Tunisie : Les Députés évoquent la crise avec les banquiers et les chercheurs.
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Jeudi 08 Janvier 2009

30-10-2008 : Tunisie : Les Députés évoquent la crise avec les banquiers et les chercheurs.
H. Tlili

Le séisme financier semble attirer plus d’une partie. Sortie de la sphère financière et économique au sens le plus global du terme, la crise financière a été le sujet d’une table ronde qui a été organisée par la Chambre des Députés. Une table ronde qui a rassemblé un grand nombre de députés des différents partis politiques tunisiens ainsi qu’un nombre d’experts nationaux. Parmi les présents on note la présence de Foued Mbazzaa, Président de la Chambre des députés, celle de Hédi Djilani, Président de l’Union Tunisienne du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, ainsi que la présence de Moncef Dakhli, PDG de la Banque Nationale Agricole, Mohammed B’chiou  PDG  de la Bourse de Tunis, et Mohammed Salah Souilem, Directeur des marchés et de la Gestion des réserves au sein de la Banque Centrale de Tunisie. Un débat très animé sur les raisons qui ont amené le monde vers ce chaos financier a marqué cette séance, mais les regards ont été beaucoup plus braqués sur le contexte tunisien.

« Une crise que l’on ne peut pas contrôler » dit Hédi Djilani

Le sujet de la table ronde a été certes celui de la Crise financière, les raisons de sa propagation un peu partout dans le monde, mais une majeure partie du débat s’est penchée sur les effets que cette crise pourrait avoir sur l’économie nationale, et particulièrement sur le marché financiers tunisien, et notamment l’état de santé des banques de la place et le risque auquel ces institutions devraient faire face et notamment en ce qui concerne leurs capacités à financer les entreprises tunisiennes.  Ayant été le premier à prendre la parole, Chedhli Ayari, politicien et économiste, a étalé les différentes phases et détournements enregistrés  jusqu’à en arriver à ce qu’il appelé « Ce séisme financier, qui aurait pris une magnitude de 7/10, s’il existait une échelle pour les crises financières, comme celui de Richter pour les séismes ». Chedhli Ayari a précisé qu’il n’existe actuellement aucune possibilité de saisir les sommes qui ont été perdues par les banques et les institutions financières, et que le pire est à venir. Pour lui, il n’existe aucune manière permettant de mesurer l’impact de la crise actuellement, ni de quantifier les pertes, ni encore de prévoir des dates limites pour la fin des chutes consécutives des banques et des institutions financières, vu l’incertitude qui règne sur les marchés, et la propagation de la crise vers les autres segments de l’économie réelle. Pour Hédi Djilani, la perception de la crise était différente. Ce qui préoccupait le patron des patrons, était son impact sur l’économie tunisienne. Pour lui, la réaction de la Bourse fut étrange et sans logique «on regardait ce qui se passait sur les télévisions à l’étranger, et on réagissait sur la place de Tunis, alors qu’il n’existe aucun rapport entre les deux ». H. Djilani s’est dit inquiet à ce que cette crise ne touche  trois secteurs de l’économie tunisienne, à savoir le tourisme (vu la vulnérabilité qui caractérisera les budgets des ménages européens), le textile et l’industrie en général, étant donné que ces deux secteurs sont directement liés à la consommation dans les pays européens. Hédi Djilani a aussi exprimé son malaise en ce qui concerne la hausse des prix de certaines matières premières, ce qui pourrait entraver le travail de certaines industries en Tunisie. Il a aussi exprimé son souhait que les responsables tunisiens préparent  plusieurs plans pour limiter les effets de la crise sur l’économie tunisienne, « nous n’avons pas le contrôle sur la propagation de cette crise à l’échelle mondiale, c’est pour cela  que  nous devrions, en Tunisie, prendre nos précautions et préparer différents plans pour la contrefaire » a-t-il précisé.

Les députés mettent en cause le gouvernement américain

Pour les députés, cette crise a été politiquement manipulée par certaines forces. Pour Afif Chiboub  cette crise semble être la plus dangereuse. Pour lui, la Tunisie fait depuis une vingtaine d’années des plans de développement, ce qui lui a permis d’attirer les IDE au-delà des attentes. Pour Afif Chiboub, ces acquis sont le fruit de réformes qui ont rendu l’économie encore plus attractives. Ce même système de réformes pourrait faire sortir la Tunisie gagnante de cette crise : «c’est en temps des crises que l’on peut faire des affaires juteuses ». Cette idée de profiter de la crise actuelle, a été partagée par un grand nombre de députés tunisiens. Pour eux, les circonstances actuelles ainsi que le facteur confiance qui joue en faveur de la Tunisie, peuvent jouer un rôle déterminant dans l’attraction de nouveaux investissements étrangers, ainsi que de consolider la relation entre l’Etat et les institutions financières (publiques ou privées). Pour certains autres, les chiffres avancés tout au long de cette crise, sont exagérés et les profits qui ont été générés par certains Gourous  de la finance mondiale demeurent susceptibles. Pour cette tranche de députés, c’est l’irresponsabilité du Gouvernement américain, qui détenait les outils de régulation du marché, sans jamais les appliquer contre les spéculateurs qui n’avaient d’autres objectifs que de s’enrichir en dépend des couches démunies de la société américaine. C’est à titre d’exemple l’avis de Noureddine Bjaoui qui s’est demandé « comment le Gouvernement des Etats Unis peut il permettre la faillite d’un grand nombre de ses institutions financières, alors que c’est JP Morgan seulement qui sort bénéficiaire de cet horrible Tsunami?». Pour d’autres députés cette crise représente une belle opportunité pour la Tunisie si elle se retourne vers son secteur agricole, « l’on s’attendrait à ce que les prix des produits agroalimentaires reviennent à la hausse dans quelques années, voire même dans quelques mois, pourquoi ne pas promouvoir notre secteur agricole, la Tunisie profitera doublement,  d’abord elle garantira sa sécurité alimentaire et puis l’exportation de ces produits dans les années à venir » s’exclamait une autre députée.

La diversification de l’économie un gage de confiance et de stabilité

L’explication des détails de la crise financière a été assurée durant cette table ronde par Mohammed Salah Souilem, Directeur chez la BCT. Il a expliqué que cette crise a commencé depuis presque deux ans (les subprimes), et qu’elle est le résultat du recours à un nombre d’outils financiers suspects. Pour lui, ces outils n’ont jamais été permis en Tunisie, ce qui explique en majeure partie que le pays a été épargné des répercussions de cette crise. Le plus important actuellement, selon lui, c’est la crise de confiance qui s’est installée de par les places financières dans le monde. « Les marchés financiers sont pour l’économie, ce qu’est le sang pour les vaines » a-t-il précisé, ce qui explique « qu’il est presque sur que cette crise va toucher l’économie réelle, et qu’une récession au niveau de l’économie mondiale, risque d’avoir des méfaits négatifs sur l’économie de plusieurs pays, notamment ceux en voie de développement ». Pour le Directeur  des marchés, et de la Gestion des réserves de la BCT, « toutes les bourses mondiales ont chuté de 30% minimum, en Tunisie ni la Bourse ni les banques (privées ou publiques) n’ont été touchées ou affectés, et ce sont les éléments du marché qui démontrent la bonne position de la Tunisie » a-t-il ajouté. Le représentant de la BCT  a tout de même admis qu’il est d’accord avec Hédi Djilani, et que les seules pistes par lesquels cette crise pourrait toucher la Tunisie, sont celles des secteurs en liaison avec l’Union Européenne. Même si « Notre économie est diversifiée ce qui représente un gage de confiance et de stabilité de l’économie  tunisienne » a-t-il conclut. On retiendrait enfin de cette table ronde l’annonce d’une réflexion dans les murs de la Chambre des députés sur un projet de loi qui permettrait aux entreprises étrangères installées en Tunisie, et qui sont totalement exportatrices, à accéder aux financements par les banques tunisiennes, à condition qu’une partie de leurs revenus, en devises, restent en Tunisie.



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