L’agence de notation Fitch Ratings, vient d’abaisser les notes nationales, à long terme et à court terme de la Société Chimique Alkimia. Ce faisant, elle rend la perspective de la note à long terme négative. Alkimia sera ainsi, la première entreprise tunisienne qui sera frappée et de plein fouet, par la conjoncture internationale, dans ce qu’elle a d’augmentation des prix du pétrole essentiellement. Selon l’agence, cet abaissement «reflète les graves menaces que la conjoncture actuelle fait peser sur les activités de la société ». Cela, aurions nous pu dire à la vue des résultats de 2007, était attendu. L’exercice 2007 s’était en effet achevé avec un résultat de 954 411,914 DT, contre 7 894 631,677 pour l’exercice précédant. Alkimia avait pourtant, comme elle l’explique dans son bilan 2007, réussi à imposer à ses clients des révisions régulières des prix de vente en 2008 (au lieu d’un prix annuel fixe).
Pour l’agence de notation, «l’augmentation continue des prix des matières premières, principalement l’acide phosphorique qui entre pour 45% dans le coût d’exploitation de la société, pourrait encourager les producteurs de détergents à dé-formuler, compromettant ainsi les résultats de la société».
Il faut noter ici que le prix de l’acide phosphorique a atteint 2300 dollars en juillet 2008, contre 492 dollars seulement à fin décembre 2007. Ce prix devrait rester à des niveaux record jusqu’en 2010, selon les experts.
Où est le risque pour Alkimia ?
Les préoccupations de l’agence sont renforcées par le profil mono-produit de la société, et la forte concentration de ses ventes. En effet, Procter & Gamble représentait à lui seul, 62% des ventes en 2007. Alors que le projet de développement de la production de sulfate de sodium dans le Sud de la Tunisie permettrait à la société de renforcer son profil opérationnel, l’évaluation initiale du coût de 50 MDT est élevée et pourrait affecter les ratios de crédit si une part importante est financée par dette. L’agence souligne les incertitudes qui entourent la réalisation de ce projet pour lequel aucun schéma de financement n’a été encore retenu. Selon les estimations de la société, ce projet contribuera à hauteur de 18 MDT aux revenus, et de 6 MDT à l’EBITDA.
La perspective négative reflète les préoccupations de l’agence quant au risque opérationnel qui pèse sur Alkimia en raison de la persistance des pressions inflationnistes, et des implications du projet de sulfate de sodium sur le profil financier de la société, si une large part est financée par dette.
L’agence tempère ensuite son jugement en mettant en exergue «la position concurrentielle d’Alkimia sur le marché du STPP dans la région MENA, et les bonnes relations commerciales qu’elle entretient avec les principaux producteurs mondiaux de détergents, Procter & Gamble (‘P&G’), Unilever et Henkel ». Elle pointe aussi, dans cette même démarche tempérant un jugement quelque peu alarmiste, «la liquidité adéquate de la société et son endettement limité qui amortissent sur le court-terme l’impact d’un environnement opérationnel perturbé ».
Un jugement, toujours nuancé.
Analysant ensuite les résultats financiers de l’exercice 2007, l’agence de notation attire l’attention sur les marges d’Alkimia qui « ont été lourdement grevées par les augmentations des coûts d’exploitation ». La marge sur EBITDAR est en effet passée à 4,7% en 2007 après 9% en 2006 et la marge nette à 0,8% après 6,7%.
Nuançant encore son jugement sur cette entreprise cotée en bourse, Fitch souligne cette «gestion plus rigoureuse du BFR qui a permis à la société d’améliorer son cash flow malgré le maintien d’un niveau de dividendes élevé (4,5 MDT) et le paiement de la deuxième fraction de l’augmentation de capital de Kimial Spa (3,6 MDT) ». Elle note aussi que «la dette nette ajustée a baissé à -1,9 MDT à fin 2007 comparée à 0,3 MDT à fin 2006 et par conséquent le ratio de dette nette ajustée /EBITDAR a diminué, passant de 0 à fin 2006 à -0,3 à fin 2007 ».