Comme chaque année à pareille période, les nominations de Pdg et de responsables à différents échelons des entreprises publiques, commencent à pleuvoir, interrompant avec plus ou moins de surprise les vacances des intéressés. Il faut dire que l’été est synonyme en Tunisie, de remaniements, généralement partiels, à la tête de ce qui reste des entreprises étatiques.
Le remaniement ministériel, même partiel, que semblaient annoncer les derniers réajustements de la composition du Comité Central du parti au pouvoir qui n’a pas encore nommé son nouveau Bureau Politique, n’arrivant pas, toute l’attention de la scène politico-économique tunisienne, s’est finalement focalisée sur les nominations dans les entreprises publiques.
R.A.S dans l’industrie, que des départs à la retraite.
Le premier jet de nominations a concerné le secteur industriel, un secteur de production où l’Etat tunisien n’a gardé que quelques positions stratégiques. La plus importante, à notre sens car elle touche une entreprise cotée en bourse, aura été la permutation entre Ahmed Souibgui qui prend la place de Adnene Bel Haj Amor à la tête de la société de transport par pipelines (Sotrapil), et A. Ben Amor qui est envoyé à la société tunisienne de Lubrifiants (Sotulub) en remplacement de A. Souibgui. Une permutation qui pourrait être expliquée par l’échec de Bel Haj Amor à concrétiser «le projet du siècle» pour la Sotrapil que devait être le fameux Pipe de Skhira. Et si ce dernier aura marqué son passage à la Sotrapil par le mauvais calcul du coût de ce Pipe dont le projet tombe désormais à l’eau, le passage de Souibgui dont on sait peu de choses (son ministère n’ayant pas publié son CV et lui-même refusant de répondre à nos questions) à la Sotulub, pourrait augurer d’une nouvelle ère pour cette entreprise mono-produit en bourse. Souibgui aura donc à gérer les conséquences de l’échec de son prédécesseur, avec les actionnaires surtout, et aura aussi et surtout à préparer la nouvelle ouverture de 20 % du capital de la Sotrapil.
Le reste des nominations du secteur de l’industrie ont touché aussi le secteur des mines où les permutations et changements, semblent pour la plupart dictés par des départs à la retraite. C’est ainsi que Romdhane Souid succède, au poste de directeur général des mines, à Ezzeddine Chérif qui part à la retraite après une prolongation de 5 années. Abdelbaki Mansouri, devenu DG de l'Office National des Mines, prend en fait la place de R. Souid qui était à la tête de ce même Office. Khaled Gaddour passe aux commandes (PDG) de la société italo-tunisienne d'exploitation pétrolière (Sitep). Sa nomination fait suite au départ à la retraite de Hassan Alaya. Issu de l’Etap (Entreprise tunisienne d’activités pétrolières) où il était directeur de la production, Lotfi Ghezal devient PDG de la société de développement et d'exploitation du permis du sud en place et lieu de Hassan Ben Hfaiedh qui rentre au ministère de l’industrie. Aymen Mekki devient DG de l'institut national de la normalisation et la propriété industrielle (Innorpi) en place et lieu de Mme Ghayet Almouna Annabi qui a démissionné pour pouvoir ouvrir sa propre pharmacie, et Mme Dorsaf Labidi Zanguar se retrouve DG du conseil national d'accréditation en place et lieu de Aymen Mekki. Elle signe ainsi son retour à la tête de cette institution (Conseil de l’accréditation) dont elle avait supervisé la création.
Le jeu des chaises musicales dans les finances.
Dans le secteur financier, on notera le départ de Mohsen Taleb de la Bourse de Tunis, société privée où il avait le poste de DG, pour se retrouver PDG de la Société financière de gestion (Sofiges), essentiellement intermédiaire boursier et l’une des filiales les plus actives de la STB avec un capital de 5 MDT. Le parcours de M. Taleb l’avait amené de la direction générale du financement au ministère des finances, au Conseil du marché financier. Sa longévité dans ces deux poste avait une moyenne de 2 années et s’il n’a pas fait des étincelles au CMF, il aura au moins marqué son passage à la BVMT par cette ouverture sur la communication que n’avait pas eu le temps d’avoir la société de la Bourse de Tunis du temps d’Ahmed Hadouej avant lui. Il aura dans tous les cas gagné au moins un galon supplémentaire pour sa retraite, puisqu’il passe de DG à PDG. Mohamed Bichiou sera nommé à la direction générale de la Bourse de Tunis en remplacement de Mohsen Taleb. M. Bichiou avait jusque là occupé le poste de DG des études à la BCT (Banque Centrale de Tunisie). Après un bon passage à la direction de la supervision bancaire, il devait effectuer des missions d’assistance technique, pour le compte du FMI, dans certains pays africain. De retour à l’inspection des banques à la BCT, il occupera le poste de DG de la stabilité financière. On lui reconnaît ainsi la technicité financière, la maîtrise des équilibres globaux et sa profonde conviction du rôle que doit désormais jouer le marché financier dans le financement de l’entreprise en Tunisie. Il aura certainement à en faire montre dans le prochain dossier qu’il aura certainement à gérer à la BVMT et qui concerne une plus grande ouverture de la Bourse de Tunis sur son environnement extérieur, surtout en matière de prise de participation des entreprises étrangères dans le capital des entreprises cotées en bourse.
Première des nominations dans le secteur bancaire, celle de Mounir Klibi, «enfant de la boîte », qui se voit propulser Directeur général de la Banque franco- tunisienne (BFT), en remplacement de Chahir Zlaoui. Le passage de ce dernier à la tête du «dernier des Mohicans» des banques privatisables, aura quand à lui été marqué par l’échec de la privatisation de cette banque, lourdement déficitaire et qui traîne un douloureux passé de procès qui constitue encore l’handicap majeur de sa cession.
D’autres nominations semblent se préparer dans les coulisses du ministère des finances et de la BCT. Les plus sûres, semblent aussi concerner les vacances pour cause de départ à la retraite. Selon le scénario le plus plausible, le déclenchement de ce second jet de nominations dans le secteur bancaire, pourrait être le départ à la retraite de Issa Hidoussi de la Best Bank, une banque privée, mais à petite participation publique quand même. Lui aussi est à une année de la retraite, après une première prolongation à la tête de la STB où il avait fait un excellent travail de restructuration financière d’une banque qui traîne encore les séquelles de la fusion en son sein, des deux banques de développement (BNDT et BDET). Laroussi Bayoudh devrait prendre la place de Hidoussi, après accord bien sûr du Conseil d’Administration de la Best où siègent des actionnaires saoudiens.
A la STB, ce serait Abou Hafs Omar Najaï, qui devrait remplacer Laroussi Bayoudh. Najaï reprend donc la STB, avec un passé fort des performances d’assainissement financier au sein d’une Banque de l’Habitat, classée première banque tunisienne en 2006 par Maxula, selon le critère de l’EVA qui en avait fait la seule banque à pouvoir dégager une valeur ajoutée positive. On mettra à son actif aussi, le fait d’avoir bien relevé le taux de provisionnement de la BH et d’en avoir fait la banque qui a enregistré le plus important résultat net de la place en 2007. Tout ce qu’on sait de celui qui devrait prendre le relai de O. Najaï à la tête de la BH, c’est que ce sera quelqu’un de la BCT, qui confirme ainsi le rôle de cette institution comme pépinière de PDG de banques.
Officiellement, toutes ces nominations semblent obéir à la sacro-sainte loi de la permutation dans les responsabilités. Une «loi» qui dispenserait de donner toute explication à tout changement intervenant à la tête de n’importe quelle entreprise. Une «loi» qui empêche aussi qu’on puisse s’expliquer pourquoi «changer une équipe qui gagne», pourquoi maintient tel PDG en fonction alors qu’il a largement dépassé l’âge légal d’admission à la retraite ou encore, pourquoi on maintient une équipe qui ne gagne pas, à surtout quand l’entreprise est en relation directe avec le public, lorsqu’elle est cotée en bourse ou qu’elle gère des deniers publics.
Nous avons donné là de simples éclairages, d’un point de vue journalistique et non informé, officiellement ou non officiellement, des raisons et des critères présidant au choix de tel ou tel profil de direction pour telle ou telle entreprise. Ailleurs, cela ne se fait aussi, mais on joint à la nomination le CV du futur dirigeant, et des «fuites organisées» font qu’on arrive plus ou moins à savoir le pourquoi d’un changement.