Avec des restrictions aux journalistes tunisiens, la table ronde organisée hier vendredi 24 octobre 2008 par le groupe « The Economist » sur le thème de "Accroitre le potentiel d'une économie spécialisée", a quelque peu laissé la presse, pourtant invitée en masse, sur sa faim. Selon Delia Meth Cohen, directeur adjoint de l’unité d’intelligence de «The Economist », «les réunions se sont déroulées en huis-clos pour garantir que les acteurs présents puissent parler en toute liberté, sans réserves aucunes ». Mais ce huis-clos est allé jusqu’à empêcher les journalistes de côtoyer les invités dans leur pause café.
Ce que nous pourrions, alors retenir de cette conférence, qui s’est déroulée en code « Top Secret », c’est le discours du premier ministre Mohammed Ghannouchi, suivi par un débat sur les questions économiques actuelles, les aspirations et les ambitions de la Tunisie dans les années à venir et bien entendu un bref virage sur la question de la crise financière internationale.
Le premier ministre a rappelé que la Tunisie a déployé tout au long des 20 dernières années des efforts soutenus pour réformer en profondeur, restructurer les institutions et les structures, afin de les adapter aux exigences de l'accord d'association conclu en 1995 avec l'Union européenne (UE). Grace à cette démarche, a-t-il dit, la Tunisie a pu réaliser une croissance soutenue de 5% en moyenne par an, à prix constants et des fondamentaux globalement conformes aux critères de Maastricht. Elle fait désormais partie des pays émergents avec un PNB par habitant en terme de parité avec le pouvoir d'achat (PPA) de l'ordre de 9500 dollars US, une économie relativement diversifiée ou l'industrie manufacturière, désormais en libre-échange avec l'UE, représente près de 20% du PIB, le tourisme 6,5%, les transports 7% et les technologies de l'information et de la communication 8%. La Tunisie, a-t-il aussi rappelé, a également été bien notée par les agences de rating avec un rating triple B accordé par Moody's Standard and Poor’s et Fitch IBCA et "A" par l'agence japonaise Rand II lui conférant le grade Investissement. Le premier ministre a par la même occasion rappelé que « nous ne devons pas nous contenter de ces résultats. Il y’aura toujours du travail à faire. Nous ne devons pas faire des erreurs, d’autres peuvent prendre des risques et commettre des erreurs, mais nous non ! ».
Emploi des jeunes et intégration Euro Med, devises de la Tunisie du futur.
Pour ce qui est des plans avenir de la Tunisie, Mohammed Ghannouchi a souligné que les trois préoccupations majeures de l'action de la Tunisie, sont d'accélérer les créations d'emplois notamment en faveur des diplômés du supérieur qui représentent désormais plus de la moitié de la demande additionnelle d'emploi chaque année (40% de la tranche d’âge 18-24 ans étant des étudiants), ainsi que d'intégrer davantage l'économie nationale dans l'espace euro- méditerranéen par l’accroissement des opportunités d'investissement et de création de richesse. Mohammed Ghannouchi a aussi précisé qu’il s'agit également de renforcer davantage la compétitivité de l'économie nationale, d'améliorer ses avantages comparatifs en mettant l'accent sur la valorisation des ressources humaines, principal atout de la Tunisie, en renforçant l'infrastructure et en continuant à adapter le cadre légal, réglementaire et institutionnel aux normes des pays développés, en général, et de l'Union européenne, en particulier. Afin de répondre à ces préoccupations, a fait savoir le premier ministre tunisien, une nouvelle génération de réformes et de grands projets a été mise en œuvre de façon à créer les conditions d'un développement plus rapide et plus soutenu. Des réformes qui concernent l'administration pour qu'elle soit plus proche des préoccupations de l'entreprise et du citoyen, sachant que plus de 87% des autorisations sont supprimées ou remplacées par un cahier des charges et un vaste programme d'informatisation est actuellement en cours pour développer les services à distance et promouvoir l'administration électronique.
Grands projets : tout va bien et les étrangers veulent des JV.
Evoquant les grands projets, le Premier ministre a notamment mentionné la construction de trois centrales électriques pour une capacité globale de 2000 mégawatts, 1200 pour le marché intérieur et 800 pour l'exportation vers l'Italie. Une autre centrale de 400 MW sera réalisée par la société tunisienne d'électricité et de gaz (Steg) les deux autres par le secteur privé dans le cadre du système de concession. Les mises en service de ces centrales s'étaleront sur la période 2011-2014. Une connexion électrique sera, par ailleurs, établie entre la Tunisie et l'Italie pour une capacité de 1000 MW, outre une raffinerie pour une capacité de 6 millions de tonnes. Parmi les autres grands projets, Mohammed Ghannouchi a cité l'unité de désalinisation de l'eau de mer pour une capacité de 50 000 m3 par jour dans le cadre du système de concession, le réseau ferroviaire rapide dans le Grand Tunis dont la première tranche s'étale sur quelques 30kms pour améliorer le transport public collectif, un port en eau profonde à 100 kms de Tunis, l'extension du réseau autoroutier de quelque 220 km et des projets touristique et immobiliers sur une superficie de 2700 hectares (ha) qui seraient réalisés, pour l'essentiel, par des investissements étrangers. Pour les méga projets immobiliers de Sama Dubaï, Boukhater, Gulf Finance House, le premier ministre tunisien a mentionné que les promoteurs de ces projets y sont plus attachés qu’auparavant et que la crise financière actuelle n’a pas joué un rôle négatif sur leurs décideurs et que la réalisation a déjà commencé pour certains d’entre eux.
Nous noterons cette interpellation du représentant de l’une des chambres mixtes de commerce qui a demandé l’aide de l’administration tunisienne, pour faire participer les entreprises allemandes, en joint-venture avec des entreprises tunisiennes, aux grands projets qui seront construits en Tunisie. La même personne s’est posé la question de comment faire pour nouer ces JV avec les hommes d’affaires tunisiens !
La satisfaction des entreprises étrangère, meilleurs atouts de la Tunisie.
D’une façon générale, le premier ministre a su donner une image des meilleurs, aux hommes d’affaires présents à cette table ronde. Loin de l’auto satisfaction, Mohammed Ghannouchi a rappelé et à maintes reprises que le capital de la Tunisie réside dans sa jeunesse et dans la qualité de sa main d’œuvre. Il a surtout rappelé que cette main d’œuvre est bien formée mais elle est surtout capable d’apprendre encore plus et mieux.
Evoquant la crise et ses répercussions, le premier ministre a aussi rappelé que les régulations strictes qui ont été prises dans le secteur financier se sont distinguées par leur sagesse, ce qui est apparu durant les semaines dernières au cours de la crise financière internationale. Les interrogations des participants ont trouvé leurs réponses de la part du ministre, qui a aussi mentionné que la communication extérieure de la Tunisie connait certaines faiblesses et qui doivent être soignées. Pour lui, la présence des entreprises étrangères en Tunisie est l’un des meilleurs témoins de l’attraction du site Tunisie, « ces entreprises, que ce soit par leurs intensions d’élargir leurs investissements en Tunisie, ou encore par leurs intentions de recommander aux autres entreprises d’investir en Tunisie, est l’un des meilleurs moyens de communication dont nous disposons actuellement »