Le pétrole a clôturé vendredi à 138,54 dollars le baril, sur un bond de plus de 10 dollars, le plus important jamais vu en une seule séance, selon les observateurs du marché. Officiellement, cette hausse stupéfiante, est «à la faveur de la baisse du dollar et d'une montée de la tension entre Israël et l'Iran ». Officieusement, tout le monde s’accorde à accuser directement les spéculateurs de ce marché vers lequel s’orientent les investisseurs internationaux, dans un monde d’affaire où presque toutes les affaires fortement lucratives, sont en crise, comme chez les subprimes.
En deux jours de folle reprise, les cours du WTI, le brut léger américain, ont gagné plus de 16 dollars. Le baril de brut léger américain a fini en hausse de 10,75 dollars à 138,54 dollars le baril après avoir dépassé un moment la barre des 139 dollars pour atteindre 139,12 dollars. Jeudi, le brut US avait déjà gagné 5,59 dollars. A Londres, le Brent de la mer du Nord a bondi de 10,15 dollars à 137,69 dollars après avoir touché 138,12 dollars. «Selon la banque d'affaires Morgan Stanley, le brut américain pourrait atteindre 150 dollars le baril d'ici au 4 juillet, fête nationale des États-Unis, en raison d'une forte hausse de la demande des pays asiatiques. En mai, Goldman Sachs avait indiqué que le baril pourrait valoir 200 dollars d'ici deux ans », écrivait Reuters.
Combien dépense l’Etat pour le pétrole ?
En Tunisie, ces augmentations ne semblent pas encore beaucoup concerner. La Tunisie importe pourtant 75 % de ses besoins en gasoil et 56 % de ses besoins en essence. Au prix de vendredi dernier, 139 Usd le baril, le litre d’essence coûterait pourtant déjà au consommateur tunisien, sans aucun autre coût supplémentaire de transport, de raffinage et sans aucune autre espèce de taxe et sans aucune marge bénéficiaire pour les pompistes, un peu plus de 1,017 DT. Il faut savoir, pour comprendre ce calcul, qu’un baril de pétrole brut contient un total de 159 litres de pétrole. Acheté, ce baril devra être transporté et surtout raffiné, des coûts à ajouter à son prix de plus de un DT. Actuellement l’essence et le gasoil, les deux principaux produits raffinés à partir du pétrole et les deux produits qui sont les plus utilisés, sont vendus respectivement à 1,250 DT et 0,890 millimes à la pompe. Sans tenir compte du prix international, ces prix sont largement différents du coût réel. A la pompe, il aurait en effet fallu que chaque automobiliste, paie 300 millimes supplémentaires pour le litre d’essence et 650 millimes pour chaque litre de gasoil. Au total, la subvention, directe c'est-à-dire du prix à la pompe, a été de 600 MDT. Cette année et avec les prix qui grimpent sans cesse, ce montant devrait lui aussi monter à …1 milliard DT. A cela, il faudrait ajouter presque 2500 MDT en subventions indirectes, puisque l’Etat vend le pétrole à la Stir ou à la Steg, moins cher que le prix international.
Combien gagne l’Etat sur le pétrole ?
Il est pourtant clair que la Tunisie ne fait pas qu’importer des produits pétroliers. Elle en produit et prélève aussi des taxes sur ce qu’elle vend sur son marché local. En théorie et selon certains chiffres non officiels, la Tunisie disposerait de 427,5 millions de baril c'est-à-dire, 67 972 500 000 litres de pétrole en réserves dans son sous-sol. Des réserves cependant, non prouvées, qui demandent exploration et cela prendra du temps, avec la certitude que le tout ne sera pas sa seule propriété, mais aussi celle des entreprises étrangères.
Nombreuses fois, on avait pu lire que la balance commerciale de l’énergie était plutôt excédentaire. Cela ne serait pourtant qu’un effet de chiffres. L’Etat exporte, mais cela comprend surtout les parts des entreprises étrangères qui font de la prospection et de la production. Leurs chiffres se retrouvent dans la balance commerciale tunisienne, mais leur argent leur appartient et ne rentre pas dans les caisses de l’Etat tunisien.
On sait aussi, que le ministère des finances tunisien, prélève des taxes. Information prise, directement chez ce ministère, il s’avère que la pression fiscale sur les produits pétroliers, est la plus petite comparée à d’autres pays consommateurs comme la Tunisie. Le pourcentage de ces taxes prélevées sur l’essence ne serait en Tunisie que de 30 %, contre 62 % en France, 60 % au Portugal ou 49 % en Grèce. Sur le gasoil, ce n’est que 17 % en Tunisie, contre 49 % en France et une moyenne de 50 % dans les pays de l’Union Européenne.
Jusqu’où pourra tenir la Tunisie ?
Devant tout cela, il y a le budget. Avec les différentes augmentations introduites sur les prix locaux et grâce à l’appréciation du Dinar tunisien face au dollar américain, les 80 dollars base sur lesquels a été confectionné le budget tunisien pour l’année 2008, ce dernier pouvait tenir le coup à un baril au coût de 98 dollars. Le même budget se nourrissant essentiellement de la fiscalité, un prix international du pétrole à plus de 100 Usd, devient intenable. Il faudra alors augmenter le prix local. On est déjà à 139 Usd et cela ne semble pas vouloir s’arrêter là. La solution inévitable devient alors augmenter les prix à la pompe. Cette augmentation ne saurait, de plus, épargner d’autres secteurs, notamment celui du transport aérien. American Airlines a déjà, indirectement répercuté depuis peu cette hausse, sous la forme d’une quinzaine de dollars sur les bagages.