Une étude financée par la Banque Mondiale, pour le développement du projet e-gov en Tunisie, a été présentée hier à Tunis, en présence de Zouheir Mdhaffar ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Fonction publique et du Développement administratif. L’état des lieux présenté par le cabinet français en charge de cette étude qui n’est pas encore validée par les autorités tunisiennes en charge du dossier, n’est pas reluisant, même s’il a été vite remis en causes par les «Barons» d’une administration qui ont tout au long de la séance de discussion démontré leur réticence à sortir du modèle papier de l’administration.
La Tunisie à la 106ème place mondiale en e-gov !
D’abord, cette info, donnée en début de réunion, par Khadija Zammouri, chargée au premier ministère tunisien du dossier de l’Administration électronique. Selon un dernier rapport d’une instance onusienne, la Tunisie a été classée à la 124ème place en matière d’administration électronique. «Il y a donc quelque chose qui ne va pas », dira-t-elle sereinement, en guise de commentaire. Beaucoup de choses ont été faites en Tunisie, comme elle le dira. «Mais jugés par autrui, c’est autre chose», terminera-t-elle. Plus tard, le ministre délégué chargé de la fonction publique en Tunisie, indiquera que ce « sur certains aspects, le diagnostic n’était pas réel » et ce classement a été corrigé et a ramené le classement de la Tunisie en e-gov, à la 106ème place, sans oublier d’ajouter que «cela ne traduit pas la volonté qui existe en Tunisie, d’améliorer les choses, car «le classement de la Tunisie, c’est le classement de tous les ministres».
Le mea-culpa du ministre délégué !
A la charge du ministre, il faut dire aussi que Zouheir Mdhaffar n’a pas non plus utilisé la langue de bois, pour parler de la situation de la Tunisie, en matière d’Administration électronique et a même poussé son discours devant les tenants de cette administration, à qui il demandait de tout faire pour ne pas se laisser dépasser par les autres et de profiter de cette occasion pour franchir le pas qui la sépare encore de ce type d’administration moderne, de faire le mea-culpa. «Nos services en lignes ne sont pas performants et l’accès du citoyen y est limité », commencera-t-il par noter, avant d’ajouter que ces services «ne sont [même] pas utilisés par les usagers même de l’Administration » et qu’il «n’y a pas de formation au sein des différents ministères ». Il y a pourtant, pour cela, un budget de 5 MDT, mais qui n’est pas utilisé. Il indiquera à ce sujet que l’Administration n’a pas su encore développer une politique marketing de ce qui existe de ces services en ligne.
Zouheir Mdhaffar terminera par une note positive, en parlant de la vision de la Tunisie en la matière et qui est d’avoir une Administration sans papier, la seule voie pour éradiquer tous les maux de l’Administration et pour éviter le va et vient du citoyen à l’Administration. «Cela contribuera aussi, à réduire le coût des prestations administratives et qui représentent actuellement 13 % du PNB. Et de terminer, dans cette même logique d’un mea-culpa positive que «nous avons le cadre juridique qu’il faut, mais l’infrastructure et la pratique de l’Administration, ne suivent pas»
Le haut débit n’est pas suffisamment accessible !
Ces points faibles, dont quelques uns ont été évoqués par Z. Mdhaffar, ont été la trame principale de la présentation dudit rapport par le Cabinet français qui l’a préparé. Le cabinet conseil pointera en premier lieu du doigt l’Internet haut débit dont il dit qu’il «n’est pas suffisamment accessible, n’est pas disponible en terme de pouvoir d’achat, à cause du manque de concurrence» (Et Vlan pour Tunisie Télécom !) et d’ajouter aussi que le coût des télécommunication reste élevé en cette Tunisie qui ambitionne un e-gov qui nécessite pourtant un débit plus fort, plus disponible et à faible coût !
Le bureau d’étude français ne manquera pas de faire le politiquement correcte en indiquant, en guise de points forts, le bonne pénétration du téléphone mobile qu’il présente comme possible support d’application e-gov, le «nombre suffisant de FSI», oubliant par là qu’ils ne sont jusqu’à présent que de simple revendeur de la bande passante de TT, et que «il y a en Tunisie des services en ligne que certains vous envient» indiquant à notre demande qu’il s’agit de Tunisie TradeNet et de l’application pour le payement du Fisc. Il aura, auparavant presque tout résumé en indiquant que «la Tunisie est allée [en matière d’Administration électronique] au bout de ce qu’elle pouvait faire [sites institutionnels, formulaires téléchargeables], sans aller au bout du chemin», qui est le stade de la transaction électronique complète !
Levée de bouclier chez les Barons !
Il a, avant cela aussi pointé du doigt l’infrastructure juridique, concernant l’Administration électronique dont il dira qu’elle est «incomplète et parfois obsolète » et qu’il y a à ce stade un gros travail à faire. Levée alors de bouclier des «Barons» de cette administration à réformer et massivement présente à ce séminaire de présentation de l’étude sur le e-gov. L’un d’eux prendra la parole pour s’étonner qu’on dise cela de l’arsenal juridique tunisien en la matière en faisant même remarquer que «les étrangers qui nous ont visités, nous ont même reprochés d’en faire trop» ! Un ancien responsable d’un centre informatique fera même l’apologie de l’ancien système et un autre celui du système d’archivage papier qui existe en Tunisie et demandera qu’on l’introduise dans ce nouveau système d’administration électronique. C’est à peine si ces «Barons» ne se levaient pas pour scander «Vive l’Administration papier». Commentaire d’un des présents, «on les comprend lorsqu’on voit la moyenne d’âge des personnes chargées de la coordination du e-gov au seins des ministères».