Presque à chaque année en pareille période, les industriels marocains du cahier, entament une campagne médias contre le cahier scolaire tunisien. Par méconnaissance des mécanismes de fabrication et de commercialisation de ce cahier en Tunisie, les industriels marocains, lèvent chaque année le bouclier du «dumping» et de la «concurrence déloyale» contre l’industrie tunisienne dont les exportations au Maroc augmentent d’une année à l’autre. «Les cahiers scolaires tunisiens, sont très compétitifs et inondent le marché marocain », avouent les professionnels marocains sur les colonnes de notre confrère afrik.com. «A même qualité, les prix diffèrent fortement. Un cahier tunisien de 48 pages coûte 0,90 dirhams (soit 0,07 euros) contre 1,20 dirham pour le Marocain (0,10 euro). Les importations ont été multipliées par plus de 10 en trois ans, passant de 400 tonnes de cahiers en 2004 à 4 500 en 2007. Celles-ci devraient même atteindre 12 000 tonnes cette année». Joint par Afrik.com, Aziz Qadiri, président de la fédération marocaine des industries forestières, des arts graphiques, et de l’emballage (FIFAGE), qui regroupe les professionnels opérant dans les activités du bois et du papier, affirme que les «Tunisiens importent du papier que l’Etat subventionne avant de le transformer et d’en exporter l’excédent au Maroc » à des prix défiant toute concurrence.
Joints par Africanmanager, des sources officielles du ministère tunisien du commerce affirment au contraire que «les industriels tunisiens importent le papier pour leur propre compte et que ce papier n’est d’aucune manière et à aucun stade, compensé». Selon ces mêmes sources, «le papier compensé est fourni aux industriels tunisiens pour seulement quatre références de cahier, vendus uniquement sur le marché local et avec un contrôle rigoureux des quantités écoules sur ce marché local».
La preuve irréfutable du filigrane !
Ce ferme démenti des allégations de dumping, sous tendant la levée en bouclier chaque année, par deux fabricants marocains, essentiellement la Conapa et la Safripac qui contrôleraient quelque 70 % du marché marocain du cahier scolaire) à travers la Fifage, est confirmé par le principal exportateur tunisien en la matière. Selon une source officielle de la Sotefi, «le papier compensé est utilisé pour les 4 références du marché local, comporte en filigrane, la mention «Wa Ma» écrite en langue arabe pour signifier que c’est un papier compensé. Il est donc possible à tout un chacun et en premier lieu la douane marocain, de vérifier si c’est bien ce papier qui est utilisé pour le cahier exporté sur le Maroc».
La Sonéfi, il faut le préciser, ne détient, selon la même source, que 10 % du marché marocain. Toutes les exportations tunisiennes et contrairement à ce qu’affirment les Marocains sur les colonnes de notre confrère Afrik.com, ne représentent qu’un total de 15 à 20 % du marché marocain des cahiers scolaire et non 35 à 40 %. Cela est aisément vérifiable par les chiffres des douanes des deux pays.
Les Tunisiens et le ministère marocain démentent les professionnels marocains.
Répondant ensuite à l’argument de Aziz Qadiri, qui indique - parlant certainement des règles d’origine - qu’en vertu des accords de libre-échange, les tunisiens « ne doivent réaliser qu’une valeur ajoutée de 40% », le représentant de la Sotefi précise que les industriels tunisiens importent essentiellement de l’Europe ou s’approvisionnent auprès de la société SNCPA de Kasserine (centre ouest de la Tunisie), du papier non filigrané au prix réel du marché international et respectent donc bien les règles d’origine». L’année dernière, à pareille époque, le ministère marocain du commerce extérieur avait, démenti les dires des producteurs marocains et affirmé, toujours selon notre confrère, que l'«on ne peut pas réagir sur la base de rumeurs et d'allégations qui ne sont pas étayées par des faits. Le cahier tunisien est effectivement subventionné pour le marché local mais rien ne prouve qu'il l'est à l'export».
La Concurrence tunisienne ? Une question de maîtrise du process de production !
Que reste-t-il à dire alors ? Seulement que si le cahier tunisien est concurrentiel, c’est grâce essentiellement à la maîtrise du process de fabrication qui, complètement automatisé, permet d’énormes gains de coûts. L’industrie tunisienne dans ce secteur, et contrairement à l’industrie marocaine, est passée par plusieurs plans de mise à niveau pour la modernisation de l’outil de production. Ce ne semble pas être le cas de l’industrie marocaine.
Le Maroc importe par ailleurs aussi du cahier scolaire, d’Indonésie, de Chine et d’Europe. On n’a pas encore vu de campagne médias contre les produits de ces pays là !