Le ministère du commerce et de l’artisanat ne l’appelle plus «commerce parallèle», mais plus pudiquement, «commerce non réglementé» et laisse traîner derrière cette appellation le message latent qu’elle est entrain, avec l’appui du ministère des finance, de lui administrer un remède progressif d’entraînement vers les circuits organisés. Cela, du temps où une première campagne avait finalement et après de longues années de squat des grandes artères commerciales de la capitale, réussit à les déménager «ces commerçants d’un jour, mais finalement de toujours» vers des espaces plus ou moins réguliers où ils ne paient que 90 DT par an de taxes municipales. Entre temps et dans une première étape de «régularisation» du même phénomène dans toutes les grandes villes du pays, il y a eu la création des «Souks» de Sousse, d’El Jem, de Sfax et plus grandiose et bâtit en dur de «l’espace Maghrébin» de Ras Jdir au Sud tunisien dont la municipalité fait même une source de revenus et ils ne sont pas des moindres.
Plus de 15 années sont passées et on croyait, à tort, que le phénomène était circonscrit. Après tout, pourrions-nous dire, la Tunisie n’est pas le seul pays où ce genre de commerce existe. Même en France il existe et que serait les Moncef Bey et consorts devant le «Derb Ghallef» de Casablanca ou le marché de Dakar où il y a même une fédération patronale professionnelle pour défendre ce commerce. Professionnels et spécialistes sont pourtant d’accord que s’il doit exister, pour les raisons sociales que tout gouvernant de pays en développement soulèverait, le marché parallèle doit quand même rester dans une proportion raisonnable du tissu entrepreneurial du pays. Cela n’a pas été le cas et le fléau revient, plus grand, plus dur d’oreille face aux appels (juste sur pancartes) des services municipaux qui sont largement dépassées par, plus «barbou» ou bandit, ne jouant même plus au cache-cache avec les services municipaux, investissant carrément et au nez et à la barbe de la police, des services du contrôle économique (serait-il encouragé par la nonchalance de ces services ou de la complicité tacite de certains serait-on en droit de se questionner ?), investissant toutes les rues commerçantes de Tunis et ailleurs, faisant étalage de leurs marchandises (et pas que des broutilles mais qui va du textile aux outils industriels et de produits de consommation) devant les commerces réguliers qui vendent les mêmes produits, allant jusqu’à occuper le parking et les escaliers menant à un des plus importants ministères du pays. Ce n’est pas celui du commerce, mais à ce rythme cela ne saurait tarder et ce ministre, comme l’autre, ne trouvera rien à y redire !
De nouveau donc et s’attendant certainement, eux aussi, à être «régularisés» et rassemblés dans un espace commercial gratis, à l’image de Moncef Bey qui est propriété d’une ancienne entreprise publique et du marché d’El Jemm et d’ailleurs, de nouveaux éléments de ces commerçants qui ne paient rien, ni fisc, ni CNSS, ni taxes municipales, qui ne commercent même pas dans des produits tunisiens ou importés de marchés avec lesquels l’économie tunisienne a des relations fortes qui justifieraient ces échanges «win-loose» (celui qui gagne perd) pour parodier un adage qu’aiment bien les économistes et qui ne sont prêt à aucune entente avec tout service qui leur demanderait de payer une quelconque taxe. De nouveaux ils s’installent, comme une lèpre qui ronge le visage des rues commerçantes de Tunis, au vu et au su de toutes les autorités de tout genre, défiant tout le monde et bénéficiant du silence de tout le monde.
Hier mardi 7 octobre 2008 et l’occasion de la tenue des assises de la consultation nationale sur l’emploi, tout le monde a pourtant dénoncé cette lèpre du commerce parallèle. Le document de la consultation qui l’a identifié comme l’une des causes principales du non investissement et la non création d’emplois, le syndicat ouvrier par la voix de son Secrétaire Général Abdessalem Jrad qui l’a mis aussi à l’index comme l’un des lieux d’un nouveaux commerce sans aucune valeur ajoutée pour le pays et Hédi Djilani président du patronat qui a constaté avec «tristesse que le commerce parallèle a investit tous les circuits de distribution » et lancé un appel pressant au gouvernement pour mettre fin à ce genre de commerce.
Pour l’instant, le gouvernement fait la sourde oreille et préfère enjamber les tas de produits étrangers et illégaux qui s’entassent jusque devant chez lui pour entrer dans ses ministères et éviter de parler de commerce parallèle, mais simplement de commerce irrégulier !