Où va l’argent des tunisiens ? La question est certes de tout intérêt pour les économistes, les sociologues, les promoteurs, les entrepreneurs et, évidemment, pour les intéressés eux-mêmes qui se perdraient en conjectures, tant il est vrai qu’il est difficile de suivre les méandres de l’emploi de ces subsides. Deux raisons peuvent être à l’origine de cette difficulté, du moins au niveau de l’affectation. Il s’agit d’abord de la modestie de ces ressources en général, nonobstant les améliorations apportées par les pouvoirs publics aux revenus, notamment au niveau du SMIG et du SMAG (mais tout le monde n’est pas salarié). Mais aussi d’un facteur socioculturel qui fait fluctuer ces dépenses selon les opportunités (occasions familiales, fêtes religieuses, ou soldes commerciales incitant aux achats, favorisant les achats et induisant, en dernière analyse, une certaine inflation, tout en donnant un coup de fouet aux affaires). Ceci est valable pour les petits budgets. Il faut y ajouter, pour une autre catégorie d’agents économiques, un certain effet de mode et de mimétisme dans les dépenses, considérées généralement comme inflationnistes (le renouvellement quelque peu hâtif de la garde robes pour madame et pour Monsieur, le nouveau modèle de voitures, le dernier née du téléphone portable . . . On ne prolongera pas la liste pour ne p&as faire figure d’envieux.
Entreprise titanesque.
Nonobstant la difficulté de la tâche, l’Institut national de la statistique (INS) s’est mis à l’ouvrage, comme à son accoutumée, pour cerner – autant que faire se peut – les contours de cette dépense dans le cadre de l’enquête quinquennale de 2005 (la dernière en date) sur la consommation des ménages tunisiens. La première partie publiée, s’intéresse en premier lieu aux dépenses individuelles et des ménages, à travers un échantillon de 13.392 familles représentatives de toutes les classes sociales et de toutes les régions de Tunisie. Cet échantillon représente 0,61 % du total des ménages (soit 61 familles sur 10.000).
Il s’agit d’une enquête à l’échelle nationale sur les dépenses, pour recueillir des renseignements sur la manière dont les tunisiens dispatchent leurs allocations budgétaires sur les poste de la nourriture, des vêtements, du logement, du transport, des dépenses de santé et même de la culture et des loisirs.
Un vaste champ pour les déductions et les extrapolations.
L’enquête donne les renseignements chiffrés qui se présentent comme suit :
| Alimentation | 634 | 34.8 |
| Logement | 414 | 22.8 |
| Vêtements | 160 | 8.8 |
| Santé | 188 | 10.3 |
| Transport | 195 | 10.7 |
| Communications | 67 | 3.7 |
| Enseignement | 50 | 2.8 |
| Culture et loisirs | 103 | 5.6 |
| Autre dépenses | 9 | 0.5 |
| Total | 1820 | 100.0 |
Quelques idées ressortent rapidement de ces chiffres :
- Les tunisiens ont vu la moyenne annuelle de leurs dépenses individuelles quadrupler en vingt ans , puisqu’elle passe de 471 dinars seulement en 1985, à 182O dinars en 2005, en passant par 716 en 199O, puis 1329 dinars en l’an 2OO .
- Les dépenses d’alimentation continuent à occuper la première place mais avec 34,8% contre 38% en 2000.
Ceci traduit un meilleur niveau de vie et de confort corroboré d’ailleurs par la progression notable au taux annuel de 11,1 % (aux prix courants) du poste transport qui occupe la troisième place avec 10,7 % contre 8,6 % en 2OOO.
A noter enfin, le nouveau rôle de la téléphonie mobile dans la vie des tunisiens et qui fait porter la part des communications à 3,7 %, contre seulement 1,1% en 2OOO, soit une progression de 34,9% entre les deux enquêtes.
- On notera que les ruraux sont moins dépensiers que les citadins (1.161 dinars par an, contre 2.171 dinars.
- Enfin une autre donnée de taille : la classe moyenne représente 81,1% de la population contre 77,6% en 2000.
- Ceci laisse entrevoir une certaine amélioration du pouvoir d’achat que certains sous d’autres cieux, vont « chercher avec les dents »
- Sur un autre plan, anecdotique il est vrai, celui des paradoxes, on notera que la cigarette semble être une muse favorite du tunisien qui lui consacre annuellement 53,496 d. Cette moyenne s’élève, dans le district de Tunis, à 76,363 dinars qui partent ainsi « en fumée » pour s’ajouter aux dépenses en thé, café. La part des cours particuliers se voient consacrer annuellement en moyenne 16,O91 dinars (24 dinars dans le Grand Tunis). L’aberrant en cela est que les dépenses pour l’éducation, ne dépassent pas la moyenne annuelle de 5O,185 dinars
A la lecture des résultats de cette enquête, on comprend aussi que les Tunisiens soient toujours affairés à communiquer, leur téléphone portable accroché à l’oreille, dans la rue ou en voiture. Ils consacrent en effet une moyenne annuelle nationale de 42,875 dinars à la recharge des téléphones mobiles.
Il reste aux économistes d’en dégager les tendances, aux sociologues d’en déduire les évolutions sociétales, et aux politiques de les utiliser pour arrêter leurs plans de charges