Tunisie : Qui payera les pots cassés ?
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Vendredi 21 Novembre 2008

5-05-2008 : Tunisie : Qui payera les pots cassés ?
par : K. Boumiza.

L’affaire Affès a été finalement réglée et tout le monde s’en réjouit. On ne voudrait même pas remettre en cause ici la manière dont a été managée cette affaire par les autorités financières et on ne parlera pas non plus des chèques sans provision et tout le reste. L’affaire est réglée, les emplois seront sauvés et c’est l’essentiel dirions-nous.

Il n’en demeure pas moins vrai que cette affaire, pour ne parler que d’elle parce que c’est la plus récente, aura coûté à la communauté, banques, leasing, sociétés financières et fournisseurs, 90 MDT au moins. Il est à cet effet bon de rappeler que l’endettement du groupe Affès était de plus de 180 MDT et que l'entreprise qui a racheté le groupe de Abdessalem Affès, n’en prendra en charge que 50 %. Le reste, toutes les parties en ont fait abandon. Avant Affès, il y avait eu l’affaire laitière de Lotfi Abdennadher et la solution qu’on a du lui trouver avec le secteur bancaire pour qu’il continue à travailler. Bien avant lui encore, les affaires de Jalel Ben Aïssa et les compromis financiers qui lui avaient été aussi trouvés. Dans toutes ces affaires, les banques tunisiennes ont laissé des plumes.

D’autres viendront et le secteur hôtelier y est candidat avec certaines sociétés hôtelières et qui ne seront pas les dernières. On rappelle par exemple, qu’une affaire telle que celle du concessionnaire voitures T. Latrous, n’est pas encore définitivement résolue. La privatisation d’une société comme la Stip n’est pas non plus finie et la restructuration financière et son coût pour les banques, restent encore à découvrir. Tout cela, pour dire que toutes ces «affaires» ont ou auront un coût financier. Ceci amène nécessairement à poser la question de savoir, qui supportera ce coût financier ?

Qui provisionne, fait payer pour les autres !

Il faut d’abord remarquer, en guise de réponse, que le secteur bancaire tunisien, déclare quelque 20 % de créances classées, dont l’essentiel est dans la classe 4 (qui demande 100 % de provision) et la classe 5 (en contentieux). Le secteur bancaire tunisien continue, depuis plusieurs années, à consacrer quelque 65 % de son PNB  à l’effort de provisionnement. Ces crédits accrochés n’en continuent pas moins de représenter un volume très important, qui se chiffre en plusieurs milliards DT et donne l’impression de ne jamais vouloir se résorber. Ceci n’a pas empêché non plus le taux de couverture de ces créances classées de demeurer au niveau modeste de 54%. Et si l’on en croit l’objectif de 70 % de la BCT, on en déduit que cela va continuer !

Dans une récente publication d’une étude de notation, Fitch faisait remarquer que «pour les principales banques tunisiennes, la qualité de leurs actifs à fin juin 2007 était faible ; les ratios de créances classées étaient élevés, (…) tandis que les taux de couverture par les provisions étaient relativement bas.

Conséquence : Selon les experts et les professionnels, la rentabilité du système financier tunisien, qui se mesure par le ratio ROE (Return On Equity) ou rentabilité des fonds propres, reste inférieure même au Taux du Marché Monétaire, selon les chiffres 2006 !

Choisir, entre la culture de l’impayé et celle du questionnement !

Pour l’instant donc, ce sont les banques, toutes encore considérées «Rizk Elbilik» (Bien public dans le dicton local), qui paient les pots cassés des mauvais gestionnaires. On pourrait même ne pas s’en étonner, pour dire que cela pourrait être le résultat attendu d’une politique d’abus de crédit,  toujours en fonction chez les banques, qui pousserait presque les chefs d’entreprises à la faillite, tant la gestion des risques de crédits reste encore une notion impalpable.

On pourrait aussi s’en féliciter et dire que heureusement qu’il y a ce provisionnement. Sans cette directive imposée par la banque centrale, les banques tunisiennes seraient d’un autre état.

Ce qu’on devrait pourtant se dire, c’est qu’il n’est pas normal que l’épargnant, le bon investisseur, le bon gestionnaire et ceux qui remboursent leurs crédits rubis sur l’ongle, paient les pots cassés des autres. Il n’est pas non plus normal, que ce même secteur bancaire, de lui-même ou poussé par d’autres autorités, laisse se développer une culture du non paiement et une culture de la mauvaise gestion impunie, sans qu’il y ait au moins un «questionnement», si on ne veut pas parler de sanction. Ceux qui ont payé pour les autres ont droit, nous semble-t-il, de savoir pourquoi ces gens là n’ont pas payé, pourquoi ils ont été absous, s’il y a eu mauvaise gestion, si cela est réellement dû à d’autres conjonctures ou si ce n’est que de simples conjectures ?



Réaction(s) à l'article de la part de :

Lyes ZAHAF  
elloumi kaïs  
BESBES Zouheir  

 

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