La note est importante, et fut réitérée deux fois successives par la Banque Centrale de Tunisie. Elle n’a pourtant été reprise en compte par aucune partie, ni politique, ni syndicale, ni patronale, tout le monde semblant se vautrer dans un optimisme béat, et focalisant sur l’argent et les dépenses d’argent.
Lors de la réunion de la cession d’août de son conseil d’administration, un communiqué de la BCT notait que «des tensions ont continué à être enregistrées au niveau de la balance commerciale alimentaire et celle de l’énergie et, partant, la balance courante des paiements extérieurs, ainsi qu’au niveau des charges de la Caisse générale de compensation et du budget de l’Etat. Cette situation nécessite la rationalisation de la consommation et l’exploitation optimale des potentialités et capacités disponibles, en vue d’accroître la production et améliorer la productivité de manière à comprimer les coûts de production pour renforcer la compétitivité et réaliser les objectifs fixés dans le plan de développement, surtout au niveau de la croissance, de l’emploi et des équilibres financiers».
1, 2, 3, nuages en vue !
Un mois plutôt et comme leur avis était tout simplement tombé dans l’oreille d’un sourd, les mêmes argentiers de la même BCT, écrivaient que les développements sur la scène économique nationale et internationale, «nécessitent la poursuite de la mobilisation des efforts en vue d’optimiser l’exploitation des potentialités et capacités disponibles afin de maîtriser les coûts de production, de renforcer la compétitivité et de rationaliser davantage la consommation dans le but de préserver les équilibres financiers internes et externes et de consolider le rythme de la croissance économique». On remarquera la presque similitude des mots utilisés et la similitude complète du ton, essayant d’attirer l’attention, des politiques, des économiques et des sociaux, sans trop paraître alarmiste.
En juin déjà et toujours semble-t-il vainement, les mêmes observateurs avertis de la situation économique et financière tunisienne écrivaient que «les pressions exercées par l’instabilité de la conjoncture internationale requièrent l’intensification des efforts pour en contenir les éventuelles répercussions, préserver le rythme de la croissance économique, maîtriser l’inflation et sauvegarder les équilibres financiers tant intérieurs qu’extérieurs, en particulier à travers le maintien du déficit courant et celui du budget de l’Etat à des niveaux acceptables.
Aussi, est-il impératif d’œuvrer, notamment, à accroître la productivité, à améliorer la compétitivité et à rationaliser la consommation». En mai encore la même BCT qui semble en déphasage avec le reste de l’éco-politiquement correcte, écrivait que «la situation nécessite la poursuite des efforts pour l’exploitation optimale des capacités et des potentialités existantes dans tous les secteurs d’activité, afin d’améliorer la production et la productivité, de comprimer les coûts et de promouvoir l’investissement privé. Elle impose, également, de rationaliser davantage les dépenses, et de comprimer la consommation d’énergie » !
Personne, jusqu’ici, ne semble avoir ou vouloir entendre ces avertissements, et tout le monde continue à consommer de plus en plus, à dépenser toutes ses économies pour les vacances, pour le mois du Ramadan, pour la rentrée scolaire et plus tard pour les fêtes de fin d’année et à travailler de moins en moins. Cela fera bientôt trois mois que le pays travaille en sous-régime, à temps partiel (si ce n’est moins !), et à être derrière la décélération de la production nationale. Inimaginable pour un pays qui n’a que ses propres yeux pour pleurer (qu’à Dieu ne plaise) si la conjoncture économique venait à s’assombrir de nouveau, après cette petite accalmie des prix du pétrole et des prix des matières premières que les analystes rapportent aux ralentissement enchine,, jusque focalisée sur les jeux olympiques.
Ugtt, Utica et politiques !
Patronat et syndicat ouvrier ne semblent jusque là avoir d’yeux que pour les négociations salariales, l’un (Ugtt) dans la perspective de son prochain congrès, et l’autre (Utica) dans l’expectative de ce qu’il va devoir débourser en argent et concéder en concessions sociales. Talonné par le politique qui ne se soucie que de la paix sociale, et par les revendications de toutes sortes de son partenaire social, l’Ugtt, le patronat n’arrive certainement pas encore à réaliser ce qui lui arrive (son président est pourtant membre du Conseil d’administration de la BCT) et n’arrive pas encore à réorienter son focal sur son autre environnement, direct certes, mais international et donc plus loin que l’avenue Mohamed Ali de la capitale tunisienne où se trouve le siège de l’Ugtt. A aucun moment et au moins depuis le début de cette crise internationale, on n’a entendu l’Utica en parler ou lui consacrer un point de presse ou un séminaire. Tout va bien !
Obnubilé (jusque là espérons le) par des intérêts à incidences électorales certaines, le syndicat ouvrier ne s’intéresse qu’à l’amélioration des conditions matérielles des ouvriers et ce n’est pas nous qui l’en blâmerons. Il oublie pour l’instant les conditions de l’entreprise. Il oublie aussi de jouer un autre rôle, non moins important qui est aussi le sien, non point celui d’agitateur salarial, mais aussi de formateur, en direction de ses adhérents, pour les préparer à la crise, si elle vient, pour les inciter à s’en prémunir, non seulement par l’augmentation du seul salaire, mais aussi et surtout par la rationalisation de la consommation, par l’augmentation du volume de travail, par l’amélioration de leur propre productivité, celle de leur entreprise, et celle de l’économie de ce pays dont le Président a pris sur lui de pousser tout le monde à anticiper l’augmentation des salaires pour le rééquilibrage du pouvoir d’achat de l’employé.
Tout va bien du côté des politiques, pour qui tout est encore sous contrôle. Le facteur a déjà sonné trois fois depuis juin 2008.