparlers en cours, en leur septième session, et de leur parachèvement, dans les délais les plus courts, afin de préserver l’intégrité du processus de développement, de sauvegarder les intérêts de toutes les parties, et de tenir compte des possibilités du pays et des conséquences que peut avoir la conjoncture économique précaire que traverse le monde».