Tunisie : Suspense, frayeur et délivrance à la Stip !
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Vendredi 21 Novembre 2008

1-07-2008 : Tunisie : Suspense, frayeur et délivrance à la Stip !
par : K. Boumiza.

C’est dans une salle presque vide (même les intermédiaires boursiers  ne semblaient plus intéressés par le sort de cette entreprise), d’un hôtel loin de la capitale, que se sont déroulées les assemblées générales (ordinaire et extraordinaire) à rebondissement, de la Stip (Société tunisienne des industries pneumatiques). En présence des deux actionnaires étrangers (la Banque islamique de développement et l’industriel italien Pirelli) et dans une salle où seul le podium était fourni, le rapporteur de la séance a commencé à égrainé les résultats de l’entreprise.

Entre somnolence et indifférence, ils se réveillent à la prime de présence.

Le résultat, déficitaire de 17,9 MDT comme attendu, n’a semblé étonner personne, à tel point que le représentant de la Bid bercé par les vagues d’air frais du climatiseur a finit par s’assoupir assis derrière la table des membres du conseil d’administration. Rien ne semble perturber la sérénité de ce conseil dont la réunion préparatoire des AGO/AGE avait retardé ces assises de plus d’une demi-heure, même pas la lecture du rapport du commissaire aux comptes qui annonçait des capitaux propres négatifs de plus de 47,6 MDT et la menace de dissolution anticipée de l’entreprise. Ni le Pdg Hédi Dridi, ni la représentante de la STB, ni celle de la Stia, ni celle de la BTK, ni celui de la Stusid, ni ceux des actionnaires étrangers, ne semblaient inquiets et encore moins apeurés face aux pertes cumulées de 64 MDT. Ils prendront pourtant une mine un peu dérangée, presque écœurée,  lorsque l’un des présents à la salle leur demandera «comment pouvez-vous discuter de la prime de présence, alors que l’entreprise est menacée de dissolution» ? Impassibles, ils voteront pourtant cette résolution. Impassibles ils l’étaient aussi face aux complaintes de l’un des actionnaires, qui manifestait la déprime des petits actionnaires et se demandait où sont les responsabilités. Il aura, après moult explications sibyllines, la réponse du Normand, sous forme d’un dicton arabe qui voudrait dire «qu’à force de vouloir blâmer et condamner on finit, de guerre lasse, par excuser». Personne n’évoquera pourtant la responsabilité directe de cette banque publique, dans le crash boursier de la Stip, à son entrée en bourse, lorsque cette banque avait décidé de vendre un important lot de ses actions pour en tirer profit à la faveur de sa nouvelle cotation !

Suspense et frayeur à l’abstention de la Bid et de Pirelli !

Mais le clou de la réunion et son point de rebondissement jusqu’à la frayeur, a été le vote du plan de redressement financier de l’entreprise. Notons d’abord, que ce plan n’est pas le premier dans l’histoire de l’entreprise. La Stip en avait connu un premier en 1989, celui par lequel cette entreprise publique avait été requinquée et remise à flot, pour être introduite en bourse.

Ce deuxième plan, prendra la forme d’un coup d’accordéon qui réduira le capital de la Stip de 70 % de sa valeur et ramènera l’action Stip de 10 à 3 DT. Cette opération a pour objectif d’absorber les pertes de l’entreprise, avant d’augmenter le capital de plus de 42 MDT en numéraire par la création  de plus de 14 millions nouvelles actions de 3 DT, à libérer intégralement à la souscription, pour rembourser partiellement les dettes de la Stip. Le plan comprend aussi consolidation d’un crédit de 40 MDT, l’abandon de 16 MDT en dettes bancaires, la réalisation d’une deuxième augmentation de capital en numéraire de plus de 5,2 MDT à libérer intégralement, une seconde consolidation en 2010 du crédit de 40 MDT pour dégager un nouveau crédit de 50 MDT et la transformation, en 2010, de la participation des banques en prêt participatif au profit des nouveau actionnaire. Un plan de redressement plus nocif (à notre sens), pour le petit actionnaire, qu’une simple OPR. En effet, à ce prix, peu des 10 % du flottant de la Stip, auront la capacité de suivre les méandres de ce plan de redressement, trop cher pour eux et où ils laisseront, à ne pas en douter, des plumes. Le Pdg en est conscient, mais ne peut rien faire, l’épée de Damoclès de la dissolution étant dressée sur sa tête. Vu comme cela, il n’y aurait pas de surprise si le flottant diminue et que les 10 % de la Stip à la bourse diminuent drastiquement. A la Stip, un plan B en tous cas est envisagé. Le Pdg Hédi Dridi parle d’éventuels autres investisseurs libyens et saoudiens qui seraient tentés d’entrer dans le capital et les contacts avec eux seraient en cours.

Jusque là, tout allait bien. Ce n’est qu’au moment du vote des résolutions concernant ce coup d’accordéon, que la panique s’installe et que l’AGE frôle l’annulation du plan de restructuration financière, ce qui ferait revenir la Stip au point de départ. En effet, au  moment du vote, les deux représentants, de la Bid et de Pirelli, décident l’abstention. Ce n’est pas le vote contre, mais ce n’est pas l’OK attendu, non plus. Le hic, c’est que ce genre de résolution a besoin des deux tiers des voix présentes, pour passer. Le corum moins les voix de ces deux actionnaires, ne permettait pas de faire passer ces résolutions.

Où est le business Plan, demande La Bid ?

Prié de s’expliquer sur son abstention, le représentant de la Bid mettra d’abord en exergue l’importance de «la bonne gouvernance et l’équité», pour dire que «tout plan d’assainissement qui n’est pas basé sur ces deux principes [qui lui semblaient absents] nous mettrait mal à l’aise». Il évoquera aussi «la différence [que créé ce plan d’assainissement] entre les actionnaires créditeurs et les créditeurs » tout court. «Des créditeurs qui n’ont pris aucun engagement qui permettrait de comprendre qu’ils soutiendront le fardeau de la dette de restructuration ». Et d’ajouter en guise de coup de sommonce, « ce plan tel qu’il est fait, ne peut pas attirer d’autres investisseurs, si les banques ne s’engagent pas d’avantage», dit-il avant de demander «où est le business plan ? Moi je n’en ai pas vu» !

Son intervention, appyuée du silence complice du représentant de Pirelli qui refusera de s’expliquer à notre demande, sème la panique chez l’assistance et sur le podium du Conseil d’Administration !

Voulait-il vraiment arrêter le plan de restructuration, ou juste mettre la pression sur la direction de l’entreprise ? Toujours est-il que quelques minutes de frayeur après, sous le silence incrédule de la salle, le même représentant du Bid reviendra sur son abstention, puis quitte la salle, à la fin de l’AGE, sans vouloir donner de déclaration. Le plan de restructuration de la Stip est ainsi voté. Mais il s'en est fallu de peu !



Réaction(s) à l'article de la part de :

DRIDI Mohamed Hèdi  

 

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