Dans l'attente de l'issue de l'élection présidentielle du 4 novembre aux Etats-Unis, allié traditionnel du Maroc, et de la désignation officielle d'un nouvel émissaire spécial des Nations unies pour le Sahara occidental, Rabat, qui ne semble pas opter pour la politique du "wait and see", tente de couper court aux surprises "déplaisantes" en faisant des pieds et des mains pour s'adjuger coûte que coûte une position américaine "indubitable" sur le conflit sahraoui.
Au moment où le Royaume chérifien exprime des "appréhensions" jusqu'ici timides après que l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara occidental, le Néerlandais Peter Van Walsum, eut été "inhumé" au cimetière des éléphants, le front Polisario, tout en criant victoire, ne lésine plus dans ses tentatives de jouer sur la corde sensible des droits de l'Homme dans l'ancienne colonie espagnole et sur le retard pris dans la nomination du successeur de "M. Sahara".
Peu avant sa démission, M. Van Walsum avait estimé que l'indépendance du Sahara occidental n'était "pas un objectif réaliste (et que) le Front Polisario devrait y renoncer", ce qui avait provoqué un tollé chez les "Polisariens" et les Algériens.
Selon des observateurs à Rabat, le Royaume alaouite, qui émet des réserves quant à une éventuelle investiture de l'Américain Christopher Ross, à cause, entre autres, de son "casier relationnel garni" avec des responsables algériens lorsqu'il était ambassadeur de Washington à Alger, tient à obtenir des garanties que l'ancien diplomate américain à Alger, si sa nomination est entérinée, ne se rallie, ne serait-ce que d'un iota, à la thèse des indépendantistes.
Le Maroc et le Front Polisario (soutenu par l'Algérie) se disputent depuis 1975 la souveraineté sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, depuis lors sous contrôle de Rabat.
En outre, les déclarations de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice lors de son dernier périple en Afrique du Nord ont suscité l'"anxiété" du Maroc, pourtant fort allié du parti républicain. Dès lors, le Royaume alaouite commence à se poser des questions quant à la position de Washington sur la question du Sahara occidental au cas où, de surcroît, le démocrate Barack Obama remporterait le scrutin du 4 novembre.
Or Rabat, qui a toujours réussi à mettre de son côté le soutien "inconditionnel" et le veto de la France contre toute résolution du Conseil de sécurité de l'ONU de nature à prévoir l'organisation d'un référendum d'autodétermination comme solution définitive, s'efforce de donner du tonus à son projet de large autonomie au Sahara occidental et œuvre d'arrache-pied pour bénéficier davantage de l'appui des Occidentaux, en particulier les Américains.
Le projet d'autonomie marocain, présenté en avril 2007 à l'ONU, accorde au Sahara occidental un Parlement, un gouvernement et une autorité judiciaire autonome...
Un Parlement saharien serait autorisé à entériner des lois, tant qu'elles ne violent pas la législation marocaine. Le gouvernement régional superviserait la vie quotidienne dans des domaines comme l'éducation, le tourisme et les services sociaux. Le Maroc conserverait toute autorité sur les affaires étrangères, la défense, l'économie, la monnaie, le contrôle des frontières.
Selon les mêmes observateurs, le Maroc ne cache plus ses velléités d'accorder "officiellement" aux Américains une base militaire dans la région de Tan Tan (sud-ouest) pour parer à tout éventuel changement postélectoral de la position jusqu'ici "constante et conservatrice" de Washington qui, avec d'autres capitales influentes, qualifie de "sérieux et crédible" le projet d'autonomie marocain.
Depuis trois ans, les forces armées américaines, selon des sources concordantes, élisent domicile dans cette région sur le littoral Atlantique, et les autorités chérifiennes imposent, depuis lors, un blocus sur cette présence qui ne relève nullement d'une intention d'abriter la base d'Africom (Commandement régional américain pour l'Afrique), dont la mission principale est de combattre le terrorisme d'Al-Qaïda en Afrique, mais plutôt d'un redéploiement des GIs américains destinés à protéger les ressources énergétiques inestimables que recèle le continent, en premier chef l'or noir.
Depuis 2006, le volume des importations des Etats-Unis en pétrole à partir de l'Afrique frôle celui acheté auprès des pays du Golfe, et il est prévu que ces importations dépassent très prochainement toutes les prévisions, selon des économistes avertis.
En outre, des pays africains, notamment le Nigeria et la Guinée équatoriale, qui souffrent d'une "précarité politique", peuvent faire l'objet de menaces et d'offensives de la part de mouvements d'opposition ou d'islamistes, surtout si on prend en considération des informations récentes faisant état de la montée de la pensée fondamentaliste et intégriste en Afrique, en particulier au Nigeria, le premier exportateur de pétrole du continent.
Face à une position américaine "versatile" et dont le seul saint auquel elle se voue n'est autre que l'intérêt pur et dur, la diplomatie marocaine s'est mise en branle, à la veille d'élections décisives dans le pays de l'Oncle Sam, pour donner suite à la requête du Pentagone de s'emparer, avec son consentement, d'une base militaire dans le sud du Royaume alaouite, le but ultime étant de s'assurer un soutien permanent de Washington quelle que soit l'issue des échéances du 4 novembre.
Cette base, regroupant des experts américains qui oeuvreront pour combattre le terrorisme en Afrique de l'Ouest, sera, à l'instar de la base navale de Rota à Cadix, en Andalousie (Espagne), supervisée conjointement par le Pentagone et l'armée espagnole.
Le Maroc, qui semble opter pour un modus operandi anticipatif en étant conscient du besoin pressant du Pentagone de redéployer ses forces armées dans la perspective du retour de la guerre froide que laisse redouter la récente guerre russo-géorgienne et de la protection des sources en pétrole en Afrique, sera assuré d'un engagement américain d'appuyer sa position sur le Sahara occidental, indépendamment des convictions du futur locataire de la Maison Blanche.
|