Doyenne des entreprises tunisiennes de gardiennage industriel et propriété du self-made man Béchir Ben Amor, la Sogegat traverse actuellement une passe bien difficile, mais qui ne semble pas impossible. La Société Générale de Gardiennage et de transport est en effet entrée, depuis quelques semaine, sous le couvert de la loi de 1995 qui concerne les entreprises en difficultés financières. Elle y est même, par décision du juge, dans un processus de règlement judiciaire. L’information nous a été confirmée par Béchir Ben Amor, fondateur de l’entreprise.
Notons tout d’abord, que la Sogegat est à 50 % propriété de Béchir Ben Amor qui en est le fondateur et le grand actionnaire, mais pas le dirigeant direct. Le Pdg de l’entreprise est Mohamed Nemri. Active depuis les années 80, l’entreprise semble en effet traverser sa «crise de la trentaine». Première société du genre, elle est désormais une parmi 70 autres sociétés qui travaillent dans le secteur du gardiennage. Avec son chiffre d’affaire qui atteignait les 22 MDT, l’entreprise était le fleuron du groupe de Béchir Ben Amor dont le chiffre d’affaire (hors Sogegat) était de 6 MDT l’année dernière, selon le fondateur du groupe. L’entreprise qui avait fait la gloire du secteur où elle était la seule, fait vivre quelques 2 mille agents. La forte concurrence que vit désormais le secteur a cependant fortement entamé la part de marché de l’entreprise. Selon B. Ben Amor, connaisseur du domaine, la concurrence a fait chuter le coût réel de gardiennage, par heure et par agent, de 1,750 DT à 0,950 DT et 1,050 DT au mieux. Cette concurrence que Ben Amor explique par le peu de poids des charges d’exploitation pour ces jeunes entreprises, par rapport à la Sogegat qui faisait travailler un certain moment quelques 4000 employés dans le secteur du gardiennage. Cette concurrence a fait perdre nombre de marché et d’appel d’offres à l’entreprise qui perd du coup presque la moitié de ses employés qui sont repris par la concurrence, conformément à l’article 7 de la convention collective qui oblige celui qui remporte l’appel d’offre à reprendre le personnel déjà en place sur le lieu de travail. La perte de marchés a cependant fortement impacté, pendant les quatre dernières années, le chiffre d’affaire de la Sogegat qui chute de 22 MDT à 12 MDT, alors que ses charges d’exploitations seraient restées les mêmes, selon notre interlocuteur. Ce dernier nous précise même qu’au fil de ses difficultés, le ratio de la masse salariale qui représentait 65 % du chiffre d’affaire, se dégrade et monte à 85 %.
C’est toute cette situation qui amènera la Sogegat vers un résultat déficitaire de 2 MDT, pendant l’exercice 2007, alors que ses dettes se montaient à 6,5 MDT (dont 1,3 de dettes bancaires et 1,5 MDT de dettes fournisseurs). Et c’est par souci, dit Béchir Ben Amor, d’assainissement de l’entreprise, que « nous nous sommes mis, sous la protection de la loi des entreprises en difficultés économiques». Il nous dira aussi que l’entrée sous le parapluie de la loi de 1995, lui a permis de se mettre à l’abri des procès des fournisseurs, de quelques employés et d’échapper momentanément aux pression de l’impôt et de la CNSS, en attendant l’assainissement financier et le plan social de l’entreprise, qui devrait toucher 250 employés.
Béchir Ben Amor reste en tous cas optimiste et ne donne pas plus de deux années à la Sogegat, pour se remettre d’aplomb, à la faveur du plan de règlement judiciaire qui a été décidé par le tribunal. Ce plan comporterait le rééchelonnement sur une dizaine d’année, avec 2 années de grâce, de la dette de l’entreprise, l’augmentation du capital par un coup d’accordéon qui devrait le ramener de 3,1 à 1,6 MDT après injection de quelque 500 mille DT en argent frais. Le plan d’assainissement comporte aussi la vente d’une partie du patrimoine immobilier (estimé à 3 MDT) pour pouvoir payer une partie de la dette, les fournisseurs et payer les employés, le recouvrement de tout ou partie du compte client qui est lourd de 3,8 MDT qui restent impayés pour la Sogegat. Tout cela, devrait lui permettre d’éviter de se retrouver dans une situation de rupture de ses contrats de services, de sauvegarder les postes d’emplois qu’il offre et de se remettre sur pieds.
Ben Amor est d’autant plus optimiste que cette malheureuse chute de la Sogegat, ne semble pas affecter le reste du groupe qui réalise un chiffre d’affaire de quelque 6 MDT (dont 3 MDT pour la Sogefoires) et fait des bénéfices.