C’est à l’unanimité, comme il se doit, que les actionnaires de l’UIB décident que le retard de la tenue de son AGO pour l’exercice 2007, «ne lèse en rien les intérêts des actionnaires», et donne «quitus pour la gestion» de cet exercice. L’exercice a pourtant été lourdement déficitaire (plus de 185 MDT après modifications comptables), les rapports des deux Commissaires aux Comptes (CC) relevaient plusieurs défaillances de tout genre dans cette même gestion. Les deux CC, avaient fini par signer et valider le bilan 2007, en émettant quand même de fortes réserves. Le vote de ces deux importantes résolutions, s’est déroulé le 9 août 2008, plusieurs mois après le délai légal.
Plus de 800 mille DT pour Ahmed Mansour et Noureddine Hajji !
Cette gestion a d’ailleurs été au centre de toutes les discussions, lors de l’inévitable séance des questions réponses, vécue comme un supplice par le nouveau président français du Conseil d’Administration, Bernard David qui en arrivera à demander à l’incontournable et applaudi «Chouaïeb», de terminer son intervention.
Il y a lieu de noter tout d’abord que si la banque était déficitaire, son PNB était déjà en baisse de presque 5 MDT, que ses charges d’exploitation étaient en légère hausse aussi, que les charges générales d’exploitation qui grimpent de 4 MDT en une année (16,7 contre 12,4 MDT), et que les salaires augmentent de plus de 3 MDT en une seule année (30,558 MDT pour la rémunération du personnel en 2007 contre 28,2 MDT en 2006). En parlant de charges, on ne pourra pas occulter cette information : Les honoraires des deux Commissaires aux Comptes, Ahmed Mansour et Noureddine Hajji, ont quadruplé en une seule année et passent de 219 mille DT pour un exercice marqué par le différent sur la certification des comptes et 801 mille DT pour un exercice (celui de 2007) où les bilans ont été certifiés par les deux CC. Questionné, l’un des deux CC nous a indiqué que ce ne sont pas ses honoraires qui ont quadruplé. Questionné aussi sur cette hausse vertigineuse des honoraires des CC, le nouveau DG Kamel Néji a expliqué cela par l’augmentation du volume des diligences à faire pour cet exercice 2007 !!
David le nerveux et Néji l’optimiste.
Cette gestion, avec les honoraires des CC, les salaires des expatriés et la rentabilité de la banque, a d’ailleurs alimenté toutes les critiques de la part des quelques actionnaires dont l’un a carrément appelé (vainement) à refuser toutes les conventions passées entre l’UIB et la Société Générale. De ces conventions avec fort effets financiers, B. David a dit qu’elles vont continuer et les a justifiées, agacé par les questions des journalistes à ce propos, par l’exploitation qui gagne toujours de l’argent !! Habib Bouzouita a ainsi parlé de «faute de gestionnaires incompétents », d’ «échec cuisant des 3 derniers DG qui se sont succédés » à l’UIB et des «actionnaires qui subissent les conséquences de cette gestion désastreuse». Chouaïeb, bien que dans un style déjà consommé mais non moins fortement applaudi, a crié Haro sur la banque qui «n’a rien fait, ni pour l’économie nationale, ni pour le petit porteur » et demande même que les dirigeants de l’UIB voient «un Psy, pour qu’ils apprennent à travailler avec les Tunisiens».
Apparemment dépité et quelque peu nerveux après avoir passé tout le temps à écouter les interventions des petits actionnaires, accoudé à son menton, le président du Conseil, Bernard David, se fera un devoir de défendre les gestionnaires français de la banque. «Ce sont des gens qui ont fait, et continuent à le faire, des carrières nationales et internationales », dit-il en ajoutant que «cette banque n’a jamais perdu d’argent en exploitation. Poussant encore plus loin sa défense, il affirme que «le résultat a été grevé par le provisionnement, dû à des dossiers anciens, pour les trois quarts, et qui existaient déjà lors de l’acquisition». Le nouveau président du Conseil qui n’aura pas pu se retenir plus pour sortir cela, ajoute : «nous avions fait une erreur de diagnostic» !
Plus conciliant vis-à-vis des petits actionnaires (déportés à l’occasion à plusieurs kilomètres du siège de la banque pour les besoins des AGO/AGE), plus réaliste et plus optimiste a été le DG Kamel Néji. Sans chercher à nier les évidences du réel de sa banque, Néji a en effet été, plus et mieux à l’écoute de ses actionnaires, mieux explicatif, parlant avec plus de cœur, des nouvelles perspectives qui se dessinent désormais pour la banque par le plan dela recapitalisation.
Sur l’Etat de l’UIB, Kamel Néji ne nie pas «la dégradation des fondamentaux malgré les acquis … et une situation difficile non corrélée avec l’environnement bancaire». Néji ne cachera pas non plus les «quelques soucis en matière de maîtrise des créances classées, le ratio de solvabilité qui évolue dans une plage négative, et la qualité des services en-deca des attentes». Il sera plus direct et moins sur la défensive que son président du Conseil, lorsqu’il parlera de «l’évolution défavorable du coefficient d’exploitation » et «l’engagement de la direction générale [à rétablir cette défaillance], sans remettre en cause les acquis et le bien-fondé des ressources humaines de l’UIB».
Les mots pour le dire.
Même s’il n’a pas pu encore présenter le business plan qui confirmera la relance de sa banque, Néji parlera avec beaucoup de passion, comme s’il voulait transmettre ainsi la ferveur, qui l’habite à propos du plan de cette relance qui devrait commencer avec la recapitalisation. Il trouvera les mots justes pour évoquer, en langue arabe à la demande de ses actionnaires, la «remise en ordre de la maison», des 220 MDT qu’elle nécessite, du grand effort financier consenti par l’actionnaire français dans cette recapitalisation, et du souci de garantir l’actuel équilibre de l’actionnariat entre Français et Tunisien dans le capital de l’UIB. Son discours sera même applaudi, une première dans cette réunion presque atone et amorphe, lorsqu’il évoquera les perspectives de la banque. On lui passera même son incapacité à dire quand est-ce que la banque distribuera ses premiers bénéfices.
Il n’en reste pas moins et même si cela ressemble pour l’instant à une célèbre chanson de Dalida et d’Alain Delon dont le titre était «Paroles», que le DG de l’UIB promet un total bilan en hausse de 117 MDT en 2008 par rapport à l’exercice 2007 et qui devrait culminer à 3488 MDT en 2012, un ratio de solvabilité qui devrait se stabiliser à 8 à partir de 2009, et un résultat net toujours négatif de 5 MDT cette année, mais qui sera bénéficiaire de 7 MDT l’année prochaine, de 16 MDT en 2010, et qui doublera une année plus tard à 31 MDT, pour culminer à 52 MDT en 2012.