Avec la montée en puissance chaque année des nouveaux sortis sur le marché de l’emploi, le défi tunisien de résorber le chômage devient récurrent. Essayant de prendre la problématique par l’autre bout, le gouvernement tunisien lance un vaste programme de création d’entreprises, vecteur essentiel de création d’emploi, élément important dans la stabilité sociale. Cette campagne ou ce programme a surtout focalisé sur l’investissement industriel, grand employeur de main d’œuvre.
Il se crée certes en Tunisie, une entreprise française, chaque cinq jours. Le chiffre est de Nicolas Sarkozy lors de sa dernière visite en Tunisie et il dénote du nouveau souffle des IDE en Tunisie, à la faveur du retour de nombre d’industriels étrangers des pays du Nord de l’Europe. En 2007, les investissements directs étrangers en Tunisie ont d’ailleurs confirmé leur progression, en atteignant un montant record de 2070,8 MDT. Selon des chiffres officiels, l’investissement industriel tunisien, avant l’accord de libre échange avec l’Europe, était de 600 MDT par an. En 2007, ce chiffre est monté à 1200 MDT par an. En parallèle, l’investissement dans les zones de développement régional, était passé de 100 MDT en 1995 à 500 MDT, des investissements, soit tunisiens, soit en partenariat avec des entreprises européennes. Dans 8 grandes villes de l’intérieur tunisien, Béja, Medjez Elbeb, le Kef, Jendouba, Siliana (projet allemand qui emploiera 4000 personnes d’ici fin de l’année), Gafsa (2 grands projets pour un investissement de 1000 MDT dans le ciment et les engrais), Kasserine et Kairouan, de grandes entreprises industrielles s’installent).
Restait donc l’investissement local, ou tunisien, dont on avait (peut-être à tort) l’image d’un élan en suspension et dans une situation d’attentisme. Les chiffres seraient pourtant têtus, puisque pas moins de 720 MDT ont été investis, par des hommes d’affaires tunisiens dans des projets industriels réalisés en 2007. Pour preuve, les officiels mettent en valeur deux chiffres : 2300 millions euros d’export en 1995, contre 9000 millions d’euros d’export en 2007.
La solidarité, même dans l’investissement.
La réalité est cependant tout aussi têtue. Il y a un chômage d’au moins 14 % et il est encore plus aigu chez les jeunes diplômés du supérieur. Il y a aussi une paix et une stabilité sociales qui sont le ciment de toute construction socio-économique. Il y a aussi un déséquilibre entre les régions, certes qui commence à s’estomper par les IDE qui vont plus volontiers dans les zones intérieures, mais il y a aussi des incitations et des encouragements, financiers et fiscaux qui sont donnés çà tout investisseur. Et dans ce «partenariat» entre Etat, donneur d’avantages des fonds publics et les investisseurs tunisiens, les rapports devraient être du genre «Win-Win» ou du donnant-donnant. Les hommes d’affaires l’ont-ils compris ? Il semblerait bien que oui, si l’on en croit le discours de Abdellatif Zayani, président de l’union régionale de l’Utica (syndicat patronal tunisien) de Sfax, devant le premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi, à l’ouverture de la 42ème session de la foire de Sfax. «Le devoir de solidarité nous impose maintenant d’investir sur tout le territoire de la République», dit-il, avant de continuer que «la rentabilité financière pure, ne doit pas être notre seul souci, mais aussi, la rentabilité sociale et la résorption du chômage imposé par l’évolution de l’économie». Abdellatif Zayani introduit, à juste titre selon nous, ce nouveau principe de solidarité en matière d’investissement. Un principe qui devrait être relayé par toute l’Utica et doit être érigé, dans les conditions actuelles que traverse la Tunisie, en priorité nationale.
Longtemps, la Tunisie avait tenu tête au FMI et à la Banque Mondiale, lorsqu’ils essayaient au début de la politique des PAS (Plans d’ajustements structurels) de «vendre» aux économies en développement et en crise pendant les années 80. Des PAS qui se devaient d’ajuster et de restructurer, sans tenir compte des conjonctures et des effets sociaux de ces plans. Longtemps après, la justesse de la «résistance» tunisienne avait fait école et FMI et Banque Mondiale le présentaient en tant que tel, en en louant les résultats. Il est tout aussi vrai maintenant, que ce principe de solidarité dans l’investissement, doit faire qu’on ne pense pas qu’à gagner de l’argent, même si c’est toujours macro-économiquement juste de dire que cet argent ou cette valeur ajoutée est faite pour être par un moyen ou un autre redistribuée. Un principe qui doit faire qu’on pense aussi à la pérennité de cet argent qu’on gagne, en pensant aussi à un investissement qui donne du travail à tout le monde et qui n’oublie pas les régions intérieures. Le chômage n’est pas que celui des autres, c’est aussi et surtout une réelle menace pour ce qu’on gagne pour soi-même. Un principe, in-fine, qui accepte de rendre à ce public un peu des biens-faits des fonds qui ont servi à financer l’investissement qui fait ce profit qui fait lui-même le bonheur de l’homme d’affaire.