Les coûts élevés de transport, la lenteur des procédures administratives et des démarches pour l'obtention d'une autorisation d'implantation, telles sont les principales difficultés rencontrées par les entreprises allemandes installées en Tunisie, relève une enquête d'évaluation réalisée au mois d'avril 2008 par la Chambre tuniso-allemande de l'industrie et du commerce (CTAIC).
Il ressort également de cette enquête, présentée au cours d'un point de presse par Ferdinand Terburg et Dagmar Spantzel, respectivement Président et Directrice générale de la CTAIC, que plus de 50% des entreprises allemandes interrogées déplorent la réglementation excessive et la rigidité de l'administration parmi les inconvénients du site Tunisie. Le manque de personnel qualifié et la faible productivité des salariés, sont considérés comme un autre inconvénient par un tiers des entreprises ayant répondu à l'enquête.
Ces résultats concrets, semblent en tous cas et jusqu’à présent, en discordance avec les propos du ministre de la Coopération internationale et celui de l’industrie, qui évoquaient il y a quelques jours à la télévision tunisienne, la satisfaction des sociétés étrangères implantées en Tunisie et la croissance de leurs chiffres.
Les inconvénients comparatifs de la Tunisie en tant que site de production, restent en premier lieu, tout comme au cours des années précédentes, la réglementation excessive et la rigidité de l’administration pour 53% des entreprises exportatrices allemande interrogées. Le manque de personnel qualifié est considéré comme inconvénient du site pour 34% des entreprises. Ce constat est dressé essentiellement dans le secteur du textile (49%), et, seulement dans une mesure nettement moindre, par les entreprises exportatrices du secteur électrotechnique.
La faible productivité des salariés constitue pour 33% des sociétés un inconvénient du site. Là encore, l’industrie textile se dit nettement plus concernée avec 44%, que le secteur électrotechnique (15%). Près de 28% des entreprises ayant participées à l‘enquête, considèrent les coûts de production comme un obstacle en Tunisie. Ce chiffre, tous secteurs réunis, a pourtant chuté en comparaison avec l’année 2005 (de 36% à 28%). Et si 34% des entreprises du textile estiment que le niveau élevé des coûts de production constitue un inconvénient en Tunisie, seulement 23% du secteur électrotechnique partagent cet avis. Par ailleurs, 19% des entreprises (contre 30% en 2005) citent la limitation de l’accès au marché local parmi les inconvénients. Le secteur du textile est ici représenté par 17% (contre 30% en 2005), celui de l’électrotechnique se dit concerné à hauteur de 15% (contre 36% en 2005).
Transport et communication, un léger mieux dans l’insatisfaction.
La question des coûts de transport reste d’une importance primordiale pour les entreprises du secteur électrotechnique, malgré un léger recul du taux des doléances à son propos, de 56% à seulement 50%. Ce point est cité de façon croissante par les investisseurs allemands dans le secteur du textile. Ils ont en effet été 54% à le citer, contre 39% en 2005.
Les difficultés administratives et les démarches pour l’obtention d’une autorisation ont été citées à titre de difficultés particulières par 41% des entreprises, notamment dans le secteur du textile où le nombre d’entreprises concernées a plus que doublé.
Les insuffisances au niveau des télécommunications représentent, de l’avis de 30% des entreprises du secteur textile, un obstacle pour les entreprises exportatrices. Et même si l’on peut noter une légère amélioration pour l’industrie électrotechnique, la tendance indique une légère augmentation de la proportion des entreprises du secteur textile, ayant soulevé ce problème (24% contre 22% en 2005).
Le coût du travail en question.
Les charges dues au coût du travail et à son évolution, se répercutent maintenant de façon assez homogène au niveau des différents secteurs. 32 % des entreprises du textile et 27% de celles de l’industrie électrotechnique y ont vu une difficulté particulière au cours de l’année précédente. Pour le textile, cela représente une nette amélioration de la situation, étant donné que plus de 67% des sociétés ont jugé le coût du travail trop élevé en 2005 contre 32% en 2007.
Les autres difficultés mentionnées concernent les problèmes rencontrés lors de l’achat de bien immobiliers industriels, le manque de possibilités de financement, les difficultés d’obtention de visa pour les collaborateurs tunisiens, la collaboration limitée avec des fournisseurs locaux et la mauvaise infrastructure dans le domaine de la circulation maritime.
Il a quand même des avantages, le site Tunisie !
Coté avantages du site Tunisie, près de 87% des entreprises participantes à l'enquête, faisaient état en 2007, d'une évolution des affaires, qualifiée de bonne ou de satisfaisante. Cette tendance positive s'exprime également dans le chiffre à l'export qui a augmenté pour près de 69% des entreprises interrogées par rapport à l'année précédente. La proximité géographique a une importance croissante pour les entreprises exportatrices allemandes et devient, avec 83% des répondants, l'avantage du site le plus fréquemment cité. En outre, la grande stabilité politique et sociale (81%) et les avantages fiscaux (80%) dont bénéficient les entreprises exportatrices allemandes en Tunisie, comptent parmi les avantages décisifs de la Tunisie en matière d’investissement. Environ 50% des entreprises du secteur électrotechnique prévoient d'élargir leurs effectifs, prévision partagée par 33% des entreprises de l'industrie textile.
Au titre des facilités, figurent notamment l'appréciation de l'Euro par rapport au Dinar tunisien qui a été relevée par 70% des répondants. Cette facilité est particulièrement ressentie par les entreprises du secteur du textile, qui l'ont mentionnée à 90%, contre 48% des entreprises appartenant à l'industrie électrotechnique.
Le «tuniso-optimisme» des Allemandes pour 2008.
Les perspectives d’évolution pour l’année 2008 sont jugées majoritairement positives par les entreprises allemandes participant à l’enquête. Ceci concerne notamment le chiffre d’affaires à l’exportation et les effectifs. Dans l’ensemble, 62% des sociétés s’attendent à une augmentation du chiffre d’affaires à l’export, contre seulement 44% en 2005. L’analyse des différents secteurs révèle que 63% (contre 35% en 2005) des entreprises du secteur du textile prévoient une augmentation de ce chiffre. Ce chiffre a quasiment été multiplié par deux, ce qui peut être interprété comme un signe positif pour l’avenir de la Tunisie en tant que site privilégié d’investissement dans le secteur du textile. Malgré toutes les craintes d’une crise suscitées par la fin des accords multifibres, l’industrie locale a, il est vrai, su défendre sa place face à l’Asie et aux sites en Europe de l’Est.
Le léger recul des attentes optimistes concernant le chiffre à l’export au niveau des entreprises du secteur électrotechnique, qui sont passées de 56% en 2005, à 52% en 2007, s’explique certainement par la situation difficile des ventes dans le secteur international de l‘automobile, auquel l’industrie électrotechnique locale est étroitement liée. La proportion des entreprises s’attendant à une baisse des exports s’élève à 15%, contre 17% en 2005. Pour les entreprises du secteur électrotechnique, l’évaluation négative de la perspective a légèrement augmentée de 12% à 17%.
Il y aura encore de l’embauche chez les «Bosch»
Quant aux attentes concernant l’évolution des effectifs, elles sont particulièrement positives. 43% des entreprises participant à ce sondage d’opinion, prévoient en effet d’élargir leurs effectifs en 2008, contre seulement 19% en 2005. Ce chiffre a donc doublé par rapport à la dernière enquête. La part des entreprises envisageant une réduction des effectifs, a quand à elle nettement chuté à 13% contre 22% en 2005. Dans le secteur du textile et de la confection, 33% des entreprises envisagent des embauches nouvelles, contre 50% pour l’industrie électrotechnique. Aussi bien dans le secteur du textile que dans celui de l’électrotechnique, seul 14% des entreprises s‘attendent à des licenciements. Ces attentes globalement positives pour l’exercice de l’année 2008 et eu l’égard de l’évolution des effectifs, concernent par ailleurs tous les secteurs d’activité des entreprises exportatrices allemandes.
A signaler que le questionnaire a été adressé à 104 entreprises exportatrices, à capital ou à participation de capital allemand. Le plus grand groupe parmi les entreprises ayant participé à cette enquête, est constitué par le secteur du textile et de la confection, à hauteur de 52%. Pour le reste, 33% des sociétés travaillent dans l'industrie électrotechnique et 15% dans d'autres secteurs industriels. La majorité des entreprises exportatrices allemandes implantées en Tunisie emploient entre 100 et 300 personnes (39%) et la plupart d'entre elles disposent également de sites de producteurs dans d'autres pays que la Tunisie.