Le Premier ministre du gouvernment de coalition au Kenya, Raila Odinga, a cité la corruption, l'ethnicisme, la faiblesse du leadership et les processus électoraux non participatifs comme les poisons de la démocratie en Afrique.
Tout en affirmant que la démocratie est une forme de gouvernement qui n'est pas nouvelle en Afrique, il a indiqué que le problème de la démocratie sur le continent tient aux difficultés qui entravent son implantation dans toute l'Afrique et, dans le même temps, empêchent de la porter au niveau des attentes internationales.
“Les populations parlent souvent de la démocratie en Afrique comme s'il s'agissait d'un processus étranger, bizarre et exotique par rapport à nos coutumes, un produit d'importation qui s'est révélé particulièrement inadapté au contexte auquel il doit s'adapter. Il ne devrait pas en être ainsi. La démocratie a de profondes racines dans notre continent”, a déclaré M. Odinga, au cours d'une conférence qu'il a donnée jeudi, à Lagos, au Nigeria, à l'occasion de la commémoration du 25ème anniversaire du groupe Guardian Limited, qui édite tous les principaux journaux portant le titre de Guardian.
Notant que les valeurs fondamentales de la démocratie sont universelles, le Premier ministre kenyan a indiqué que “l'un des défis qui interpellent l'Afrique est celui du respect de l'ensemble des valeurs démocratiques de nos différentes cultures et de la nécessité de les adapter afin qu'elles cadrent avec les environnements nationaux et la situation d'interdépendance qui sévit dans le monde d'aujourd'hui”.
S'exprimant sur le thème : “La Démocratie et les Enjeux de la Bonne Gouvernance en Afrique”, M. Odinga s'en est pris à la démocratie telle qu'elle est pratiquée en Afrique, condamnant la démarche suivie à ce sujet par les dirigeants du continent.
“Ce n'est pas que nous Africains souhaiterions être jugés selon des normes différentes de celles qui sont appliquées dans les autres parties du monde. Il ne s'agit que d'une partie de cette condescendance dédaigneuse que nous devons rejeter. Les valeurs intrinsèques de la démocratie et de la bonne gouvernance ainsi que l'aspiration à cet objectif sont universelles. Les principes de la démocratie sont universels”, a-t-il martelé.
M. Odinga a qualifié la corruption de problème le plus important qui entrave le plein épanouissement de la démocratie en Afrique.
Il a fait valoir que la corruption “a été et demeure le principal fléau qui empêche la croissance économique et l'instauration de la stabilité dans notre pays. C'est une barrière au développement national, à l'augmentation des infrastructures et à l'investissement”.
Il a associé à ces fléaux l'ethnicisme, qualifié d'”ennemi de l'unité nationale”.
Raila Odinga a également précisé que ces deux facteurs (la corruption et l'ethnicisme) ont des effets étroitement liés qui compromettent le progrès du continent, tout en notant que si les Africains doivent être fiers de leurs origines et leurs racines culturelles, le temps est venu pour eux de renoncer à l'“ethnicisme négatif”.
Sur la question du leadership : “A l'indépendance, nous savions qu'il ne nous serait pas possible de réécrire notre passé, mais nous savions que nous pourrions prendre un engagement hardi en modifiant notre avenir. Nous avons besoin d'un leadership stimulant et visionnaire qui travaillera avec efficacité et comblera les attentes des populations”.
Il a, par ailleurs, expliqué que l'espoir a été tué lorsque l'absence de tolérance vis-à-vis de l'opposition a amené les dirigeants africains à éliminer tous les contrepoids nécessaires à la promotion de la démocratie.
“Le système du parti unique est aujourd'hui à la mode. C'est de là que proviennent les problèmes de l'Afrique”, a-t-il déclaré, expliquant que ce système ouvre la voie à la corruption, au népotisme et au tribalisme, entre autres problèmes.
M. Odinga a également critiqué l'Union africaine (UA) pour n'avoir pas réussi à rappeler les dirigeants africains à l'ordre, citant plus particulièrement l'exemple des chefs d'Etat africains qui n'avaient pas pu sanctionner le président zimbabwéen Robert Mugabe.
“Même lorsque Mugabe a réussi à s'installer frauduleusement au pouvoir, l'UA n'a pas condamné sa position. C'est parce que bon nombre d'entre avaient des cadavres dans leurs placards”, a-t-il indiqué.
Raila Odinga, qui est devenu Premier ministre à la suite de l'accord de partage du pouvoir grâce auquel la crise postélectorale du Kenya avait trouvé une solution, a aussi affirmé que l'accord ne méritait pas d'être copié, car il s'agissait d'un compromis conclu après une élection contestée.
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