
La Banque de Tunisie (BT) vient de tenir Assemblée Générale et de valider son nouveau Conseil d’Administration, qui enregistre l’entrée notamment de Belhassen Trabelsi, et qui s’est présenté debout aux actionnaires. Une assemblée générale qui avait enregistré salle comble dans l’un des hôtels de la capitale tunisienne, qui a duré plus que d’habitude et qui a surtout enregistré un échange de questions réponses entre la nouvelle direction et les petits actionnaires. Nouvelle habitude dans ce genre de réunion annuelle, nous diront certains de ces actionnaires. Une assemblée, marquée par l’hommage rendu à Faouzi Belkahia, fortement applaudi lorsqu’il a été cité par son successeur, Mme Alya Abdallah, et durant laquelle tout le monde ou presque, a parlé, même un fonctionnaire (par ailleurs actionnaire) de la banque et l’inévitable Chouaïeb aussi. Les réponses de la nouvelle direction générale qui a maîtrisé parfaitement la situation dans la salle, n’ont manqué ni de franchise, ni d’objectivité, lorsqu’il s’est agi des perspectives pour l’exercice 2008 après un si fort bénéfice pour l’exercice 2007.
Un super bénéfice, pas de l’exploitation, mais d’une reprise de provision.
Un exercice, pour la petite histoire, qui avait enregistré une progression de 16,63 % des dépôts de la clientèle, une évolution de 11,1 % des crédits à la clientèle, même si ces crédits ont largement privilégié le secteur des services (49 %) aux dépends de l’industrie créatrice de plus d’emplois et qui n’a eu que 32,7 % des crédits. Une année 2007 aussi, où le PNB a progressé de 11,5 % avec une moyenne de 9,3 % sur les cinq dernières années, où la masse salariale n’a augmenté que de 6,4 % et de 4,8 % pour tous les frais généraux et surtout un résultat net en hausse de 50,8 % à 60,1 MDT. Ce RN a d’ailleurs été l’objet de toutes les discussions, tant son augmentation était importante et qui avait même poussé l’un des Commissaires aux Comptes, Moncef Bousannouga Zammouri, à en donner une explication.
Par ce dernier, on saura ainsi que cette hausse ne venait pas de l’exploitation, mais d’une simple reprise sur provisions, sur l’un des clients de la banque. De notre côté, on apprendra qu’il s’agit de Saïd Charchari, un hôtelier de la région de Sousse (ville côtière tunisienne) d’origine libyenne. Ce dernier aurait ainsi pris crédit de quelque 21 MDT de chez la BT et qui aurait par la suite rencontré des difficultés de remboursement, ce qui avait poussé la banque à provisionner. Pressé de rembourser, il ne l’aurait fait que dans la limité de 6 MDT. Il aurait par la suite, donné garantie sur un contrat de location de son hôtel, pour rembourser le reste, c'est-à-dire 15 MDT. L’ancienne direction de la BT aurait quand même fait reprise de provision sur la totalité des 21 MDT qui représentaient son crédit. Toutes ces explications, n’ont pas été données par les Commissaires aux Comptes qui ont validé la reprise. Il n’en demeure pas moins, que le montant total de provisionnement de la BT qui était monté de 16,6 MDT en 2005 à 27,8 MDT en 2006, était drastiquement tombé à 4 MDT en 2007.
Et les décisions, annulées du CA ?
La nouvelle Pdg, Mme Alya Abdallah, prendra par la suite soin de mettre les points sur les i, concernant ce fort et extraordinaire bénéfice qui n’est pas uniquement le résultat d’une aussi forte augmentation de l’exploitation, mais qui résulte d’un évènement unique. Elle balisera son terrain en indiquant, devant les actionnaires qui se félicitaient de ce RN, que «c’est moi qui me féliciterais, si l’année prochaine on ne fera qu’un résultat net de 50 MDT». Il est vrai que les évènements uniques n’ont pas habitude à se renouveler et que le seul aune de l’évolution d’une institution bancaire, restera la croissance de ses produits d’exploitation.
Comme attendu aussi, les actionnaires n’ont pas manqué la question de savoir pourquoi l’ancien Conseil d’Administration avait annulé l’augmentation du capital. Alya Abdallah répondra qu’elle n’y était pas dans ce Conseil et qu’à sa prise de fonction, elle n’a trouvé aucun dossier expliquant la décision, par la suite résiliée, d’augmenter le capital. Elle ajoutera par la suite que, «la situation de la banque, jusqu’à l’année 2007, ne nécessitait aucune augmentation de capital» et que «pour cela, il faut un business plan », et de promettre enfin que «on y pensera» !
Pourquoi pas une banque plus citoyenne ?
On notera aussi cette remarque de l’un des actionnaires qui se demandait comment ne pas être au courant de la vente, de grès-à-grès, de deux propriétés de la BT, dont son ancien siège à l’avenue de France à Tunis. Mais aussi cet autre employé-actionnaire de la BT (Très applaudi lui aussi) qui se plaignait des conditions de travail de la banque, avec ces deux mots lâchés, lourds de signification, de «travail d’esclave» (certains employés auraient même cumulé des dizaines de mois de congés !) et «royauté», lorsqu’il parlait de l’ancien management de la banque. Alya Abdallah ne manquera pas d’y répondre en saluant les efforts du personnel de la banque et en déclarant sa volonté de renforcer les ressources humaines de la BT et de commencer par apurer les congés.
Reste à dire de cette banque(et ce n’est qu’un avis personnel), qui fait certes de l’argent, qu’elle était, de l’avis même de ceux qui la connaissaient à fonds, «trop financière», sans prise de risque aucune certes, mais moins humaine, très pointilleuse dans le choix de ses clients et de ses engagements à en devenir presque «froidement rentable». Elle reste pourtant ainsi, un peu loin à notre sens, du réel économique d’une Tunisie, où le financement de l’économie veut aussi dire prise de risque, avec le gouvernement et prise en considération de l’environnement socio politique où elle évolue, avec plus d’intérêt pour les secteurs et les régions prioritaires et pour les jeunes diplômés. Une banque très rentable, mais aussi trop sélective, presque selecte à en devenir un peu éloignée de la rue tunisienne, une banque pas assez citoyenne et qui gagnerait à le devenir. Une banque aussi, pendant plus de 13 ans, certes dirigée de main de maître, mais aussi où tout se passait autour de la personne du Pdg et qui gagnerait à réapprendre la délégation pour assurer sa propre pérennité d’institution financière qui tournera toujours rondement, même en l’absence de son premier dirigeant.