Aux dernières nouvelles, des acheteurs tunisiens se seraient présentés pour le rachat de la BFT (Banque Franco-Tunisienne). Entre-temps, Chahir Zlaoui a été remplacé par Mounir Klibi, un cadre de la banque centrale de Tunisie qui a été presque toujours en charge du différent opposant la STB principal actionnaire à l’ABCI de Bouden. Un élément sur lequel on compterait beaucoup, pour débloquer la situation et probablement réactiver la vente de cette banque sur laquelle peut de lumière était focalisé malgré son état financier toujours délabré.
Arrêtés au 31 décembre 2007, les états financiers de la BFT présentaient un total actif de 438 046 mille DT et un résultat de 153 mille DT. Les provisions constituées par la banque à la même date s'élèvent à 16 887 mille dinars alors que le niveau des provisions requises conformément aux règles de division, couverture des risques et suivi des engagements s'élève à 67,484 MDT. Il en résulte une insuffisance de provisions au 31 décembre 2007 de 50,597 MDT contre 47 MDT une année auparavant.
Selon son dernier bilan, le capital social de la banque s'élève à 5 MDT. Il se situe ainsi, en dessous du capital minimum requis pour les banques (25 MDT). Les fonds propres nets de la banque, sont négatifs de presque 44 MDT et présentent, ainsi, une insuffisance par rapport aux fonds propres minimaux réglementaires au 31 décembre 2007, de 75,8 MDT. Une banque qui aurait dû être fermée depuis belle lurette donc et qu’on maintient jusqu’ici artificiellement. Voici d’ailleurs son historique financier, tel que retracé par ses commissaires aux comptes.
| Exercice | Pertes En mDT | Bénéfices En mDT | Résultats cumulés En mDT |
| 1986 | 2114 | | - 2114 |
| 1987 | | 2 | - 2112 |
| 1988 | | 890 | - 1222 |
| 1989 | | 334 | |
| 1990 | | 333 | - 555 |
| 1991 | | 250 | - 305 |
| 1992 | | 20 | - 285 |
| 1993 | | 44 | - 241 |
| 1994 | | 101 | - 140 |
| 1995 | | 142 | 2 |
| 1996 | - 734 | | - 732 |
| 1997 | - 989 | | - 1721 |
| 1998 (2 mois) | - 411 | | - 2132 |
| 1998 (10 mois) | - 665 | | - 2797 |
| 1999 | | 1062 | - 1735 |
| 2000 | | 584 | - 1151 |
| 2001 | | 206 | - 945 |
| 2002 | - 254 | | - 1199 |
| 2003 | - 442 | | - 1641 |
| 2004 | - 639 | | - 2280 |
| 2005 | | 79 | - 2201 |
| 2006 | | 121 | - 2080 |
Le déficit de l’année 1986 résulte de la prise en compte d’une charge d’un montant de 2,173 MDT née de la sentence arbitrale rendue en septembre 1987 par la Chambre de Commerce Internationale de Paris en faveur du principal actionnaire de la Banque Franco-Tunisienne, l’Arab Business Investment Consortium « A .B.C.I » et condamnant la « BFT » à payer 3,2 Millions de USD et les intérêts jusqu’à parfait règlement. Le résultat de l’année 1987 tient compte d’une provision pour charge d’un montant de 796 mille DT. Ces charges non appuyées par des pièces justificatives sont relatives aux frais de séjour du Président du Conseil d’Administration qui était alors un certain Abdelmajid Bouden.
Aussi bizarrement que cela puisse paraître, cette banque fait aussi des bénéfices. Le bénéfice de l’exercice 1989 résulte de la prise en compte par la Banque Franco-Tunisienne de l’accord signé à l’amiable en Juin 1989 entre les principaux actionnaires de la banque en vue de mettre fin à leur conflit. L’impact net de la transaction est un profit de 1,628 MDT qui provient essentiellement de l’annulation de la charge née de la sentence arbitrale de 1987 constatée dans les comptes de l’exercice 1986.
La BFT, Abdelmajid Bouden de l’ABCI, ses plaintes et le Cirdi.
Pour expliquer ces pertes, comme les quelques bénéfices de cette banque qui n’en est pas légalement une, les commissaires aux comptes ont presque toujours (ce genre d’information n’était pas toujours disponible dans tous les rapports des commissaires aux comptes de la banque) fait référence à ce différent avec la STB, puis avec l’Etat tunisien et Abdelmajid Bouden. Ce dernier, avocat de profession a des amitiés saoudiennes nous dit-on, ce qui lui aurait permis de racheter la BFT en 1987, pour la modique somme alors de 3,5 à 4 MDT. Il en avait été le président du conseil pendant presque une année avec un certain Tahar Bourkhis comme DG notamment. Cependant sa gestion lui valut des conflits avec les autorités financières tunisiennes, ce qui l’amènera à quitter la Tunisie. La STB reprit alors le contrôle de la banque et les deux parties entreront depuis dans une dédale de litiges.
Dans le dernier rapport des deux commissaires aux comptes, on apprend que le litige opposait la BFT à l’ABCI qui est l’entreprise de Bouden. On apprend aussi que «le 23 juillet 1987, une sentence arbitrale a été rendue par la Chambre de Commerce Internationale revêtue de l’exequatur en France par jugement du 03 septembre 1987, condamnant la BFT à payer à l’ABCI la somme de 3,2 millions de USD majorés éventuellement des intérêts au taux Libor jusqu’à parfait règlement. Cependant, il est à noter que suivant un accord transactionnel signé le 7 juin 1989 et non respecté par l’ABCI, cette dernière renonce à poursuivre l’exécution, en Tunisie comme à l’étranger, de la sentence arbitrale du 23 juillet 1987. Il est actuellement impossible d’anticiper sur l’issue finale de cette affaire (aucune provision pour risque n’a été constituée au niveau des états financiers). Les commissaires aux comptes ont adressé une vingtaine de demande d’information aux avocats de la BFT pour en savoir plus sur les litiges en cours et les risques financiers qu’encourt la banque. Jusque là, motus et bouche cousue. On croit savoir que A. Bouden aurait perdu presque tous ses procès contre la STB, qu’il a changé son fusil d’épaule en attaquant l’Etat tunisien devant le Cirdi (une structure de la banque mondiale chargée de régler les conflits des Etats avec les investisseurs étrangers). Aussi insencé que cela puisse paraître, Bouden demanderait plus de 900 MDT, pour une banque pour laquelle les mieux offrants au cours de la dernière due-diligence a débouché sur une offre variant entre 40 et 50 MDT.