Avec sa jovialité et son franc parlé habituels, le premier dirigeant du groupe FSBT, Hammadi Boussbia, s’est livré à un exercice d’équilibriste assez difficile, entre l’obligation de réserve vis-à-vis de la concurrence et le devoir d’information et d’explication de l’échec d’une transaction qui devait se faire initialement avec son groupe.
Par le même Boussbia, il y a 2 années, la venue du brasseur hollandais Heineken en Tunisie, avait été annoncée dans l’escarcelle de la SFBT. Pressé par un actionnaire, le dirigeant du brasseur qui produit une bière concurrente explique que «nous avions un accord avec Heineken. On a passé une année en test et nous l’avions même fabriquée dans nos locaux. Il reste que nous avions un problème d’autorisation », explique-t-il. Et de préciser encore que «les autorités tunisiennes ne voulaient pas d’un monopole en la matière, ne nous ont pas donné les autorisations nécessaires et ont plutôt encouragé Heineken à se mettre en partenariat avec un autre ». Et de tranquilliser par la suite ses actionnaires que «Celtia [la marque de bière de la SFBT] va bien et demeure bien installée sur son marché ». Il ne pourra pas cependant s’empêcher cette faiblesse d’essayer de minimiser le concurrent qu’il n’accréditera que de 10 % de part de marché et de pousser son raisonnement jusqu’à dire que «les petites entreprises sont condamnées. Une petite brasserie sera difficile à vivre». Il n’ira cependant pas jusqu’à nommer directement la nouvelle entreprise créée en partenariat avec Heineken, lorsqu’il parlait de «petites entreprises». Et Boussbia de laisser quand même le doute salvateur, en indiquant que «les grandes marques peuvent accepter de ne pas faire des bénéfices».
Très confiant, au moins devant ses actionnaires [on n’en sait rien, mais reste cette question du report de l’entrée en bourse expliquée par l’entrée d’un nouveau concurrent], Hammadi Boussbia donnera différents taux et chiffres pour essayer de convaincre son auditoire du fait que la SFBT restera toujours gagnante et bénéficiaire, même en cas de concurrence sur les prix. Il annoncera par la suite que son entreprise n’était pas restée les bras croisés en face de cette nouvelle entrée concurrente sur le marché de la bière en Tunisie. «Nous avons conclu contrat avec une autre marque, nous avons pu avoir une licence de commercialisation, mais il nous manque encore l’autorisation de production ». Et de préciser encore à ce sujet que «nous sommes encore en négociations avec les autorités tunisiennes, sur le volet des royalties».
Pour la petite histoire.
On rappelle que, depuis le 1er avril, la SPDB s’était transformée en brasseur et devenait la Sonobra (Société nouvelle de brasserie). Habib Bouaziz en est devenu membre du Conseil d’administration.
Pour la petite histoire, le brasseur néerlandais Heineken avait racheté 49,99% des actions de la Société de Production et de Distribution des Boissons (SPDB), du groupe Boujbel en Tunisie. On rappelle aussi que Bouaziz avait (cela n’a pas été démenti par son administration que nous avions contactée) vendu la SNPD au même brasseur néerlandais.
On notera enfin, que le marché de bière tunisien, jusque là avec la SFBT de Hammadi Boussbia en position dominante, est actuellement évalué à 1 million d'hectolitre. Par personne la consommation est 10 litres, la seconde le plus haut dans la région, après la Turquie.