De deux choses l’une : ou la Tunisie est une économie fortement impactée par les hausses des prix internationaux et il faut le montrer et le démontrer, ou un pays développé où le Tunisien a de l’argent et il faut arrêter de lui dire de rationnaliser sa consommation. A voir l’affluence sur les étalages et les Caddie des Tunisiens dans les couloirs des hypermarchés, à voir les concours d’achats sciemment organisés par ces grandes surfaces à l’intention du consommateur tunisien pour le lancer dans une frénésie d’achat en l’appâtant par le gain d’un Caddie, on croirait volontiers la seconde hypothèse du début. Pourtant tout flambe, du simple riz à la voiture, en passant par les matières essentielles et les matières premières et rien n’est épargné, si ce n’est l’intervention de l’Etat pour les quelques denrées alimentaires de base. Mais le consommateur tunisien n’en a cure. Il grogne certes, mais il achète et s’il n’a pas les moyens, il s’endette.
Actuellement, et alors que quelques voix, disparates, s’élèvent pour demander une rationalisation de cette consommation dévastatrice du budget familial, c’est au contraire à des compétitions préméditées qu’on assiste pour pousser aux achats démesurés et à la consommation effrénée. A ce stade, ce n’est plus aux consommateurs que devrait s’adresser l’ODC (Organisation de défense du consommateur), mais aux propriétaires des hypermarchés pour faire appel à leur sens civique et les supplier de devenir réellement des entreprises citoyennes.
«L’attentat à la consommation» ne s’arrête même plus à ces hypermarchés, il englobe tout le monde sans exception presque. A l’heure de la surliquidité des banques, à l’heure où quémander un crédit pour créer une entreprise ressemble au vrai parcours du combattant qui ne peut qu’être battu (sinon il n’y aurait pas eu cette surliquidité qui dure depuis plusieurs mois), les banques deviennent ingénieuses et vous tapissent leurs couloirs de promesses et sortent le grand jeu de la séduction, des relations clients et autres subterfuges, pour vous pousser à prendre crédit, pour acheter ce que vous voulez, renouveler votre garde-robe, renouveler l’intérieur de votre maison, vos ustensiles de cuisine, votre matériel Hifi qui ne sert qu’à l’occasion et j’en passe. On vous invente même, on vous guide, vers les moyens les plus infaillibles pour prendre un crédit auquel vous n’avez théoriquement pas droit, selon les préceptes de la banque centrale.
Depuis longtemps, sauf quelques unes, les banques tunisiennes délaissent les PME et s’orientent résolument vers ce qu’elles appellent pudiquement, le particulier. Tout est à crédit, tant et si bien qu’il vous est possible de rencontrer le crédit à chaque coin de rue. On se marie à crédit, on équipe sa maison à crédit, on achète sa maison à crédit, on se paie même des vacances à crédit. Dernièrement, une agence de réservation on-line, proposait des vacances sur 36 mois de crédit. Officiellement et jusqu’à octobre 2007, l’endettement global des particuliers auprès du système bancaire et des caisses de sécurité sociale s’élève à 6,5 milliards de dinars, dont 44,6% de crédits de consommation. Officiellement toujours, cet endettement ne représente que 20,7% du revenu disponible des ménages.
De quoi l’ODC et la BCT ont-elles donc peur ? Pourquoi voudraient-elles s’évertuer à se poser en «empêcheurs de tourner en rond» ? Pourquoi crieraient-elles au loup face au silence des agneaux ? On pourrait même nous répondre que la base de données des particuliers à la BCT que consultent, normalement et sauf erreur ou omission de leur part, les banquiers avant de donner crédit, ne saurait mentir et de toutes les manières les tranquillisent et mettrait à l’abri les consommateurs tunisiens du surendettement.
Ces chiffres de l’endettement familial ont-ils évolué ? On n’en sait rien. Toujours est-il que la BCT dit depuis quelques mois de faire attention. L’économie tunisienne et ses équilibres n’en pourraient-ils plus de ce rush à la conso et ce qu’il entraîne en augmentation des importations ? On n’en sait rien là aussi non plus. Officiellement, tout est sous contrôle et il n’y a pas lieu de paniquer et même si on le susurre chez les politiques, on se refuse à le dire officiellement, aidés en cela par le silence des agneaux, qu’on égorge à chaque coin de crédit et qui s’automutilent joyeusement à chaque occasion de dépenses. Bon Ramadan à toutes et à tous !