Farid ben Tanfous à la tête de l’Association Tunisienne des Banques : qu’est ce qui va changer?
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Samedi 22 Novembre 2008

4-08-2008 : Farid ben Tanfous à la tête de l’Association Tunisienne des Banques : qu’est ce qui va changer?
par : K.Boumiza.

 « D’abord, il existe une continuité et une capitalisation de ce qui a été accompli par mes prédécesseurs. Donc on va essayer, au niveau de l’APB, d’apporter ou d’établir une stratégie avec une vision et une mission claires. Faire l’analyse de nos forces et de nos faiblesses, ainsi que des opportunités et des menaces, pour mener une action commune pour toutes les banques afin d’améliorer leur image auprès de leur public et de leur clientèle. Notre objectif est aussi, de contribuer à l’amélioration de leur organisation, de leur gestion et de leur structure financière, et aussi d’engager des études et des actions afin de consolider la contribution du secteur au financement de l’économie tunisienne, en s’inscrivant bien entendu dans la politique gouvernementale, telle qu’elle se dégage des plans de développement ».

Monsieur Farid Ben Tanfous, vous venez d'accéder à la présidence de l'Association Professionnelle Tunisienne des Banques et des Etablissements Financiers, qu'est ce qui va changer dans cette institution emblématique du système bancaire tunisien ?

Comme vous venez de le préciser, il s'agit d'une institution fort ancienne et qui a tant contribué au développement du secteur bancaire tunisien aussi, il s'agit en premier lieu de la préserver en capitalisant sur les acquis et les réalisations de mes prédécesseurs. Dans un second temps, je vais essayer en concertation avec mes collègues de la doter d'une vision et mission de nature à lui assurer son avenir tout en tenant compte des exigences et des besoins nouveaux du secteur. Notre objectif est de contribuer dans le cadre d'une stratégie claire ; à élaborer, en se basant sur l'analyse des forces et faiblesses de l'association et des opportunités et menaces, à l'amélioration de son organisation, de sa gestion et de sa structure financière. Tout comme il s'agit de l'amener à arrêter des axes de développement et à définir un plan d' actions ciblées telles que les études stratégiques, et la consolidation du rôle du secteur dans le financement de l'économie tunisienne dans le cadre des orientations de politique générale du gouvernement.

L'APTBEF a surtout beaucoup œuvré pour la formation du personnel bancaire à tel point qu'elle est souvent assimilée à un institut de formation des agents de la banque, cependant que d'autres problématiques intéressant l'ensemble du secteur bancaire, telle que l'amélioration de la qualité des services financiers par exemple, sont dévolues à la Banque Centrale de Tunisie. Quel rôle vous entrevoyez pour l'APTBEF ?

C'est un lieu d'évidence d'observer que la qualité des services financiers est devenue aujourd'hui au cœur des nouvelles exigences de développement de notre système financier. L'observatoire de la Banque Centrale , comme son nom l'indique, est une structure dont l'objectif essentiel est de faire le suivi de l'évolution de la qualité de ces services, au niveau de l'ensemble du secteur bancaire. Cette initiative de la Banque Centrale n'est guère incompatible avec une contribution de l'APTBEF. Bien au contraire, notre association a toujours œuvré de manière complémentaire et a servi de structure de travail du secteur pour contribuer à la concrétisation des objectifs des autorités monétaires. L'important est de parvenir à offrir au citoyen un service minimum de qualité équivalente à ce qui est offert dans les pays développés.

Précisément, n'est ce pas là la mission du secteur représenté par l'APTBEF et non la Banque Centrale  ?

L'observatoire est une structure qui est placée sous l'autorité de la Banque Centrale. Toutes les actions transversales concrètes sont actuellement mises au point et suivies par notre Association Professionnelle. Il n'y a donc pas de contradiction ou d'anomalie à ce niveau là. Comme dans la plupart des autres pays, l'observatoire est une structure qui a un rôle d'observation et de suivi qui reçoit les doléances des clients et des citoyens et qui lui appartient éventuellement sur la base de ces doléances à faire des recommandations à l'ensemble du secteur pour améliorer la qualité de services citoyens en matière de processus des opérations, des délais de traitement des dossiers et de réduction des défauts. Il n'y a donc guère d'incompatibilité entre les différentes institutions. L'important à mon avis, est que l'APTBEF déploie des efforts accrus en cette période d'ouverture à la concurrence internationale, pour développer des actions communes qui sont de nature à élever le niveau de prestation de notre système financier. Outre les efforts qui doivent être fournis par chaque établissement financier, il s'agit de tirer parti des synergies qui résultent d'actions communes et concertées.

L'APTBEF a presque toujours adopté un profil bas et n'a guère cherché à jouer véritablement son rôle de corporation patronale. Ne peut-on pas envisager de voir un jour cette corporation émerger comme une autorité à part entière sur la place financière ?

Entendons-nous clairement, l'APTBEF n'est pas une « autorité » et n'espère guère de se substituer aux autorités monétaires existantes. Comme l'indique son nom, l'Association Professionnelle Tunisienne des Banques et des Etablissements Financiers a vocation à représenter le secteur, à engager des actions communes en son nom et à contribuer au développement de la finance tunisienne en tant qu'acteur stratégique du développement. Notre corporatisme se veut moderne et cherche surtout à tirer le meilleur parti de la coopération entre banques.

Maintenant, en tant qu'association qui défend les intérêts des établissements des crédits, nous sommes à l'évidence, partie prenante dans les négociations salariales. Mais le plus important ce sont les actions qualitatives, qui sont et qui peuvent être menées par l'APTBEF. Comme vous l'avez souligné au début, il y'a une grande réussite, celle de la formation professionnelle où il y'a des choses qui doivent être consolidées et adaptées aux exigences nouvelles du secteur. D'autres actions transversales ou mutualistes ont été également accomplies. On pourrait ici citer la SIBTEL , Tunisie Monétique ; Transport des fonds mais il y'a aussi les études sectorielles qui ont été menées. Pour l'avenir, nous allons axer nos actions sur la qualité des services des banques et l'amélioration de l'image de marque des banques et la mutualisation d'autres opérations qui intéressent toutes les banques et Institutions financières.

Et vous en tant que président, qu'escomptez-vous apporter de nouveau à cette vénérable institution ?

Nous sommes en train de mener une réflexion à ce niveau. Ce travail de réflexion est du reste l'affaire de l'ensemble de la profession. Nous allons ensuite essayer de mettre en place une stratégie pour les prochaines années ; une stratégie à la hauteur des enjeux auxquels doit faire face la finance tunisienne. L'alternance au niveau des structures de gouvernance de l'APTBEF doit être mise à profit pour adapter la mission de l'association à un contexte nouveau et en changement constant.

Pouvez-vous nous dire de manière plus concrète ce que vous allez entreprendre dans le cadre de l'APTBEF?

L'apport primordial de l'APTBEF est la formation et l'élévation du niveau de compétences des ressources humaines du secteur bancaire. Il va falloir consolider cette activité et l'adapter aux besoins nouveaux d'un secteur bancaire de plus en plus concurrentiel. Il nous semble qu'il est temps de préciser de quelle formation on a besoin pour l'avenir ; doit-on continuer à donner une formation classique ou opter pour une formation d'un niveau plus élevé ? Il y a ensuite la question de l'amélioration de la qualité des services financiers. C'est en fait l'impératif nouveau qui s'impose à tout le secteur et qu'il s'agit de relever sous peine de voir la finance tunisienne rester à la traîne. Il y a également le chantier relatif aux nouvelles normes de Bâle (Bâle II). C'est un vaste chantier qui requiert énormément de travail et très probablement, des années de travail pour atteindre des niveaux acceptables sur ce plan. Il y a aussi la question de la sécurité bancaire, notamment la sécurité informatique qui se pose en termes entièrement renouvelées en raison du haut niveau de développement et d'utilisation de l'outil informatique dans le développement de la finance tunisienne. A cela, il y a lieu d'ajouter le souci constant d'amélioration du climat social dans le secteur ainsi que la consolidation des acquis à travers les conventions collectives qui doivent demeurer le cadre idéal de traitement des relations sociales avec les cadres et les employés du secteur bancaire.

Est-ce que le président de l'APB est satisfait de la situation financière du secteur bancaire tunisien ?

On ne peut jamais être satisfait à 100%, car on n'est jamais dans une situation parfaite. Je peux cependant vous affirmer que le secteur connait des améliorations très consistantes. Depuis les réformes qui ont été menées à partir 1987 sous la houlette de la Banque Centrale de Tunisie, le secteur bancaire a franchi des pas géants en termes de restructuration financière, de consolidation de l'assise financière, d'amélioration des qualités de service et de qualification des ressources humaines qui sont disponibles ainsi que en termes de couverture des « créances accrochées ». D'autres avancées restent à accomplir car la santé financière du secteur est le fruit d'un effort constant et ininterrompu.

Que faire selon vous, pour limiter l'impact, qui peut être parfois négatif, de la concurrence internationale sur le secteur bancaire tunisien ?

A mon sens, il faut poursuivre, en accélérant le rythme, l'œuvre réformatrice initiée en 1987. Il s'agit notamment d'achever la bonne couverture des créances non performantes, d'accélérer l'implémentation des dispositifs de Bâle II, consolider le contrôle interne, d'améliorer encore la gouvernance des banques. Il est également impératif d'accélérer la refonte des systèmes d'information des banques. La question revêt aujourd'hui une grande acuité ; il ne nous reste que trois ans pour le rendez-vous de Bâle II.



Réaction(s) à l'article de la part de :

J. Boukadida  
R khadija  
abichou farid  
salem b salem  

 

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