Tunisie : La non-application des règles de concurrence et le glissement du Dinar mettent l’investissement en danger et clochardisent l’entreprise*.
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Mardi 02 Décembre 2008

13-10-2008 : Tunisie : La non-application des règles de concurrence et le glissement du Dinar mettent l’investissement en danger et clochardisent l’entreprise*.
par : AM.

Des entreprises qui ne produisent plus de l’emploi dès la 3ème année de leur entrée en production, des entreprises qui ne semblent pas être soutenues par le système bancaire, des entreprises dont les deux-tiers se plaignent de pratiques non concurrentielles, de contrefaçons, qui ne sont pas soutenues par l’acheteur public qui en oublie ainsi son devoir de contribution au développement économique du pays en mettant en second lieu le paiement de ses fournisseurs publics. Tel est l’image que dessine un document empreint de beaucoup de sincérité et d’objectivité, distribué à l’occasion de la dernière consultation sur l’emploi et qui essayait de retracer les causes de l’incapacité de l’entreprise à créer aussi d’emploi qu’on lui en demande. 

Au cours du Xème plan, indique le rapport, «les entreprises du secteur privé affiliées à la CNSS n’ont créé, en moyenne, que 20 mille emplois par an. De plus la création d’emploi a été surtout le fait des entreprises nouvellement constituées, les entreprises existantes créent très peu d’emplois additionnels. L’analyse des données de la CNSS montre que l’entreprise tunisienne ne crée de l’emploi qu’au cours de ses trois premières années d’existence, et elle commence à en perdre à partir de la 6ème année.

Le potentiel emploi de l’entreprise semble être déterminé par l’investissement initial et de sa vitesse d’expansion faible ou éphémère. Le potentiel productif existant n’est pas, de ce fait, mis à contribution de manière efficace pour la création d’emploi additionnel. Plusieurs facteurs contribuent à cet état de fait: le climat des affaires et la difficulté d’accès à un financement adapté au fonctionnement sont souvent cités comme les causes principales de la non-expansion des entreprises aussi bien en termes de volume d’activité que de territoire d’influence.

La non-application des règles de la concurrence n’incite pas à investir.

Selon les entreprises, la fréquence des pratiques anticoncurrentielles sur le marché national n’incite pas à suivre le sentier de l’expansion économique. On rencontre ces pratiques à plusieurs niveaux. D’abord à la mise à la consommation, les règles de surveillance du marché qui ne sont appliquées qu’au secteur organisé, ensuite et bien que l’entrée sur le marché des métiers et de l’artisanat soit soumise à une preuve de qualification professionnelle, les consommateurs manquent de visibilité à cause de l’absence d’un système de labellisation des entreprises de services. Ce manque de visibilité ne favorise pas l’emploi qualifié et l’amélioration des services rendus. Le client (entreprise ou individu) est souvent dans l’incapacité de distinguer a priori l’entreprise capable de réaliser ce qui est demandé selon les règles de l’art et aux meilleures conditions économiques. Il s’ensuit une élimination progressive des entreprises structurées, un alignement par le bas en termes de service rendu, un gaspillage de ressources (mauvaise exécution, reprise de travaux, etc.) et surtout une clochardisation des entreprises, tous ces facteurs étant défavorables à l’emploi qualifié. Ce manque de visibilité est lui-même aggravé par le manque d’exigence du consommateur tunisien.

La fiscalité a bénéficié ces dernières années d’un effort notoire de modernisation, mais elle reste néanmoins complexe et surtout sujette à interprétation dans son application. Une enquête de l’IEQ (8) auprès des entreprises révèle que près des 2/3 des entreprises qui s’adressent au marché intérieur ressentent les effets des pratiques anticoncurrentielles telles que contrefaçon, évasion fiscale, évitement de la contribution à la sécurité sociale, réseaux de distribution informels, accords implicites, discrimination entre clients et ventes liées. Le phénomène s’est amplifié entre 2005 et 2006 dans tous les secteurs.

Le glissement du DT et le recouvrement.

En dépit d’avancées notables ces dernières années, les problèmes de financement restent la principale barrière à la croissance des entreprises. Le fonds de roulement provenant des ressources propres de l’entreprise tunisienne où du marché financier ne sont pas suffisantes pour soutenir un niveau d’activité en relation avec son potentiel productif ou ses marchés. « Si l’investissement est encouragé, le fonctionnement ne l’est pas».

On peut citer, pour notre part, à profusion le cas d’entreprises «tuées» par le refus du banquier de leur accorder le crédit de fonctionnement nécessaire à leur expansion et parfois seulement à la continuité de leur activité. On peut tout aussi bien citer à profusion le cas de nombre d’entreprises non créées et restées en projet, par le refus du banquier de prendre le risque qui est pourtant son métier après des déconvenues connues sur un secteur ou un autre.

Le rapport de la Consultation va plus loin et indique que «on cite souvent comme causes du découragement du fonctionnement, la sous-capitalisation des entreprises et le déséquilibre du schéma de financement de l’investissement initial. Mais, on oublie l’effet du glissement continu du dinar qui a appauvri toutes les entreprises industrielles tunisiennes qui importent leur matière première et surtout les délais et les difficultés du recouvrement auprès d’une clientèle privée voire publique, se trouvant elle-même en difficulté. L’accès aux financements de fonctionnement, les aléas et les délais de cet accès ainsi que son coût figurent parmi les préoccupations les plus importantes des chefs d’entreprise. Il constitue le principal frein à l’emploi dans les entreprises existantes».

* Cet article est extrait du rapport, présenté à l’occasion de la Consultation nationale sur l’emploi le 7 octobre 2008, et intitulé «Compétitivité et Croissance: Le défi de l’emploi aux multiples dimensions ». Nous avons préféré le publier in-extenso.


Réaction(s) à l'article de la part de :

Gaafar Magdy  
CHAABANE taoufik  
ABE  
Lyes ZAHAF  
Mohamed Bouanane  

 

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