Portes fermées , cadenassées même, grandes banderoles de l’UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens) et petits écriteaux revendicatifs, avec « sit-in » sous les chapiteaux du parking des voitures à l’entrée de la société. C’est le visage que présente actuellement la Sotetel (Société Tunisienne d’Entreprises de Télécommunication) à ses visiteurs. Cette situation n’est pourtant pas nouvelle, puisque ce « sit-in » qui s’est même transformé en «dort-in», les travailleurs passant même la nuit dans les locaux de l’entreprise, dure depuis plus d’un mois puisqu’il se poursuit depuis le 24 juillet, dans un bras de fer entre administration et une cinquantaine de contractuels, qui ne semble pas vouloir se terminer. Un bras de fer qui a même été poussé, par ces contractuels et selon un PV de huissier, jusqu’à séquestrer le Pdg de son équipe pendant presque quatre heures et jusqu’à ce qu’interviennent les forces de l’ordre pour le faire évacuer, selon des témoins de la scène.
Ce bras de fer avait commencé par deux grèves, selon le Secrétaire général de la fédération de la poste et des télécommunications, Mohamed Belhaj. Dans une communication téléphonique, Mohamed Belhaj, récuse ce PV qu’il taxe de partialité, et nous indique que la première grève avait eu lieu en avril dernier pendant une journée, et la seconde pendant deux jours en juillet dernier. Selon le responsable syndical qui ne nous a donné aucun signe de flexibilité, ces deux signaux n’auraient pas suffit à la direction de la Sotetel et ont naturellement conduit au sit-in.
L’objet de ce mouvement de contestation serait, selon la même source, le refus d’un certain nombre de contractuels de signer leurs nouveaux contrats de contractuels et revendiquent leur intégration, «en application de l’article 19 du code du travail», précise M. Belhaj. L’entreprise est déficitaire depuis des années. Son exercice 2007 s’était en effet soldé par un déficit de plus de 57 MDT, et l’entreprise annonce déjà un déficit de 2,6 MDT pour le seul second trimestre de l’année en cours. Le S.G. de la fédération syndicale trouve pourtant que «il n’est pas rationnel que les employés supportent ce résultat".
Il est pourtant clair, que cette entreprise de 1170 employés dont 74 sont détachés du ministère de tutelle, et dont plus de 710 contractuels, souffre d’une énorme «charge pondérale» en matière de salaires(13 MD qui représentaient en 2007, cinquante pour cent de son chiffre d’affaires (26 MDT). Mais l’entreprise ne souffrirait pas que de ce seul mal, selon des sources proches de l’entreprise. Le résultat de l’exercice 2007, est le cumul de moult erreurs dont des dépassements antérieurs dans les recrutements à tel point qu’il arrivait même qu’un employé déclare par écrit qu’il n’est pas employé de l’entreprise, qui lui a adressé pourtant sa fiche de sécurité sociale, et des irrégularités dans les procédures de passation de marchés qu’on paye un fornisseur de 600 tonnes de ciment sans bon de commande, ou qu’une convention avec un fournisseur de carburant dépasse le triple du plafond fixé par ladite convention !
L’assainissement de toutes ces situations semble avoir été déjà engagé, comme l’affirmait la direction de l’entreprise lors de sa dernière AGO, et un plan de restructuration est mis en place pour remettre à flot cette entreprise leader dans son domaine en Tunisie malgré le foisonnement des entreprises du secteur privé qui emploient elles aussi des contractuels et ne supportent pas l’excès de «charge pondérale» des salaires. Les situations que le syndicat ouvrier de la Sotetel veut maintenant régulariser, datent pour nombre d’entre elles, de 25 ans et l’on peut même dire, sans que le syndicat ouvrier ne bouge durant toute cette période. Questionné à ce propos, Mohamed Belhaj nous indique que ce qui a fait réagir son syndicat, c’est le plan social qui accompagne le plan de restructuration de la société. On serait donc tenté de comprendre que ces situations de contractuels de 25 ans qui ne se sont jamais considérés comme employés à plein temps ne lui posaient pas problème. Alourdie par ses déficits répétés, dans une situation de liquidité très serrée, et face à une situation financière qui pourrait même poser le problème de la continuité de ses activités, la Sotetel se retrouve depuis plus d’un mois à gérer une situation de refus et d’empêchement de travail.