Quatre banques tunisiennes ont été déjà privatisées et presque toutes, pour des «partenaires stratégiques» français. L’Union Bancaire pour le Commerce et l’Industrie (UBCI) pour la BNP Parisbas, l’Union Internationale des Banques (UIB) pour la Société Générale, la Banque du Sud pour le marocain Attijari et tout dernièrement la BTK pour la Caisse d’Epargne.
Mais déjà, et alors que des bruits de couloir (fondés ou infondés) font état de possibles autres privatisations bancaires, la question fait déjà discussion chez l’intelligencia financière tunisienne, de savoir s’il est encore bon de privatiser des banques tunisiennes.
Officiellement, on pourra toujours dire, mais aussi même le prouver par les chiffres, que la participation du secteur bancaire tunisien dans le financement de l’économie tunisienne, se porte bien. Officiellement aussi et bien qu’on n’en connaisse pas le détail (qui fait et qui ne fait pas notamment), le secteur bancaire tunisien participe bien, sous la houlette du gouverneur de la BCT lui-même, au financement de la création d’entreprise, pour ne prendre que cet exemple, indicatif et important pour la conjoncture tunisienne.
Mais là où la question de savoir si la Tunisie doit encore ou non continuer à privatiser d’autres pans de son secteur bancaire, c’est lorsqu’on remarque que ce sont ces «partenaires stratégiques», qui ont entamé et entraîné ce revirement historique de tout le secteur bancaire tunisien vers le «particulier», délaissant, pour ainsi dire, le financement des PME-PMI. Ceci à telle enseigne qu’il a fallu, pour y remédier, créer une banque pour ces PME. Encore est-il que celle-ci, la BFPME, reste liée aux préoccupations plus terre-à-terre du reste du secteur bancaire qu’elle voudrait entraîner dans le financement du reste des 50 %, puisqu’elle ne peut actuellement financer elle-même 100 % du projet. Cela, à telle enseigne aussi (on parle là de la course au crédit de consommation que se livre actuellement les banques), que c’est la BCT qui a du intervenir pour brider cette course (certes dans sa logique de contrôle de l’inflation, mais pas uniquement pour cela), soit en augmentant le taux des réserves obligataires, soit en interdisant, de fait, la création des sociétés de crédits à la consommation.
Tout cela, pour dire quoi ? C’est pour dire, que cette Tunisie qui n’a d’autres ressources que celle de ses jeunes et de leur travail pour créer la valeur ajoutée et la croissance, a besoin d’un secteur financier qui finance l’investissement, qui investisse sur le long terme et l’avenir, qui prenne le risque avec l’Etat sur ses grands projets structurants, sur ses priorités et sur ses secteurs prioritaires.
Qu’aurait par exemple fait une banque privée et étrangère s’il avait fallu, comme l’a fait la STB, résorber toute la casse de deux autres banques ? Aurait-elle accepté ? On en doute. Qu’aurait fait une autre banque, privée et étrangère, s’il fallait, comme le fait actuellement la BNA, encaisser les impayés d’un secteur agricole que d’autres gouvernements européens financent à tout bout de champ ?
Les cas de l’UIB et de l’UBCI.
Force est de constater, même si l’on ne connaît rien encore des intentions du partenaire stratégique de la BTK, que ces «partenaires», ne cherchent pour le moment que le profit immédiat et lorsqu’ils ne le peuvent, ils ont recours aux moyens détournés des conventions. Il n’y a, pour s’en convaincre, que de voire le nombre et les montants des conventions signées par la SG avec sa filiale UIB, alors que celle-ci est plus que déficitaire et alors qu’elle (la SG) refuse de mettre matériellement du sien, pour la renflouer et la recapitaliser. Le rapport du Commissaire aux Comptes Ahmed Mansour sur l’exercice UIB pour l’année 2006, est plus qu’édifiant à ce propos. Sinon que penser des 454 mille euros de conventions d’assistances diverses, pour une entreprise presque en faillite ? Sinon quoi penser encore d’une banque-mère qui vend un système d’information, dont le coût est certainement déjà pleinement amorti, pour 20 MDT à sa filiale et qui refuse de la recapitaliser alors qu’elle l’a rachetée en connaissance de cause ? Que penser enfin, d’autres dépassements de dépenses que d’anciens dirigeants français de la même banque en Tunisie auraient apparemment essayé de commettre, avant leur remplacement ?
Quoi penser encore du cas de la BNP qui signe un contrat d’assistance technique avec sa filiale tunisienne l’UBCI, pour plus de 3 MDT ? La banque est pourtant pleinement bénéficiaire et la BNP devrait en tirer 50 %, qui ne lui suffisent apparemment pas et qu’elle ne voudrait pas voire investis dans un projet structurant qui lui créerait et au pays où elle travaille, de la valeur ajoutée ! Combien même la banque tunisienne aurait-elle besoin d’assistance technique, n’y a-t-il pas en Tunisie assez de techniciens pour satisfaire les besoins de la BNP en Tunisie, sans avoir à le faire par ses propres cadres ? Sont-ce là des pratiques d’une banque «partenaire stratégique» ou celles de banques à la recherche de vaches laitières dans un pays qui leur a pourtant ouvert les bras pour aider son secteur bancaire à monter sereinement la vague de la mondialisation et à bien mener leur mise à niveau ? In fine, qu’auront apporté ces partenaires stratégiques français ? La technique des crédits à la consommation ? La Tunisie, à notre sens, n’a pas besoin que de cela pour le moment !