Une cellule de veille placée sous la responsabilité de la Banque Centrale de Tunisie a été créée sur instructions du Chef de l'Etat, suite à la crise financière qui a touché l'économie mondiale, en vue de suivre de près l'évolution de la situation sur les marchés financiers internationaux, et partant prendre à temps les décisions qui s'imposent pour la préservation des acquis de l'économie tunisienne a indiqué Taoufik Baccar, gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), à l'occasion d'une communication faite à ce sujet.
Une commission d'évaluation a été, également, instituée et plusieurs mesures ont été adoptées, tant au niveau de la gestion des réserves en devises du pays, qu'au niveau de la réglementation des crédits de logements. Cette crise conforte les choix faits par la Tunisie qui ont permis de consolider le système bancaire, en optant pour une démarche progressive sur la voie de la convertibilité du dinar et pour la banque universelle, ce qui témoigne de la pertinence de l'approche adoptée par le Président Ben Ali.
Dans cette intervention où il a analysé les origines de la crise financière internationale, ses conséquences sur le plan international et l'appréciation de la gravité de la crise par la Tunisie dès son début, le gouverneur de la BCT a souligné les mesures prises face à cette crise et les enseignements tirés au plan national et sur les projections économiques, situant le taux de croissance à 6%. La Tunisie est-elle pour autant à l'abri de la crise financière actuelle ?
Pour ce qui est de l'appréciation de la gravité de la crise dès son début, T. Baccar a avancé que l'ampleur de la crise a été mesurée dès son déclenchement. En juillet-août 2007, la Tunisie était en pleine sortie sur le marché financier au Japon, quand les premiers signes augurant d'une grave crise financière faisaient leur apparition. Face à une marge de crédit escomptée de 45 à 50 points de base, la BCT a dû céder 25 points de base pour pouvoir réussir la mobilisation des ressources. Certains pays ou institutions financières, a t-il fait remarquer, n'ont pas pu à l'époque réaliser leurs sorties sur ces marchés. Par la suite, et sur instructions du Président de la république, une commission d'évaluation et de suivi a été créée et une série de mesures a été adoptée tant au niveau de la gestion des réserves en devises du pays, qu'au niveau de la réglementation des crédits de logement, a rappelé le gouverneur de la BCT.
Concernant l'évaluation de l'impact possible de cette crise sur l'économie tunisienne, T. Baccar a estimé qu'il faut distinguer entre l'impact direct, et l'impact indirect ou à terme.
Cette crise a immédiatement pour impact d'augmenter la marge appliquée aux crédits mobilisés sur le marché financier international, particulièrement par les pays émergents.
La Tunisie ne sortira pas sur le marché international en 2009.
Il s'agit là, a t-il précisé, d'un ancien réflexe, étant donné pour une fois, cette crise n'est pas partie des pays émergents comme ce fut le cas de la crise du sud-est asiatique, ou de la crise de la dette mexicaine. A titre d'exemple, les marges sur les émissions tunisiennes qui ont baissé jusqu'à 40-50 points de base pour des maturités de 5 à 10 ans, sont passées au pic de la crise, lors de la faillite de Lehman Brothers, à plus de 200 points de base. Pour cette raison, la Tunisie, a indiqué le gouverneur, n'est pas sortie sur le marché financier en 2008, et la Banque Centrale a proposé au gouvernement de ne pas le faire aussi en 2009, et de mobiliser les ressources nécessaires au budget de l'Etat exclusivement sur le marché local, d'autant que le pays connaît sur le plan interne, une situation de surliquidité depuis le début de 2008.
En dehors de cela, il a souligné que les institutions financières tunisiennes n'utilisent pas de façon massive les techniques qui étaient à l'origine de la crise et du décalage entre la sphère réelle et la sphère financière à l'instar des produits de titrisation structurés: les Mortgages Backed Securities ou MBS, les crédits Defautl Sawp ou CDS, les Collateralized Debt Obligations ou CDO à du fait que les placements des banques locales de leurs ressources en devises sur les marchés financiers internationaux obéissent à des règles strictes.
La Bourse de Tunis est à l’abri des risques.
Concernant la Bourse de Tunis, la part des étrangers dans la capitalisation boursière, de l'ordre de 25 %, est détenue par des actionnaires de référence et non par des investisseurs financiers, ce qui lui confère, selon lui, une certaine stabilité et la met, à priori, à l'abri des risques de contagion.
Pour ce qui est de l'impact indirect, il est évident, a avancé le Gouverneur de la BCT, que si l'économie mondiale entre dans une phase de récession, son impact sera direct sur l'économie tunisienne, la Tunisie étant un pays ouvert sur l'extérieur, et à terme aucun pays ne peut être à l'abri de cette crise que beaucoup de spécialistes comparent à celle de 1929.
Le schéma retenu pour 2009, a relevé le gouverneur de la BCT, table sur une augmentation de la croissance de 6 % contre 5,1 % estimé pour 2008, grâce en particulier à la demande extérieure, et c'est dire la nécessité de continuer le renforcement de notre capacité concurrentielle