Tunisie : Gérer simplement la crise ne mènera pas très loin.
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Samedi 11 Octobre 2008

10-07-2008 : Tunisie : Gérer simplement la crise ne mènera pas très loin.
par : K. Boumiza.

Le prix du pétrole augmente et ne donne aucun signe d’apaisement. La moindre répercussions sur le Tunisien et elle ne sera pas la seule, a été la dernière et cinquième augmentation du prix de l’essence. Les prix des matières de base flambent et quoiqu’en disent les officiels, le coût de la vie pour les citoyens, augmente aussi. Les prix des matières premières augmentent aussi et ne donnent pas, non plus, de signes de repli. Tout augmente aussi  pour l’entreprise qui ne tarde ou ne tardera pas à tout répercuter sur le consommateur final.

Aux augmentations succèdent les augmentations !

La Tunisie qui est essentiellement une économie de transformation, aux ressources pétrolières limitées, nous dit-on, au ressources en matière de base limitées aussi et aux ressources en matières premières, tout aussi limitées, donne jusqu’ici l’impression de gérer, sans autre. D’année en années en effet et depuis 2004 (date de début de ce troisième choc pétrolier), la Tunisie n’a vraisemblablement cherché qu’à colmater les brèches. D’année en année en effet cette politique de gestion du choc pétrolier, ne se serait axée que sur deux points. En premier lieu et en axe majeur, une recherche inquiète de ses équilibres globaux et cela essentiellement à travers les augmentations des différents prix (essence, matières de base et matières premières). Le fardeau en devient tellement lourd (1000 MDT de compensation), que le gouvernement se trouve dans l’obligation de revoir sa copie et de recourir  à une loi de finance complémentaire, cet été très probablement. On ne saurait d’ailleurs lui en vouloir, tant le poids de la caisse de compensation, pèse sur ses équilibres, budgétaires, financiers et autres. Pays aux ressources limitées, la Tunisie se devait pourtant (et elle n’avait pas tort, même selon les instances économiques internationales) de manager une politique économique à fort accent social.

Il se trouve cependant, que les augmentations succèdent aux augmentations, dans une spirale sans fin. Le gouvernement tunisien aura beau essayé de faire pressions sur tous les opérateurs économiques pour ne pas augmenter leurs prix, il aura beau fait d’augmenter le taux des réserves obligatoires, pour essayer de freiner la course des crédits, rien n’y semble faire. Selon les derniers chiffres de l’INS (Institut National de la Statistique), toutes les composantes d’un panier de la ménagère, même encore erroné à cause de sa base 2000, n’ont pas pu faire autrement que d’augmenter. 0,9 % pour l’habitation, 0,7 % pour l’habillement, 0,1 % (bizarre avec toutes les augmentations des prix du carburant et des prix des voitures à cause de l’euro !) pour le transport, ont été les grandes hausses de l’indice des prix à la consommation pour le mois de juin 2008. Ceci eut pour résultat une inflation qui flirte encore avec les 6 % (5,6 % pour être exact), et dont les effets se font ressentir d’autant plus que les augmentations salariales se font attendre à cause de l’entêtement du syndicat ouvrier à donner la priorité aux question du statut et des avantages de ses cadres négociateurs. Ces augmentations salariales tant attendues, portent en elles  aussi le germe d’une spirale inflationniste.

Le dilemme de la communication.

Ce souci de l’impact social, a jusqu’ici fait que le gouvernement tunisien adopte un profil bas en matière de communication sur la gestion de cette crise. Il se refuse à dire que la situation est grave et à adopter une communication de crise. Sa communication est sporadique et conjoncturelle. Ce genre de communication donne plus l’impression de préparer des augmentations, Il aurait fallu dire aux citoyens, qu’ils soient consommateurs ou producteurs, à témoin pour les phases à venir, et les préparer aux décisions financières et économiques qui découleront de ce nouveau choc pétrolier international. Le gouvernement tunisien n’arrête pas non plus, pour des raisons qui échappent au commun des mortels, de dire que «tout va bien», que la croissance continue, que les exportations augmentent, même à un taux à deux chiffres, que les réserves en devises augmentent aussi, que le déficit ne dépassera pas les 3 % et ainsi de suite. Un discours aux relents plutôt anesthésistes, dont les effets endorment le sens du danger pour le consommateur et font qu’il n’arrive pas encore à  comprendre les augmentations des prix et l’inflation, et qui met aussi et surtout le gouvernement en face d’un partenaire social, le syndicat ouvrier, qui fait  du «tout va bien » dans ses déclarations officielles, un moyen de négociation qui pourrait aggraver la spirale inflationniste.

Indéniablement donc, il y a un problème de communication chez le gouvernement tunisien. Il ne veut pas dire que «ça va mal», et crier ainsi aux difficultés.  Il lui arrive de le faire, c’est surtout dans des cercles fermés et devant une presse à qui on demande, soit de ne pas citer le premier responsable, soit de s’attribuer l’information, sans aucun document chiffré si ce n’est ceux du ministère des finances distribué avec une modération qui ne sied pas au caractère brulant de l’actualité. Le gouvernement ne peut pas, non plus, continuer à laisser croire que tout va bien, car ce même gouvernement souffre pour joindre les deux bouts et trouver les ressources financières nécessaires, autrement que par l’endettement extérieur. Il lance en même temps une «campagne» de communication pour la maîtrise des dépenses de l’énergie. Il ne le fait pas directement, mais à travers une ODC (Organisation pour la défense du consommateur) à peu de crédibilité, tant elle ne fait que donner des conseils et oublie son premier rôle de défense du consommateur. Plus de crédibilité à ce propos ne serait propre le panache de cette organisation, mais permettrait de crédibiliser les campagnes de maîtrise des dépenses de l’énergie, campagnes dépourvues des moyens  qui en garantiraient les résultats.

Dernière chose à remarquer, même si c’est, peut-être là aussi, à cause du manque de communication, le gouvernement tunisien gère cette crise au quotidien et ne semble pas rechercher, soit la parade, soit l’alternative, soit la solution finale. Exception faite du projet de centrale nucléaire, prévu pour 2020 (qui vivra verra) , aucune solution à cette crise n’est donnée . On engage toujours le citoyen, qui n’a pas encore la vraie mesure de cette crise, à diminuer sa consommation. Presque rien n’est fait pour utiliser à fond le solaire (ah oui on en oublie le chauffage de l’eau) pour produire l’électricité, presque rien du côté de l’éolien (sauf des projets qui sont jusqu’ici de simples annonces de presse) et presque rien du côté du transport en commun, sauf des discours sur des projets qui ne viendront qu’après. Ce qu’il faudrait, c’est soi tirer franchement la sonnette d’alarme, soit apporter des solutions immédiates. Dans tous les cas, il faut toujours communiquer mieux et plus et en toute franchise et clarté.



Réaction(s) à l'article de la part de :

Hatem Karoui  
Guiza Sami  
Tahar HICHERI  
Mohamed Amin  

 

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