Le pétrole augmente toujours et l’essence à la pompe en Tunisie aussi. Il faudra même, maintenant s’habituer et apprendre à vivre avec une essence chère. Les prix augmentent et augmenteront certainement encore, à l’hypermarché et chez l’épicier comme, chez le promoteur immobilier, comme chez le concessionnaire de voitures. Il faudra s’y habituer et apprendre à faire avec. En attendant les prochaines augmentations des prix et peut-être, si les partenaires sociaux se mettent d’accord, les prochaines augmentations salariales, 3 questions essentielles se posent.
D’abord, comment la Tunisie fait-elle pour tenir le coup, face à ce nouveau choc pétrolier et les augmentations sans fin des denrées de base et des matières premières ?
C’est à ne rien comprendre !
A première vue, on serait tenté de répondre, qu’on n’en sait rien, tant le manque de communication officielle à ce sujet est encore flagrant. Malgré les déclarations tranquillisantes de quelques ministres à propos de la situation économique en Tunisie, l’opinion publique n’arrive pas encore à s’en convaincre. Elle est, à l’écouter comme savent le faire les journalistes, il y aurait encore «anguille sous roche» et le gouvernement cacherait toujours quelque chose et ne dit pas encore au peuple la réalité des choses. Comment la Tunisie fait-t-elle pour s’en sortir ? Seul le gouvernement le sait et ce ne sont pas les quelques augmentations de certains prix qui changeront la donne, tant ce même gouvernement bombarde en même temps tout le monde par les chiffres de la caisse de compensation. D’ailleurs, officiellement par exemple, les augmentations des prix des carburants sur le marché local, ne couvrent que 20 % de l’écart entre le prix local et le prix international ! D’où viendrait donc l’argent permettant au gouvernement de combler ce gap ? Comment fait aussi le Tunisois pour supporter -comme il le fait- le coût de la vie et continuer à pousser la porte d’un des hypermarchés avec un Caddy et en sortir avec deux caddies pleins de tout et de rien ? Comment fait le Tunisien pour faire face à une inflation de presque 6 % et des prix, dans les grandes surfaces, dont l’augmentation est avérée par enquête du ministère du commerce ? Comment fait-il pour supporter le coût croissant de l’essence pour son transport, sans réduire ses trajets, ou opter pour le bus ou le métro ? Officiellement, le taux de la pauvreté est toujours de 4 %, et l’endettement des familles n’est pas inquiétant selon la banque centrale. Le taux de chômage a diminué, certes légèrement de 0,1 % seulement, mais il l’a fait quand même. Officiellement aussi et selon les derniers chiffres, tout aussi officiels, l’évolution des salaires sur la période de 2005 à 2007, a été de 3,2 % et l’évolution ou l’amélioration du pouvoir d’achat au cours de la même période a été de 2 %. Dans tout cela, force est dire qu’on n’y comprend rien, tant les chiffres et les faits, sont en contradiction avec les déclarations.
Que fait le gouvernement et que peu-il faire ?
Seconde question à s’imposer : Qu’envisage le gouvernement tunisien pour faire face à cette situation? Mais d’abord ne vaudrait-il pas mieux poser la question de savoir s’il peut faire quelque chose. Visiblement rien, contre les hausses continuelles des prix de toutes les matières, premières, et de base. Il ne pourra pas toujours se retenir de répercuter ces hausses localement. Il ne pourra pas, non plus, diminuer la consommation des hydrocarbures, même s’il y appelle, tout en poussant à l’investissement et en préparant de grands projets. Il ne peut pas non plus, trop compter sur une diminution de la consommation domestique des hydrocarbures, alors qu’il sait qu’il n’a pas mis à disposition le transport qu’il faut, que le gaz naturel ne peut pas être dans tous les foyers, et que le « solaire » reste trop cher.
Peut-il toujours empêcher que les industriels ne répercutent les augmentations internationales sur leurs coûts locaux et que les commerçants ne le fassent à leurs tours pour le consommateur ? Il le pourrait, mais au risque de mettre en péril son propre tissu industriel et entrepreneurial.
Pour la suite, on n’en sait pas plus et rien ne semble filtrer de la stratégie du gouvernement à cet égard. Ceci, si l’on excepte bien sûr, les actuels efforts de rééquilibrage de la compensation du pain et des produits alimentaires en général où les taux de compensation varient entre 29 % pour la farine et 48 % pour l’huile végétale. On y ajoutera aussi les mesures présidentielles en faveur de la céréaliculture (augmentation des surfaces emblavées amélioration de la productivité du secteur).
Le gouvernement évoque aussi un plan d’économie d’énergie, dont on voit peu les effets sur les prix, et pour la promotion de la prospection, bien qu’il n’arrête pas de dire que cela prendra du temps et ne pourrait que contribuer à l’équilibrage de la balance de l’énergie entre production et consommation.
Le gouvernement évoque aussi la nécessité d’augmenter la productivité qui participe maintenant à hauteur de 47 % à la croissance, et les investissements. Il indique pourtant que l’investissement continu à progresser, comme en témoigne l’évolution de la part de l’investissement privé, passée de 55 % en 2004, à 60 % en 2007. Il évoque aussi la nécessité d’augmenter le rythme de création de nouveaux emplois.
Mais, disons le, ce n’est là qu’un calmant et ne résoudra pas la problématique de la hausse massive des prix des intrants nécessaires à l’industrie tunisienne de transformation, y compris l’agroalimentaire et même l’alimentaire, quand on sait que la viande rouge, le lait, la viande blanche et les œufs par exemple, nécessitent des matières de base dont les prix augmentent toujours !
Et maintenant ?
Questionné par un journaliste si l’on ne devait pas «serrer la ceinture », lors d’une rencontre informelle, le premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi qui parlait de la situation économique de la Tunisie et de ses perspectives, a été catégorique pour dire non. Ce n’est donc pas la bérézina mais. Pourquoi en fait ce mais ?
Il est là en fait, pour signifier que la Tunisie, avec toutes ses composantes, économique et sociale, se doit de rester vigilante et pourquoi pas se préparer à d’autres scénari. Le pays doit, en tous cas, s’habituer dès maintenant à de nouveaux niveaux de prix, et apprendre peut-être, à conjuguer prix et pouvoir d’achat. Il doit adopter un nouveau mode de vie où la consommation devra devenir plus raisonnable.
Plus d’un expert diront que l’activité économique est entrée en Tunisie, et depuis le second trimestre 2007, dans une phase de décélération douce, et que la croissance économique tunisienne devrait décélérer à son tour pour se limiter peut-être à 5,3 % pour l’année 2008 en cours. Ils diront aussi, que les échanges extérieurs de la Tunisie devraient aussi sensiblement ralentir pour la même année, au moins à cause de la baisse de la croissance de l’économie mondiale. Ils diront aussi, que l’inflation ne devrait pas terminer 2008, avec un taux inférieur à 5 %, ce qui est déjà meilleur que l’année 2007 et tout au mieux se situer à 4,5 %. Pour 2008 donc les finances publiques tunisiennes resteraient soumises aux contraintes du grand dilemme des arbitrages entre un seuil soutenable de subvention et de compensation, et l’ampleur des ajustements des prix administrés qui doivent rester tolérables. Pour l’instant, le gouvernement tunisien semble avoir accepté et fait accepter, sans le dire publiquement, un taux de croissance moindre que celui prévu dans le budget 2008 et un taux de déficit un peu au dessus de ce qui est aussi prévu dans le même budget .
Nonobstant ces contraintes, il continue à affronter la houle, tel un timonier courageux et soucieux du devenir de sa barque, corrige le cap à chaque vague déferlante, mais sans pouvoir éviter à ses passagers le mal de mer, ni même les paniquer. Ce timonier demanderait pourtant à ce qu’on l’aide, pas plus de travail, de labeur, de productivité et d’investissement économiques et solidaires et surtout de compréhension de ses contraintes et d’un coup de main pour arriver au bon port de la bonne croissance pour tous