Une organisation internationale de lutte contre la corruption a exhorté le Kenya à ouvrir une enquête sur la cession controversée d'un grand hôtel à des investisseurs libyens.
Les conditions de vente du Grand Regency, un hôtel 5 Etoiles du centre commercial de Nairobi (CED), sont au centre d'un important scandale financier.
Ce dernier avait été déclenché par une déclaration du ministre des Finances, Amos Kimunya, annonçant que le gouvernement avait cédé l'hôtel la semaine dernière à des investisseurs libyens, suscitant des réactions de Kenyans de tout bord qui exigeaient la démission du ministre.
M. Kimunya a confirmé vendredi que l'hôtel avait été vendu à une compagnie appartenant au gouvernement libyen, la Libyan African Arab Investment Co, pour un montant de 2,9 milliards de shillings kenyans (soit 45 millions de dollars US environ).
La section kenyane de l'organisme international de lutte contre la corruption, Transparency International, a interpellé le président Mwai Kibaki et le Premier ministre Raila Odinga pour leur demander de faire toute la lumière sur ce scandale et de déterminer de quelle manière cet hôtel, un bien de l'Etat, a été cédé dans des circonstances floues.
“Messieurs Kibaki et Odinga doivent dire comment le Grand Regency Hotel, un cinq Etoiles, a été vendu en secret par la Banque centrale du Kenya à une compagnie appartenant à l'Etat libyen”, a affirmé la section kenyane de Transparency International.
Le Grand Regency Hotel, construit au début des années 90, est aujourd'hui l'un des plus grands hôtels de Nairobi et il accueille souvent les personnalités étrangères en visite dans le pays.
On rappelle qu'il est aussi au centre d'une controverse, depuis 12 ans à peu près, du fait de la bataille entre la Banque centrale du Kenya et une société privé, Goldenberg International, qui en revendiquent la propriété.
Goldenberg International, qui est associée à Kamlesh Pattni, un homme d'affaires devenu homme de Dieu, est elle-même impliquée dans un scandale portant sur une présumée exportation d'or qui aurait causé à l'Etat un manque à gagner de plusieurs milliards de shillings kenyans.
Suite à cet imbroglio, la compagnie avait reçu de la Banque centrale du Kenya “des dédommagements pour exportation d'or et de diamant”, alors que le Kenya n'a ni gisements d'or ni même gisement d'un quelconque autre métal précieux.
Cette escroquerie et les transactions commerciales liées à cette affaire étaient si complexes que l'on estime qu'elles auraient coûté un total de 1,6 milliard de dollars environ au contribuable kenyan.
Il s'agit du plus grand scandale financier jamais enregistré dans le pays.
C'est au mois d'avril que M. Pattni avait transféré l'hôtel à la Banque centrale, expliquant qu'il souhaitait mettre un terme à une interminable bataille juridique.
“Cet hôtel représente les impôts des citoyens kenyans et sa cession ou sa rétention en tant qu'entreprise en activité devrait se faire dans l'intérêt des citoyens du pays et non dans celui d'un groupe restreint d'individus”, mentionne, dans un communiqué, Job Ogonda, directeur exécutif de la section kenyane de Transparency International.
“En cas de cession, le processus doit être transparent et conforme aux principes fondamentaux d'intégrité et de la mise en concurrence et ouvert au contrôle des populations”, a déclaré M. Ogonda.
Les problèmes avaient commencé vendredi, après la révélation, par les autorités gouvernementales, de la cession de l'hôtel sans qu'un appel d'offres ait été lancé à cet effet.
Pour sa part, James Orengo, le ministre de la Propriété foncière avait affirmé jeudi que son ministère avait levé à son insu les restrictions qui bloquaient les transactions sur les terres occupées par l'hôtel.
Les ministres avaient dénoncé cette vente et exigé l'arrêt de la transaction ainsi que l'ouverture d'une enquête. L'un des ministres avait même demandé la démission de son collègue des Finances.
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